Vues Lumière

Vues Lumière
De Isabelle Lafon
Mis en scène par Isabelle Lafon
  • Théâtre national de la Colline
  • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • Gambetta (l.3)
Itinéraire
Billets à 30,50
Evénement plus programmé pour le moment
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Vues Lumière trouve son titre dans l’évocation des premiers films de l’histoire du cinéma réalisés par les frères Lumière à la fin du XIXe siècle.

Ils ont comme particularités d’être courts et de présenter un point de vue unique sur le sujet cadré. C’est là que réside la poésie de ces témoignages sur pellicule : un mouvement en silence et surtout le hors-champ infini et mystérieux.

 

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11 mai 2019
10/10
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Cinq personnages en quête d'animateur ?
Eh bien non, justement !

Ces cinq personnages, ce sont les usagers d'un Centre social.
Parmi ceux-ci, Fantine, mécanicienne auto, est allée voir Béatrice « Ô toi, grande Directrice du centre social ! », avec une demande très particulière : disposer d'une salle, de façon hebdomadaire, afin de mettre en place un atelier consacré au cinéma, sans aucun formateur.

Nous allons donc faire la connaissance de Fantine, mais également de Georges, ouvrière paysagiste, Esther, Employée à la Poste, Shali, assistante maternelle et Martin, veilleur de nuit dans un hôtel.

Ces cinq-là vont mettre en place, non sans interrogations, non sans tâtonnements, non sans difficultés, également, un atelier auto-géré avec un but merveilleux, l'un des plus beaux verbes de la langue française : apprendre !

Un apprentissage qui n'est pas sans rappeler la méthode de pédagogie active d'un certain Célestin Freinet.
Partager le savoir de chacun, apprendre à chercher, apprendre à penser, faire venir des intervenants spécialisés, mettre en place des débats d'où émergent de vraies questions, confronter des points de vue, argumenter...

Même si c'est difficile, parce que ceci va notamment à l'encontre de tout ce qu'on connaît en matière de pédagogie descendante, la méthode va fonctionner.

S'auto-former, en commençant notamment par le commencement, à savoir les tout premiers films des frères Lumière, (les fameuses « Vues Lumière »), constitués de plans fixes de cinquante-sept secondes, posant les bases des grandes interrogations liées à ce médium : ce qu'on voit à l'image, ce qu'on filme, pourquoi, et puis surtout le problème du hors-cadre, ce que l'on ne voit pas à l'image.
Des questions qui rejoignent évidemment celles du théâtre.

Ce qui frappe les spectateurs, c'est le phénoménal sentiment de vérité qui se dégage de cette heure et demie.
Et ce, grâce aux cinq remarquables comédiens, à commencer par Melle Lafon elle-même.

Elle, elle sait de quoi elle parle. En 2011, elle a été accueillie par le centre social « la 20ème Chaise », pour aller à la rencontre des habitants du quartier des amandiers. Ce sont ces échanges qui ont nourri l'écriture des personnages.

Ces gens du peuple, on sent bien qu'elle les aime, qu'elle les comprend, qu'elle a partagé leur quotidien.
L'écriture plateau, les improvisations, le talent des comédiens vont faire le reste.

Ils sont rares les spectacles où le procédé permet d'accéder à cette troublante et saisissante vérité.
Avec elle, Karyl Elgrichi, Pierre-Félix Gravière, Johanna Korthals-Altes et Judith Périllat m'ont beaucoup touché, beaucoup ému. Devant nous, ils interprètent de vrais gens, de vraies personnes, dotées d'une réelle humanité. Nous avons devant nous des usagers d'une institution qui veulent par un certain côté prendre le pouvoir.

Ils vont nous le dire de bouleversante façon : « On se parle comme on n'a jamais parlé, on pense comme on n'a jamais pensé. On a pris le pouvoir sur nos vies. »

Bien entendu, une trame narrative se dégage de ce beau moment de théâtre, qui nous transporte dans différents lieux, avec des histoires d'amour, des histoires humaines, des moments très drôles, très touchants aussi.

On l'aura compris, le propos de cette pièce est éminemment politique, au sens noble du terme.

Par le biais d'une dramaturgie théâtrale totalement pensée, maîtrisée, aboutie, ces cinq-là nous donnent une leçon de liberté, d'égalité, et peut-être surtout de fraternité.

Une leçon de démocratie, ni plus ni moins.
Une vraie démocratie émanant de la base, une démocratie participative, cette démocratie dont on a tant besoin.
Tous les enseignants, tous les pédagogues, et surtout l'ensemble de nos dirigeants et gouvernants devraient venir voir ce passionnant moment de théâtre.

C'est un spectacle qui fait du bien, l'un de ceux qui redonnent confiance dans le genre humain !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor