Rien, plus rien au monde

Rien, plus rien au monde
  • Théâtre de la Contrescarpe
  • 5, rue Blainville
  • 75005 Paris
  • Place Monge (l.7)
Itinéraire
Billets de 12,00 à 40,00
Evénement plus programmé pour le moment
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L’adaptation théâtrale de l’un des plus brillants textes de Massimo Carlotto.

Auteur de romans noirs au ton tranchant, Massimo Carlotto est l’un des écrivains italiens contemporains les plus lus. Son œuvre fascine autant par sa cynique analyse sociétale que la finesse de son humour. Sa bibliographie, entièrement traduite en français, a donné lieu à nombre d’adaptations au cinéma et en bande dessinée.

Ecrit à la façon d’un monologue intérieur Rien, plus rien au monde est un appel au secours au milieu de nulle part. Il met en scène une femme de la classe ouvrière confrontée à ses échecs ; ceux de son accession sociale, de sa solitude et de sa fille, qu’elle aurait préféré voir sur le plateau de son émission de téléréalité favorite plutôt qu’au bras d’un immigré.

 

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9/10
29 0
Ce spectacle est une gifle de réalité sociale. Tiré d'un roman court de Masimo Carlotto, publié en 2004, ce monologue d'une violence directe semble fait pour interroger notre regard sur la société contemporaine, pour y réfléchir un peu plus, pour ne pas être dupe de ce qui nous entoure.

Juliette nous fascine. Juliette raconte, digne et résignée. Ce qu’elle nous dit est proche et banal. Ce qu’elle nous dit est terrifiant. Elle nous invite crûment dans sa folie tissée au fil des jours par un désespoir sans répit.

C’est une plongée dans les entrailles de la misère d’aujourd’hui vécue par une femme qui pourrait être notre voisine, notre cousine ou bien la dame que nous avions croisée dans l’escalier de l’immeuble il y a plusieurs mois et que nous retrouvons tendant la main dans une rame de métro.

Il ne s’agit pas là de pauvreté seulement mais de misère totale. Misère morale, culturelle, économique et affective. Celle, fourbe, où les clichés et autres stéréotypes servent de formules toutes faites pour comprendre ou expliquer le monde. Celle, cruelle, où les désirs se fondent dans des rêves improbables et des nuées d’alcool. Celle, insidieuse, où les aspirations au bonheur sont dictées par la consommation prescrite et par les dictats des médias populistes. Celle, redoutable, où l’imaginaire n’est plus pensé mais instillé dans les têtes par les séries et journaux télévisés de grande audience. Pire encore, celle de la téléréalité où la puissance d’auto projection permet de vivre heureux par procuration.

Privée de sens critique pour cause d’excès de pourritures entendues, avalées ou rognées, Juliette survit en sublimant l’avenir de sa fille et en fixant sa rage compulsive sur les démons officiels que sont les émigrés, le chômage et le manque d'argent. Elle décrit son quotidien balloté entre les ménages faits chez les bourgeois et les courses alimentaires calculées au centime près. Elle parle de sa vie amoureuse comme d'un échec fatal et subi. Mais surtout, Juliette s'enferme dans sa folie pour ne pas accepter son mal de vivre et n'a de cesse d'espérer : Sa fille la transcendera ou rien !... Rien, plus rien au monde.

La mise en scène de Fabian Ferrari mène le jeu à l’essentiel, faisant ressortir la férocité et l’humour piquant des messages portés par le texte de Massimo Carlotto. Ce monologue puissant, cynique et dévastateur est admirablement joué par Amandine Rousseau. Cette comédienne incarne avec finesse Juliette dont elle sait nous montrer la destruction intérieure. Elle joue avec force et précision la vie de cette femme perdue. Elle restitue avec chaleur et tendresse l'amour meurtri d'une mère. Elle est étonnante, émouvante et nous captive de bout en bout.

Un spectacle dans la pure lignée du théâtre social, riche et percutant. Une gifle qui fait du bien à nos consciences. Une réussite incontournable !
14 nov. 2016
8,5/10
121 0
Attention, spectacle coup de poing !
Attention, pièce "claque dans la figure" !

Un "seule en scène" adapté et mis en scène par Fabian Ferrari d'un roman de Massimo Carlotto, l'un des auteurs les plus lus en Italie.
Un auteur de romans noirs. Très noirs !

Amandine Rousseau incarne Juliette, une femme de ménage qui selon ses propres mots mène une "vie discount".

Comment vivre décemment à trois avec moins de 1400 euros par mois ?
Comment joindre les deux bouts ?
Comment vivre, tout simplement ?

Scotchée aux émissions de télé-réalité, aux magazines people, à sa grille de loto, à son pineau, aussi, elle est néanmoins lucide sur son sort : elle sait qu'elle a une vie au rabais.

Personne ne veut la comprendre, personne ne veut l'écouter, personne ne la fait exister, et surtout pas sa famille.

Elle fait ce qu'elle peut...
Elle fait ce qu'elle croit être bien...

Elle est xénophobe, raciste. Farouchement raciste.

Elle a peur de l'Autre, de l'Etranger, responsable selon elle de tous ses mots : "ils viennent nous prendre nos emplois".

Les trop fameuses réponses simplistes aux questions compliquées.

Tout ceci va l'amener à commettre l'irréparable !!!
(Que je ne vous dévoilerai évidemment pas...)

Vous l'aurez compris, cette pièce est d'une troublante actualité !
Comment ne pas penser à tous ces gens qui se jettent dans les bras du premier populiste venu ? (Suivez mon regard outre-Atlantique...)

Comment ne pas penser à tous ceux qui chez nous s'apprêtent en 2017 à se servir d'un bulletin extrêmement à droite, tout ça parce que nos sociétés les laissent pour compte, ne les écoutent et ne les comprennent pas ?

Amandine Rousseau incarne donc cette femme exclue du système.
Elle est purement et simplement remarquable.

Elle parvient véritablement à incarner les deux faces de cette femme de ménage au bord du précipice : elle nous inspire certes de la compassion, mais également une certaine répulsion, pour ne pas écrire une répulsion certaine !

Il faut un vrai grand talent pour jouer cette ambivalence et passer en permanence de l'un à l'autre de ces deux aspects d'un personnage aussi fort et contrasté.

C'est le propre d'une comédienne aguerrie que de jouer aussi subtilement un tel personnage.

Sans grands effets, sans artifices de jeu mais sans mièvrerie, Amandine Rousseau nous fait croire à son personnage.
Elle la vit, elle l'incarne, elle est cette Juliette-là.

Vous l'aurez compris, il s'agit de l'un de ces spectacles qui ne peut laisser personne indifférent.
Un spectacle qui dénonce, qui interroge notre monde et qui fait réfléchir.

Et par les temps qui courent, qu'est-ce que ça fait du bien de réfléchir !
12 nov. 2016
7/10
21 0
C'est la première fois qu'Amandine Rousseau se trouve seule en scène pour interpréter un spectacle. L'épreuve est brillamment réussie. Elle exprime toutes les émotions d'une femme qui est au début de la pièce dans le déni d'un acte terrible que Rien, plus rien au monde ne pourra jamais changer.

La pièce a été créée en 2015 et joué notamment au festival d'Avignon cette année là. Elle a tourné avant d'investir le Théâtre de la Contrescarpe, malheureusement pour deux jours par semaine seulement ... pour le moment.

Le public entre sur la musique nostalgique de Besame Mucho dont la mélancolie suinte même sans connaitre les paroles de la version originale : J'ai peur de te perdre une nouvelle fois ... comme si cette nuit était la dernière ... La comédienne semble au bout du rouleau, assise sur une chaise quelconque dans un décor artificiel d'objets hétéroclites.
On se demande si c'est bien dans cette tenue là qu'elle revient du supermarché. Rien ne parait alors plus important que de nous convaincre qu'elle est une bonne ménagère, soucieuse d'économiser l'argent du foyer. Faut que je range les courses mais là rien, plus rien au monde ne pourra remettre les choses à leur place.

On remarque les dégoulinades écarlates. On se demande s'il est bien raisonnable de partager sa joie enfantine au fur et à mesure qu'elle énumère les trouvailles qu'elle a faites pour quelques centimes en commentant chaque article du ticket de caisse, terminant par le Pineau des Charentes dont elle ne peut s'empêcher de faire descendre une petite goutte sans sa gorge ... une petite ... Elle songe à "la" petite dont elle nous dit qu'elle devrait ranger la chambre.

Mais elle temporise et nous raconte sa vie, pleine de misères, et de rêves qui s'évanouissent comme autant de mirages sur le sable d'un désert brûlant. Quand on gagne péniblement 6, 50€ de l'heure de ménage non déclarée, soit 642€ par mois on ne meurt pas de faim mais on est obligé de compter.

Avec ce budget là on s'offre une vie de discount où l'on ne peut guère avoir de vices. Elle concède Télé Z, Voici, le Loto, une fois par mois une couleur (chez une voisine coiffeuse à domicile) et ... le Pineau.

Avec cette vie là on avance en esquivant les risques. Il faut tenir le mari à la maison devant la télé pour le protéger des tentations. Et après leurs treize ans il faut surveiller les gamins comme le lait sur le feu. Si t'évite la drogue, c'est du tout cuit. La p'tite pourra (pourrait/aurait pu) épouser un gars gentil et fonder avec lui une autre famille ... tout autant minable.

Juliette n'a pas abandonné ses rêves. Ceux qu'elle fait devant le frigo ouvert de ses patronnes en consultant les étiquettes de produits de marque comme ceux qu'elle fabule en achetant un billet de loto ne la mèneront à rien. Alors elle reporte ses frustrations sur la petite qui, si elle perçait comme mannequin ou dans une émission de télé (n'importe laquelle pourvu qu'on ait un petit succès, même si c'est Un jour, une histoire). Sauf que la petite ne semble pas du tout partager cette utopie. Et que le comportement de la mère sera impardonnable, même quand elle pleurera qu'elle voulait juste que sa fille soit heureuse.

On a bien eu un doute tout à l'heure quand Juliette s'est exprimée avec dureté au sujet des sans papiers mais on éprouve à son égard tant d'empathie qu'on lui souhaite sincèrement de s'en sortir.
La ménagère a conservé son âme de jeune fille. Romantique à souhait. Ne pouvant retenir un pas de valse sur la chanson de Michèle Torr Emmène-moi danser ce soir qui évoquait en 1978 les difficultés d'un couple après plusieurs années de mariage. Le public commence à comprendre que oui rien plus rien au monde ne pourra remettre les choses comme avant. Mais avant quoi ... exactement ?

La tension monte d'un cran. Tout s'accélère. La folie a envahi tout l'espace. Juliette n'a qu'une seule voie possible : devenir elle-même l'héroïne d'une émission de télévision puisque la petite ne veut pas dont on imagine sans peine le titre : bonne mère, mauvaise fille ... ou l'inverse, allez savoir !
La pièce est brillamment interprétée par Amandine Rousseau dans une mise en scène de Fabian Ferrari. C'est l'adaptation théâtrale d'un roman de cinquante pages de Massimo Carlotto, un des écrivains italiens contemporains les plus lus et auteur de romans noirs.

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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor