VXH, La voix humaine

VXH, La voix humaine
De Jean Cocteau
  • Le Centquatre
  • 5, rue Curial
  • 75019 Paris
  • Stalingrad (l.5, l.2)
Itinéraire
Billets à 18,00
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S'appuyant sur deux récits qui évoquent l'absence, Roland Auzet met en scène la solitude, interprétée par Irène Jacob. Le public prend place sous une scène suspendue : une manière d'explorer tous les axes possibles de la perception.

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10 juin 2018
9/10
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Rarement l'expression « être suspendus aux lèvres d'une comédienne » n'aura plus pris tout son sens qu'au cours de ce magnifique spectacle.
Nous allons vite le comprendre, dès la porte de la salle franchie.

Ici, pas de scène frontale, ni même de dispositif bi-ftontal. Non.
La scène est suspendue.
Un plateau de quarante mètres carrés (dix mètres sur quatre) avec un plancher en plexiglas surplombe une moquette et des coussins sur lesquels nous sommes invités à prendre place. Des chaises sont également mises à disposition du public tout autour de la salle.

La Voix humaine, créée le 17 février 1930 par Berthe Bovy à la Comédie française est une pièce de Cocteau écrite en 1927.
Une femme, seule, qui vient de subir une rupture amoureuse, essaye désespérément de joindre au téléphone celui qui l'a abandonnée. La technique ne suit pas, de nombreuses coupures, de nombreux problèmes matériels vont ponctuer ses tentatives.

Le compositeur et metteur en scène Roland Auzet a eu la bonne idée d'associer à cette pièce des extraits d'un poème de Falk Richter intitulé « Disappear here ».
Une autre rupture, l'absence de soi dans le parcours d'une personne à la recherche d'un être cher.

M. Auzet et l'IRCAM, l'Institut de Recherche et de Coordination Acoustique / Musique ont conçu un dispositif d'immersion théâtrale, sonore et musicale.
Notre relation à la voix, aux mots, à la façon de les recevoir, de les entendre et de les écouter, cette relation-là va être complètement perturbée.

Nous allons donc voir Irène Jacob en contre-plongée permanente, suspendue sur sa scène au-dessus de nos têtes.

Elle est amplifiée. « Multi-amplifiée », même.

Tout autour de la salle, douze enceintes acoustiques D&B Audiotechnik, et quatre caissons de basse L.Acoustics permettent de spatialiser en temps réel la voix de la comédienne, reprise par un micro hf. (La prise de son et la restitution sont remarquables.)

Ses déplacements sont ainsi "suivis" et sa voix est diffusée dans les hauts parleurs les plus proches d'elle.

La création sonore du compositeur est elle aussi spatialisée verticalement et horizontalement (d'où le VxH).
Nous sommes donc véritablement dans un espace sonore en trois dimensions.

D'ailleurs, pour compléter le propos, nous sommes invités à nous déplacer dans toute la salle.

Il faut bien entendu mentionner le travail de Daniele Guaschino, qui a imaginé et codé la conception informatique musicale, sans oublier la performance de Luca Bagnoli, l'ingénieur du son qui mixe en temps réel toutes les sources sonores.

De féroces clusters, des bruits métalliques, des craquements, des notes sourdes ou éthérées, des nappes de sons plus ou moins aigus nous enveloppent, portant ou soulignant le texte.

Car évidemment, la comédienne et son texte priment. Le dispositif technique est bel et bien au service d'Irène Jacob, qui est impressionnante.
Oui, impressionnante !

Seule, en combinaison-nuisette de soie écrue, elle se débat avec ses téléphones, fixe et portable.
Elle est tour à tour bouleversante, déchirante, en femme abandonnée qui tente de rappeler son ex-amant.
De sa voix si reconnaissable, elle proteste, elle demande pardon, elle apostrophe, supplie son interlocuteur.

Nous assistons à une vraie performance scénique.
La comédienne est purement et simplement cette femme-là, désespérée, mais qui ne renonce pas.

Avec sa chaise translucide, ses gants, ses cigarettes, elle danse une véritable chorégraphie, une écriture du corps imaginée par Joelle Bouvier.

Melle Jacob doit composer avec son texte, son personnage, mais également avec la scène en hauteur, le dispositif technique afin de participer au premier chef à ce rapport dramaturgique inhabituel avec le public.

Cette expérience scénique et sensorielle constitue donc un moment passionnant de théâtre, au cours duquel le grand talent d'une comédienne est mis à profit pour sublimer un bien beau et très cohérent projet de recherche artistique.
Une expérience qu'il faut tenter!
Dépêchez-vous, il n'y a que peu de dates !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor