Trop de jaune

Trop de jaune
  • Studio Hébertot
  • 78bis, boulevard des Batignolles
  • 75017 Paris
  • Rome (l.2)
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Allongé sur son lit, Vincent Van Gogh vit ses dernières heures après s’être tiré une balle dans la poitrine. Autour de lui dans l’ombre sont réunis ses proches, sa logeuse, le Docteur Gachet, ses deux infirmiers, une prostituée et la Mort.

Dans un huit clos fantasmé et burlesque où chacun règle ses comptes, Emmanuel Fandre dresse un portrait au vitriol de Vincent Van Gogh et de la société d’hier et d’aujourd’hui.

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15 janv. 2020
8/10
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Envoutant, Poétique, Burlesque.
Sous une lumière froide, agrémenté de néons, apparait le corps nu de Van Gogh sur un lit ressemblant plutôt à une table de dissection. Il vit ses dernières heures, il vient de se tirer une balle dans la poitrine.
Le requiem de Mozart retentit, dans une ambiance mystique et solennelle, autour du lit du mourant, veillent ses proches ; ses parents bondieusards, sa logeuse, Théo, le docteur Gachet, Gauguin, deux infirmiers, une prostituée, la mort.…

Dans une ambiance passant du tragique au burlesque, chacun va tour à tour disséquer la vie de cet artiste hors du commun, lunatique, agité, colérique, étouffé par l’image du premier Vincent et doutant de son génie….

Nous traversons sa vie. Du pays des mineurs où il fut évangéliste et découvrir son attrait pour la peinture jusqu’à ses derniers mois à Auvers-sur-Oise en passant par son séjour en Provence.

La mise en scène vivante, les tableaux se succèdent dans un vas et viens entre joyeuseté et hostilité, rêve et réalité, vie et mort .

Une grande complicité règne entre les comédiens qui nous séduisent est nous émeuvent.
Laurent Richard (le père borné et puritain), Brigitte Aubry (la mère vivant dans le souvenir de son premier Vincent), Malik Faraoun (le docteur Gachet hautain et jaloux), Thomas Coumans (Van Gogh) ,Xavier Fabre(Paul Gauguin), Edouard Michelon et Francisco Gil (les deux infirmiers burlesques à souhait), Anne-Lise Maulin (la maîtresse Sien sensuelle et pleine de vie).
Carole Massana (la logeuse) remarquable dans sa gestuelle, ses mimiques et ses intonations nous réjouissent et nous captivent.
Agréable moment de théâtre.
9 janv. 2020
10/10
4 0
« Trop de jaune » d’Emmanuel Fandre au Studio Hébertot dans une mise en scène d’Orianne Moretti est un éclairage au néon sur un artiste mythique, à la correspondance inachevée.

Une première réussie pour cette création au Studio Hébertot.
Après « Madame Van Gogh », nous voici plongés dans les dernières heures du peintre lui-même entouré de ses proches.

Une première sur le plateau du studio avec neuf comédiens sur scène.
Dans la première scène, des comédiens réunis autour d’un billard lancent leurs boules pour laisser vivre leurs humeurs.
Mais aussi avec cette croix lumineuse, éblouissante, dans le lointain, il y a cette image de la dernière cène du Christ avec le repas où ils sont tous réunis une dernière fois, un repas dont Vincent Van Gogh ne ressuscitera pas.

Nous sommes à quelques heures de la mort d’un peintre de génie, qui le deviendra bien après sa disparition, et le chœur du Requiem de Mozart nous embrasse dans cette messe solennelle criant la vérité d’un peintre maudit.
Une scène d’une force, d’une intensité palpable qui met les points sur les « i » : l’ouverture vers un autre monde.
Van Gogh nous apparaît nu sur une table d’autopsie, une table porteuse de la confession d’une vie.

Et chacun y va de son commentaire, de son reproche, en commençant par ses parents dont le père pasteur n’approuvera jamais la vie d’artiste de son fils qui s’enferme dans ses pensées. Un père qui ne dépassera jamais avec son esprit borné la vision de la peinture flamande, à cent lieues de celle de son fils.
En cela appuyé par une mère tout aussi négative à son sujet, n’oubliant pas son premier enfant Vincent, mort-né, comme une punition divine.
Une enfance marquée par la spiritualité qui un temps a bien failli le détourner de sa créativité.
Puis c’est au tour du médecin, le docteur Gachet, de nous livrer ses bassesses, encadré par deux infirmiers à la légèreté joyeuse donnant une bouffée d’oxygène dans cette atmosphère délétère. Un docteur qui s’est fait tirer le portrait par le maître et qui se voyait déjà en haut de l’affiche.

La mort rode, il ne lui reste plus que quelques heures à vivre et dans l’intensité de l’action, du rêve, il y a de la poésie avec cette scène de bal sublimée par la chanson « The cold song » d’Henry Purcell. Cette scène où le froid coule tout doucement dans les veines du génie, vers la destinée de la folie destructrice d’un homme.
Une mort qui rode aussi avec les prostituées porteuses de joies mais aussi de la fin d’un chapitre où l’érotisme prend sa place.

Sans oublier les confidences de sa logeuse qui allègent avec humour et bienveillance l’ambiance de cette corrida ayant pour but la mise à mort du taureau.

Mais que serait Vincent Van Gogh sans son ami Paul Gauguin. Un ami qui préfère batifoler, prendre le soleil, la lumière, là où ils se trouvent plutôt que de se morfondre sur les problèmes existentialistes.

Le fil conducteur de ces dernières heures, qui sont si longues à vouloir concrétiser le destin de Vincent, est tenu par le frère Théo qui brille par son absence et qui tient en vie Vincent, chagriné de son silence.
Un chagrin de plus plus douloureux à porter tant la délivrance se fait attendre dans ce règlement de comptes insupportable.

Orianne Moretti a mis en scène cette confrontation entre la vie et la mort, entre le rêve et la poésie, entre l’hier et l’aujourd’hui, avec un admirable dosage de références spirituelles et un pragmatisme assumé léchant le burlesque.
Sa vision de cet écorché vif, comme le Christ mort sur la croix, est empreinte d’humanité.
Le choix de ses musiques, où la baroque vient chatouiller l’électronique, met en valeur le texte d’Emmanuel Fandre et lui donne une dimension fantasque.
Un pari réussi dans un travail d’équipe avec Laëtitia Franceschi pour la scénographie et Cynthia Lhopitallier pour les lumières.

Thomas Coumans en tête de distribution dans le rôle de Vincent Van Gogh est le soleil de cette peinture dominée par le jaune. Il irradie la scène par sa présence et capte même les regards dans ses silences. Un regard troublant dans ce huis clos en forme de zoo.

Il est entouré brillamment par Laurent Richard dans le rôle du père, par Brigitte Aubry la mère, par Malik Faraoun le docteur Gachet, par Xavier Fabre le Paul Gauguin, par Edouard Michelon et Francisco Gil les deux intrépides infirmiers, par Anne-Lise Maulin la maîtresse Sien et Carole Massana la logeuse.

Un portrait de Vincent Van Gogh qui déchaîne les passions et met à nu la vie d’un artiste au génie incontestable.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor