Tertullien

Tertullien
  • Théâtre de Poche Montparnasse
  • 75, boulevard du Montparnasse
  • 75006 Paris
  • Montparnasse (l.4, l.6, l.12, l.13, Trans N)
Itinéraire
Billets de 18,00 à 35,00
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Depuis toujours, la haine du théâtre suit le théâtre comme son ombre.

Malgré ses vingt siècles, Tertullien n’est pas le plus vénérable adversaire de l’art dramatique, mais il est l’un des plus éloquents. À la racine de sa détestation, un motif métaphysique : toute imitation attente à la dignité de la Création divine en cherchant à se faire passer pour réelle. En son fond, elle est idolâtrie.

Son caractère diabolique se reconnaît à ses effets : tout spectacle nous séduit sensuellement. Or du plaisir à l’émotion puis à la passion, il n’y a qu’un pas – et rien ne peut justifier cette infection infernale de l’âme par le corps. La thèse est forte, tranchante comme la hache du fanatique.

Sidéré par sa lecture du traité de Tertullien – et par son effroyable actualité –, Hervé Briaux a choisi de lui répliquer avec les armes du théâtre : au corps à corps.

 

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27 avr. 2018
9/10
5 0
Tertullien une plaidoirie contre le spectacle qui fait froid dans le dos. L’analogie avec le fanatisme religieux actuel nous saute aux yeux. L’intolérance de ce Carthaginois du II siècle est malheureusement encore actuelle dans certaines régions du monde.
Hervé Briaux froid, placide et convaincant, nous prêche tout d’abord l’amour de Dieu. Nous écoutons sagement puis il nous emporte avec passion et émotions dans ce discours autoritaire et dogmatique. Nous sommes effrayés et terrassés par ses paroles.
Comédien talentueux, Hervé Briaux nous perturbe et nous subjugue. Où sommes-nous, devant un prédicateur ou au théâtre ?
Nous sommes ébranlés par ce traité intransigeant contre le théâtre.
Les païens s’éloignent de la religion pour garder le plaisir.
Le théâtre est le temple de Vénus déesse de l’amour. Scandaleux !
Pourquoi serait-il autorisé d’entendre ou de voir ce qui est interdit.
Les tragédies sont des crimes, les comédies de la débauche.
Le plaisir est dangereux car il provoque la passion et le désir. Le désir est un pécher.
Le théâtre ne peut être que l’œuvre du diable.
Après les premiers applaudissements, Hervé Briaux ouvre le dialogue avec le public. C’est d’un grand intérêt car nous sommes tous chamboulés. Nous pouvons communiquer sans animosité. Ce spectacle soulève des questionnements bien contemporains.
Merci. C’est un excellent moment de THÉÂTRE.
22 févr. 2018
8/10
21 0
Tertullien, Tertullien, Terturien oui !.. Aller voir un spectacle sur « le traité contre les spectacles » adapté des écrits du théologien Tertullien est déjà en soi-seul contradictoire. Sommes-nous des pêcheurs nous qui cherchons de l’élévation et de la connaissance dans les salles de théâtre ?

Hervé Briaux s’attaque au sens de l’analyse et de la rhétorique d’un bien curieux personnage venu des tréfonds de l’histoire. Avec sa voix grave et dangereuse, une lumière forçant la dureté du regard et faisant le noir (le néant) autour, tous les éléments de jeu et de scénographie concourent à nous donner froid dans le dos. Car Hervé Briaux est si convaincant d’être convaincu par ce qu’il dit, si assuré, argumentant si bien et nous prévenant avec tant d’ardeur malsaine contre tous les maux qui nous attendent…

Car la description qu’il nous fait de l’enfer, à nous qui aimons le théâtre, est comme un tableau de Bosch qui se compose sous nos yeux. Et soudain l’affiche du spectacle me revient à l’esprit : oui, c’est cela, nous sommes bien en enfer avec l’incarnation de ce fanatique, sophiste bien remonté contre l’art du théâtre. Mais si la litanie d’infamies contre le théâtre remonte d’aussi loin que Tertullien (150-220 de notre ère environ), lui est pour beaucoup retombé dans l’oubli. Oui da ! Sauf que l’influence et l’implacable diatribe de Tertullien, considéré comme érudit pour les penseurs du XVIII, a pourtant traversé les âges et a certainement sa part dans la fameuse excommunication des acteurs… Aussi que faisons-nous encore dans ces lieux de débauche, ô mortels imprudents ?

Au raisonnement insidieux d’un homme fou mais intelligent, prenez garde !… Mais n’en n’aurions-nous pas eu quelques-uns de ce genre depuis, inquisiteurs et dictateurs, s’entêtant par exemple à vouloir brûler nos livres ?….

Un texte à digérer, et à méditer sur toutes les formes de fanatisme et d’intelligence endoctrinante ! Hervé Briaux a glacé mes sangs et mes sens… avec brio !
29 janv. 2018
8,5/10
45 0
De nos jours, il nous semble tout à fait normal d'aller au spectacle.
Personne pour nous reprocher de vouloir nous cultiver, nous divertir, réfléchir, personne pour nous exhorter de ne pas aller applaudir comédiens et autres artistes.
A part évidemment quelques excités ou quelques fanatiques religieux.

C'est exactement l'un de ces intégristes que nous présente Hervé Briaux, l'auteur et le comédien de cette pièce étonnante.

Quintus Septimius Florens Tertullinanus, qui vécut au tournant des deuxième et troisième siècle de notre ère, Tertullien donc, est ce fanatique religieux-là, qui écrivit ce « Traité contre les spectacles » que le comédien a lui-même traduit.

Pour ce prêtre très intelligent et cultivé, fondateur d'une secte après avoir rejeté l'Eglise, il est impensable d'aller au spectacle, et ce, pour trois raisons précises :

le spectacle célèbre des divinités païennes,

le spectacle favorise les mauvaises inclinations humaines

et surtout, surtout, seul Dieu peut façonner et représenter la vie. L'homme ne peut donc se prendre pour le Créateur.

Tertullien, sophiste au plus haut point, professe de plus que seul le spectacle du jugement dernier procurera plaisir et jouissance, à la vue des corps suppliciés, brûlés vifs, empalés, j'en passe et des meilleurs...

On voit donc à quel genre de type on a à faire ! Un homme qui, s'il détenait le pouvoir, serait infiniment dangereux.

Hervé Briaux pénètre sur la scène du Petit-Poche avant l'annonce de l'ouvreur.
En un seul regard et en un seul, il va déjà tout nous faire comprendre.
A la fin du petit discours habituel, le comédien fusille l'ouvreur du regard. Puis, d'un geste discret du pouce sur le front, il se signe.
Un regard, un geste. Tout est dit. L'idée de Patrick Pineau, le metteur en scène, est lumineuse.

Briaux est vêtu d'un costume noir austère, cravate assortie, comme pour nous démontrer l'intemporalité et l'actualité du message qui va être délivré.

C'est un imprécateur qui nous édifie, c'est un prêcheur plus que véhément, virulent en diable, qui nous apostrophe et qui nous exhorte à ne pas ou plus nous complaire dans les turpitudes du monde du spectacle.
(On voit par là que pour Tertullien, producteurs, artistes et intermittents seraient passés en catimini au fil du glaive, à défaut d'être jetés aux lions, puisque ce serait un spectacle...)

Tout y passe, le théâtre, le cirque, le sport (les analogies avec le monde actuel du dopage et de la performance sont troublants.)

D'une remarquable voix de basse, qui en devient parfois granuleuse, avec des soupirs et des respirations inquiétantes, d'un débit qui peut s'emballer, Briaux-Tertullien nous met en garde, nous fait peur, nous horrifie et nous menace.

Je défie quiconque de ne pas frissonner (ce fut mon cas), lorsque le comédien vous fixe de ses yeux bleus on ne peut plus perçants et menaçants.

Attention, continue-t-il. Le spectacle est l'oeuvre du Malin, de l'Autre.
« L'Autrrrrrrrrrre », comme il dit, faisant sonner le « r » d'inquiétante façon.
Nous sommes avertis, nous sommes prévenus, personne ne pourra dire qu'il ne savait pas !

Le spectacle se termine, l'intensité des projecteurs baisse.
Hervé Briaux n'est plus éclairé que de profil, faiblement. Il baisse la tête, passe la main sur son crâne chauve et luisant.
Se tient alors devant nous de façon troublante le Colonel Kurtz, dans Apocalypse Now.
Le symbole d'un type pétri de « bonnes intentions » devenu un tyran fasciste s'arrogeant le droit de détenir seul la Vérité et voulant ainsi façonner un monde nouveau et disposer de ses âmes.

On l'aura compris, c'est un spectacle extra-ordinaire qui nous est proposé.
Du théâtre sur le théâtre qui distille un message inquiétant pour nous faire réagir et nous interroger sur cette liberté fondamentale de proposer et d'aller au spectacle.

Un théâtre qui est encore libre, autorisé. Mais attention, rien n'est jamais acquis.
C'est un spectacle nécessaire !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor