Sallinger

Sallinger
De Bernard-Marie Koltès
  • Théâtre Les Déchargeurs
  • 3, rue des Déchargeurs
  • 75001 Paris
  • Chatelet (l.1, l.4, l.7, l.11, l.14)
Itinéraire
Billets de 10,00 à 26,00
Evénement plus programmé pour le moment
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Une chose sûre, il n’était pas mené par Dieu, mais pas plus par le Diable.
Bob Dylan

À New-York, une famille voit sa vie se transformer en cauchemar : le fils prodige, surnommé Le Rouquin, se suicide sans raison apparente…

Alors que les Etats-Unis entrent de nouveau en guerre, cette famille se trouvera, à l’image de son pays, projetée dans sa propre violence.

 

Note rapide
Toutes les critiques
23 oct. 2017
8/10
30 0
C'est une pierre tombale qui attend les spectateurs sur le plateau du théâtre des Déchargeurs.
Avec un maigre bouquet de fleurs fanées.
La tombe du Rouquin.

Le Rouquin, c'est ce fils admiré d'une famille de l'upper class new-yorkaise.
Un fils « exceptionnel », nous assure-t-on...

Pourquoi est-il mort, et comment ?
Suicide, ne tarderons-nous pas à apprendre...

« Sallinger », (avec deux LL), c'est la chronique d'une descente aux enfers familiale.
Une chronique d'une violence inouïe dans un pays lui-aussi d'une violence inouïe, à savoir les USA qui rentrent à nouveau en guerre, au Viet-Nam.

Cette famille, qui jusqu'alors, se voulait observatrice du monde extérieur, cette famille, par la force des choses, va devoir lettre les mains dans le cambouis de la Vie.

La veuve, la mère, le père, la sœur et le frère vont devoir entreprendre un éprouvant chemin.
Chacun devra trouver sa propre individualité, sa propre raison d'exister, et surtout ses propres raisons à ses questions.

Bernard-Marie Koltès écrit cette pièce en 1977.

Il reprend les principaux thèmes de l'oeuvre de l'icône de la littérature américaine, J.D. Salinger (avec un seul L).

Il a bien compris que la société américaine qu'il connaît très bien craque de partout. L'annonce de la guerre est le détonateur...

Lui aussi va faire craquer ses personnages, après avoir les avoir totalement disséqués, après avoir totalement joué avec l'élastique de leur existence.

Dans un texte d'une beauté crépusculaire, Koltès explore les plus sombres recoins de l'être humain.
Un être humain confronté comme souvent dans son œuvre, à la mort.

Pour jouer Koltès, il faut un engagement de tous les instants, une volonté sans faille de tout donner.
A cet égard, les comédiens qui évoluent devant nous sont remarquables.

Tous se donnent sans compter, tous y vont à fond, à l'image de Gabriel Tamoulet, qui incarne le frère du Rouquin et Thom Lefevre qui l'incarne, ce Rouquin-là.
Leur confrontation est particulièrement réussie.

On sent bien que Lea Sananes, la metteure en scène, a énormément demandé à ses comédiens.

Elle a semblé privilégier, et c'est bien entendu son droit le plus absolu, les scènes de violence.
Affrontements brutaux des personnages, effets stroboscopiques, rocks pêchus, projections video géométriques, des scènes éprouvantes avec un révolver, nous sommes ici dans une mise en scène très musclée.

Néanmoins, chaque personnage vivra des moments d'introspection intenses. Tous, à leur tour, se livrent devant nous.

Bien entendu, la catharsis théâtrale fonctionne totalement. J'étais complètement dans cette histoire-là, confronté à ces vies cassées, m'identifiant à certains personnages, m'interrogeant sur mon propre rapport à la mort.

Certaines scènes sont vraiment éprouvantes. A plusieurs reprises, j'ai repensé à Apocalypse Now, de Coppola, la folie du Capitaine Willard et du Colonel Kurtz.

On l'aura compris, Léa Sananes et ses comédiens nous proposent un sacré voyage !
Un voyage dans un temps pas si éloigné que cela, un voyage dans un univers fait de violence.
Mais également et peut-être surtout, un voyage au plus profond de soi.
Adaptation libre du célèbre roman de J.D. Salinger « L’Attrape-Cœurs », cette pièce de Bernard-Marie Koltès est écrite en 1977. Comme souvent chez Koltès, l’humour et l’autodérision côtoient la violence et les larmes. La comédie côtoie la tragédie. Une pièce qui se compose d'équilibres permanents de jeux entre distances et engagements, entre propos impudiques ou hallucinés et situations criardes ou abattues.

Le Rouquin vient de se suicider. C’était ça ou son départ à la guerre du Viêt-Nam. Enfant prodige d’une famille nord-américaine dans les normes, comme on en voit au cinéma dans les comédies dramatiques ou dans les magazines vantant « l’American way of life », sa mort va déclencher des ruptures dans la vie de chacun. Sa veuve, sa mère, son père, sa sœur et son frère vont baisser la garde, laisser de côté les codes de la normalité, faire exploser de fureur leurs chagrins, leurs remords, leurs impossibles deuils. Comme si cet être cher perdu était le liant entre eux, la bouée qui les maintenait tous à flot.

Ils vont se disputer sa mémoire. Ils vont le revoir hanter leurs souvenirs. Ils vont chuter dans l’abime de leurs désespoirs. Avec emphase, avec démesure, sans répit de leurs violences, sans rémission de leurs souffrances.

Fragments de textes ou texte fragmenté, une série de tableaux sans lien chronologique, comme des flashbacks qui surgissent ou des désirs de continuer à le voir par illusion. De longs monologues souvent. Pas toujours. Cris passionnels, émotions à fleur de peau, les personnages se ruent pour raconter, haletant souvent, libérant une tension manifeste.

Un très beau texte, onirique, cru et cruel où l’intimité se dévoile, bousculée par les sentiments. Une formidable métaphore de la vie, remplie de doutes, de recherche d’équilibres même instables, au bord du pont, au bord du vide.

Le parti-pris de la mise en scène semble privilégier l’émotion du texte à sa résonance. Les jeux appuyés lui laissent peu de place pour nous surprendre, pour nous parler. Au risque de nous perdre parfois et de nous laisser prendre par des moments d’ennui. Mais peut-être faut-il accepter de rentrer dans cette forme de labyrinthe pour ne pas réfléchir et être bousculés par ces scènes bruyantes et envahissantes d’émotions ?

Le texte est beau, très beau. Koltès a fait du roman une pièce singulière. Il en a dit d’ailleurs : « Tenter de porter sur scène ce drôle d'air qui fait de cette histoire quelque chose de profondément poétique, c'est un beau sujet de spectacle ».
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor