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Qui es-tu Fritz Haber ?

Qui es-tu Fritz Haber ?
De Claude Cohen
Avec Isabelle Andreani
  • Isabelle Andreani
  • Xavier Lemaire
  • Studio Hébertot
  • 78bis, boulevard des Batignolles
  • 75017 Paris
  • Rome (l.2)
Itinéraire
Billets de 15,00 à 30,00
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1915, Fritz et Clara Haber, chimistes juifs allemands se disputent au soir de la 1ere utilisation du gaz chloré créé par Fritz.

Leurs désaccords sur la religion, la science, et la conception morale du savant posent les questions essentielles liées au progrès scientifique.
C'est aussi le drame d'un couple uni par la science mais déchiré par leur conception opposée de l'humanité.

 

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La critique de la rédaction : 6.5/10. Nous avons trouvé cette pièce intéressante, mais pas passionnante.

Nous assistons à une longue altercation entre une femme et son mari, chimiste de renom. Elle lui reproche son manque de scrupules, lui qui a inventé un gaz chimique meurtrier.

La question éthique de la création d’une arme, l’opposition entre science et religion, les relations de ce couple… de nombreux sujets de frictions sont évoqués plus ou moins en profondeur. Dommage que ça crie autant pendant 1h15, cela devient un peu lassant.

Les conversations tournent d’ailleurs parfois en rond.

Néanmoins, les deux acteurs jouent assez justes, campent bien leur rôle.

Une fin émouvante et plutôt bien mise en scène termine le spectacle de belle manière.

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7,1/10
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57%
3 critiques
Note de 8 à 10
43%
Toutes les critiques
9/10
36 0
Lorsque que le couple Haber se retrouve après un diner avec l'état major général allemand un soir de 1915 à leur domicile, leurs échanges, au-delà de l’affection qui les lie, vont bousculer leur vie et s’inscrire à jamais dans l’Histoire. Clara et Fritz, tous deux scientifiques, s’emparent des questions que posent les nouveaux travaux de recherche de Fritz sur les gaz chlorés qui voient très vite le jour au sein de l’armée allemande comme l'arme chimique inédite et fatale.

À partir de l’histoire vraie du couple Haber, Claude Cohen écrit en 2010 cette pièce percutante, initialement intitulée "Dans le nuage vert", à la vertu historique du témoignage et à la nécessité morale de la réflexion qu’elle ne peut que déclencher.

Les contradictions entre vérité et croyance ; les confidences ambivalentes entre estime de soi et reconnaissance sociale ; les révélations intimes sur le besoin de s’aimer autant qu’être aimé… Autant de sujets qui vont opposer les deux conjoints jusqu’à les conduire à briser leur union, se rejetant l'un l'autre, devenant adversaires.

Le progrès scientifique peut-il aller jusqu'à tuer des vies humaines ou doit-il être empêché par des valeurs humanistes ? faut-il opposer le vrai et le faux de l'esprit scientifique au bien et au mal de la conscience morale ? Ce sont ces interrogations formulées en tant que postulats qui empêcheront Clara et Fritz de continuer à cheminer ensemble, dans l’entente et la cohésion qui fut celles de leur vie commune jusqu’à cette conversation implacable et irréversible.

Leurs doutes, leurs espoirs de convaincre, leurs résignations à retrouver dans leurs solitudes séparées ce qui fonde leurs désirs de vivre, se révèlent alors. Entre la faiblesse nourrie de la quête d’une reconnaissance identitaire dans le patriotisme de Fritz et la clairvoyance ancrée dans une conscience sociale sans compromis de Clara, l'écart se creuse pour devenir définitif.

Le passage à l’action de l’un sera sans doute la cause du passage à l’acte de l’autre.

Le texte de Claude Cohen, fort et féroce, aux répliques ciselées et cruelles, nous interpelle, mêlant réactions et sentiments. Une théâtralité réussie nous tient en haleine d'un bout à l'autre de cette sombre histoire dans l'Histoire.

La mise en scène de Xavier Lemaire, centrée sur les jeux, nous fait vivre les troubles que traversent Clara et Fritz, nous proposant des échanges véritables et crus, attisant nos pensées et notre analyse critique.

Le jeu d'Isabelle Andréani et de Xavier Lemaire est magistral. L'intensité monte progressivement, servie par une sincérité nue et ardente des comédiens, par les émotions à fleur de peau des meurtrissures éperdues de leurs personnages qu'ils savent tous deux parfaitement restituer.

Un spectacle réflexif et nécessaire. Du théâtre politique au sens noble, accessible et passionnant. À ne pas manquer.
En 1915, au soir de la 1ère utilisation de gaz chlorés, une violente dispute éclate entre Fritz et Clara HABER. Les deux conjoints sont tous les deux chimistes, allemands et juifs convertis au christianisme. Cet échange met en lumière leurs multiples désaccords sur la religion, la science et la vie, jusqu'à la tragédie. Ce dialogue imaginé par l'auteur entre les deux personnages qui ont réellement existé il y a 100 ans, pose en filigrane des questions toujours d'actualité : peut-on faire de la science une religion ? La science remet-elle en cause l'idée même de dieu ? Qu'est-ce que la vérité scientifique ? Un scientifique peut-il s'affranchir de toute considération morale ? Le progrès scientifique est-il toujours un progrès pour l'humanité ? (Source : leslarrons.com)

SUCCÈS DU FESTIVAL OFF 2013

Programmé dans le Festival Off Avignon 2013 au théâtre LA LUNA, j'avais inscrit cette pièce dans ma sélection mais n'avait pu aller la voir. La critique et les échos du public étant favorables, comme j'avais pu le constater sur les panneaux du Village du Off, j'étais heureuse que sa programmation au Poche Montparnasse m'offre la possibilité de juger par moi-même.

Mais au-delà de l'influence de la critique c'est le sujet qui m'a tout d'abord attiré dans ma sélection faite avant le début du Off. Je dois malheureusement dire que je suis sortie un peu déçue. Il y avait matière à une joute de haut vol sur des thématiques abordées : le rôle de la science et du progrès dans le bien être de l’humanité et de l'individu, l'éthique du scientifique, le rapport que la science peut entretenir avec la religion. Pendant une grande partie de la pièce il y a un vrai équilibre entre les arguments et contre-arguments mis en avant par Fritz et par Clara. Mais à un moment le personnage de Clara tombe dans le pathétique et le soufflé retombe.

L'OPPOSITION DE DEUX POINTS DE VUE INCOMPATIBLES

Fritz HABER a reçu le prix Nobel de Chimie en 1918 pour ses travaux sur la synthèse de l'ammoniac, travaux d'une importance primordiale pour la fabrication des engrais mais aussi des explosifs. Grace à ses découvertes l'arrivée d'engrais azotés bons marché a permis d'éviter une catastrophe malthusienne (source wikipédia). Ses recherches sur les pesticides permirent aussi la mise au point du procédé permettant la fabrication industrielle du Zyklon B, le produit qui sera utilisé dans les chambres à gaz.

Description de cette image, également commentée ci-aprèsCe que Clara reprochait à Fritz HABER n'était pas seulement la nature des ses travaux, qu'elle jugeait criminels et contraires à l'éthique scientifique, mais également toute l'étendue de son implication au sein de l'armée. Mue par des principes humanitaires Clara HABER avait néanmoins toute légitimité pour juger de la qualité scientifique des travaux de son mari. Elle fut en effet la première femme diplômée d'un doctorat de chimie de l'université de Breslau. Les conventions de la société la cantonnèrent à un rôle subalterne aux côtés de son mari.

Fritz HABER avait changé son nom, le germanisant pour mieux intégrer la société scientifique allemande. Il estimait qu'en temps de guerre le scientifique se met au service de la défense des intérêts suprêmes de son pays. Les points de divergences étaient nombreux entre eux deux. Le couple avait été unis par le même amour de la sciences. Face à l'obstination de Fritz il semble que Clara ait baissé les bras. On sait peu de choses de sa vie, et son suicide quelques jours après la première utilisation du gaz sur le front reste sujet à interprétation. Le lendemain de la mort de sa femme Fritz HABER reparti sur le front pour faire de nouveaux essais et améliorer l'impact de son arme chimique, laissant son fils de 13 ans se débrouiller avec seul l'enterrement de sa mère morte dans ses bras.

UNE BANALE SCÈNE DE MÉNAGE

Si ces divergences d'opinion sont bien montrées dans la pièce de Claude COHEN, le parti pris quand au motif du suicide de Clara nuit au propos, de mon point de vue. La folie de Clara arrive d'une manière brutale et sans cohérence. En mettant en avant la jalousie de Clara vis-à-vis de la jeune assistante et d'une éventuelle aventure entre cette jeune femme (présente lors du dîner qui vient de se terminer) et Fritz, l'auteur fait perdre toute crédibilité au discours de Clara. Elle tombe alors dans le cliché de l'épouse bafouée au point que je me suis demandée si sa colère du début, qui lance le débat, est motivé par la responsabilité de Fritz dans l'utilisation par les militaires de ses découvertes scientifiques ou parce qu'elle n'a pas supporté la présence de cette rivale à sa table. Je précise que ce sentiments et cette déception était partagés par les deux personnes qui m'accompagnaient. Certes Fritz épousa ensuite cette femme, mais la manière dont l'auteur l'a introduit dans la pièce et le jeu d'Isabelle ANDREANI à ce moment mettent à mon sens trop l'accent sur ce fait occultant tout ce qui faisait le vrai combat de Clara HABER d'après ce que j'ai pu lire après avoir vu la pièce. Ce combat justifie que plusieurs prix scientifiques prestigieux portent aujourd'hui le nom de Clara HABER.

C'est d'autant plus décevant qu'il y a par ailleurs de nombreuses raisons pour justifier des bonnes critiques reçues par cette pièce. Le décor restitue à merveille l'intérieur d'un appartement des années 1930. L'espace de la petite salle du Poche Monparnasse est optimisé et la mise en lumière crée l'ambiance intimiste nécessaire tout en mettant un juste degré de dramatisation à des moments clés. La mise en scène reste sobre. Le jeu de Xavier LEMAIRE est équilibré avec juste ce qu'il faut de machisme, de force mais aussi de doute lorsque les arguments de Clara sont sur le point de le déstabiliser. Il s'est glissé avec réussite dans la peau de ce personnage qui est décrit comme un homme imposant par sa stature et son intelligence, mais aussi comme un chercheur sans scrupule, animé d'une ambition démesurée qui ne semble avoir jamais eut aucun remords sur son action et faisait preuve d'une certaine absence d'humanité. Par contre le jeu d'Isabelle ANDREANI s'il est très juste sur la première partie de la pièce, glisse parfois dans le surjoué et le pathétique ce qui m'a fait perdre au final l'élan de sympathie que j'avais pour le personnage de Clara.

Bien que n'ayant pas (encore) revu "Les palmes de M. Schultz" (actuellement à l'affiche au Théâtre Michel et dont je garde un souvenir peut-être enjolivé par le temps qui est passé), je n'ai pas pu m'empêcher de faire le parallèle avec le couple Pierre et Marie Curie.

En conclusion, Je m'attendais à voir un débat de haut niveau entre deux scientifiques. L'orientation pris par la pièce dans la dernière demi-heure (environ) m'a laissé avec la sensation finale d'avoir assisté à une scène de ménage presque banale au sein d'un couple qui a pourtant changé l'avenir de l'homme.

Dommage !

En Bref : Une légère déception pour ce qui reste une belle mise en lumière d'un grand débat sur la place de la science et des scientifiques dans l'Histoire

(Vu au Poche Montparnasse)
7 déc. 2016
6,5/10
52 0
Un dialogue conflictuel, sur un ton agressif, pendant 1h15, c'est un peu long et fatigant !

Pourtant le sujet est fort intéressant et demeure très actuel, le texte est riche soulevant beaucoup (trop ?) de questions sur la science et son éthique, le patriotisme, la guerre, Dieu, l'éducation, la folie...

Une mise en scène plus travaillée et créative aurait permis d'éviter au spectateur baillement et saturation.
1 déc. 2016
8/10
44 0
Le Studio Hébertot propose un sympathique cycle de trois pièces mise en scène par Xavier Lemaire
Commençons par "Qui es tu Fritz Haber ?"


"Tout progrès est-il nécessairement bon pour l'homme ?" Vous avez 4 heures !!

Réussir la synthèse de l'ammoniac a été une révolution dans le monde la chimie : l'univers des engrais agricoles prend sa source dans cette molécule mais seulement voila, on a aussi couplé de l'ammoniac avec du chlore et le triste résultat a été l'invention des gaz de combat qui ont ravagé les tranchées de la première guerre mondiale et bien d'autres usages meurtriers par la suite... et c'est le même chercheur qui est à l'origine de tout ça : Fritz Haber.

Comment a t'il vécu tous ces évènements et en particulier les plus tragiques ? C'est le propos de la pièce qui l'oppose à son épouse, chimiste aussi : Clara Immerwahr après un diner avec quelques membres de l'état major allemand.

Clara ne reconnaît pas son mari qui semble heureux de l'utilisation de son gaz. Les deux époux vont s'affronter dans une joute verbale sympathiquement structurée. (prenez des notes, ça vous servira pour la dissertation).

Les deux comédiens (dont le metteur en scène) sont superbes et grâce à la proximité de la scène du Studio Hébertot, on est dans le salon des Haber au cœur de l'affrontement, c'est très intéressant de vivre la confrontation comme ça.
Les arguments s'enchainent, on y découvre un autre visage de Fritz Haber... Qui a raison ?

Pour passer une bonne soirée, je vous recommande cette pièce.

Et je continue par les deux autres pièces du cycle.
24 nov. 2016
9/10
25 0
Voilà un de ces spectacles essentiels que l'on ne regrette pas d'avoir inscrit dans son emploi du temps.

Le sujet est difficile mais son traitement est universel. On se pose tous des questions semblables sur la religion, la science et la vie. Cela reste d'actualité : Peut-on faire de la science une religion ? Inversement, la science remet-elle en cause l’idée même de Dieu ? Qu’est-ce que la vérité scientifique ? Un scientifique peut-il s’affranchir de toute considération morale ? Le progrès scientifique est-il toujours un progrès pour l’humanité ?

Parfois ce type d'interrogations entraine des litanies bien pensantes ou culpabilisantes. Pas ici, où les deux comédiens sont aussi persuasifs l'un que l'autre et je n'ai pas perdu une phrase de leurs joutes.

Des tintements d'assiettes et de couverts sur le cristal accompagnent l'installation du public. Nous sommes à Berlin, chez les époux Haber, tous deux chimistes, juifs et allemands, où vient de s'achever un dîner d'exception. L'action se situe en avril 1915, donc en pleine Première Guerre mondiale et si les dialogues ont été imaginés par Claude Cohen il n'empêche que les deux personnages ont réellement existé et que la tragédie fut bien réelle. Tous les faits relatés dans la pièce sont exacts. Le travail de recherche et d’écriture aura pris trois ans.

Fritz Haber se réjouit de s'être enfin régalé : rien à voir avec ce qu'on avale dans les tranchées ! Son épouse est d'emblée sur un autre terrain en resituant la soirée dans le contexte de la première utilisation du gaz chloré comme arme chimique pour détruire des vies humaines. Au fil de la soirée leurs désaccords se creusent sur la religion comme sur la conception morale du progrès scientifique. On assiste au drame d’un couple uni par la science mais déchiré par une conception opposée de l’humanité.

J'ai néanmoins écouté les dialogues avec une certaine distance pour mieux percevoir leur valeur universelle. Car ce type de joute est transposable à bien des découvertes.

Fritz Haber (1868-1934) est magistralement interprété par Xavier Lemaire qui est aussi le metteur en scène de la pièce. Alors que de prime abord sa culpabilité est évidente (le public ne peut que se situer du coté de Clara au début de la pièce) l'art du comédien est de faire vivre la dualité de son personnage.

On comprend vite que le chimiste a développé, quelques années plus tôt, un procédé de synthèse directe de l’ammoniac à partir d’hydrogène et d’azote atmosphérique. Cette découverte primordiale, vitale même, a favorisé l’intensification des productions agricoles grâce aux engrais azotés. Grâce à ses recherches des populations entières purent être alimentée et cela lui vaudra le Prix Nobel de chimie.

Malheureusement cette même découverte a fait de lui le père de l'arme chimique. En effet, depuis 1914, il travaille à la demande du gouvernement allemand, à la mise au point de gaz toxiques, notamment à l’emploi du sulfure d’éthyle dichloré comme gaz de combat dont les vapeurs toxiques sont plus connues sous le nom d’"ypérites".

L'Histoire, avec un grand H, confirme que ces gaz furent à l’origine de milliers de morts parmi les soldats français et eurent à plus long terme des conséquences tragiques, avec d'autres déclinaisons tristement célèbres comme le Zyklon B. Cela Clara ne peut pas le savoir mais on perçoit qu'elle devine combien les travaux de son mari vont engendrer de catastrophes.

Et le spectateur, pris par l'action, se met à douter. Certes toute guerre s'accompagne d'atrocités. Fritz porte l'uniforme. Son patriotisme est sans bornes. Il repose sur un besoin de reconnaissance que sa femme pointe en lui rappelant qu'il a changé son prénom de Jacob en Fritz avant de se faire baptiser dans le culte protestant. On sait combien la judaïté est une entrave dans sa carrière universitaire, dans une Allemagne où l’antisémitisme est fort, même s'il est sans commune mesure avec les proportions que l'on connaitra une trentaine d'années plus tard.

Sa démonstration est troublante : tous les moyens sont bons dès lors qu'ils sont efficaces. Si l'emploi de ce gaz peut accélérer la victoire il aura permis en quelque sorte de limiter les pertes humaines. Et bien entendu il recevra les honneurs qu'il estime mériter. Fritz odieux apprécie d'être aux commandes sur ce champ d'application extraordinaire qu'est la guerre (son budget a été multiplié par 5 et il ne touche plus terre, comme on dirait vulgairement). Il est sûr de lui ... jusqu'à ce qu'un coup de fil le déstabilise un instant. Il a commis une erreur mais il est prêt à partir sur le front pour réviser ses calculs.

Isabelle Andréani est Clara Immerwahr-Haber. La comédienne a déjà travaillé plusieurs fois sous la direction du metteur en scène et ils se sont donnés longuement la réplique dans Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée de Musset. Le couple qu'ils forment sur scène est totalement crédible.

Clara Immerwahr, l’épouse de Fritz Haber, est également chimiste de formation. En cette soirée d'avril 1915 c'est la mère de famille qui s'exprime devant nous. Elle vit désormais dans l’ombre de son mari et ne se consacre plus qu'à l’éducation de leur fils Hermann, et aux tâches domestiques. On apprend au fil de leur conversation qu'elle fut la première femme (et juive de surcroit) diplômée d’une université allemande. Elle a reçu un doctorat de l’université de Breslau. Ses démonstrations, d'abord fragiles et passionnelles, s'affinent et s'argumentent.

On comprend aussi qu'elle tente autant de protéger l'humanité que son mari. Elle cherche à le dissuader pour le sauver mais il n'entend rien, aveuglé par son patriotisme, son ambition et le machisme ambiant. Admirable de courage, elle défendra ses convictions jusqu’au bout d’elle-même... mais son suicide ne provoquera aucune remise en cause chez Fritz qui s'aveugle sur ce qui ne serait qu'un problème de couple si on se limite à la colère de Clara qui ne veut plus porter son nom.

Encore une fois non seulement les faits historiques sont exacts, mais le couple a réellement existé et fonctionné ainsi. Le geste de Clara a été expliqué par la folie. Leur contemporains n'auraient pas pu admettre une autre version.

C'est la pièce de Claude Cohen qui permet une relecture de la tragédie familiale. Avec toutes les conséquences (positives) sur la descendance du couple. Le hasard a fait que j'ai assisté à la représentation le même soir que l'arrière-petite-fille de Clara (photographiée ci contre) qui a fait part de son soulagement à comprendre que son aïeule était dans le vrai, et non une folle furieuse. La honte a changé de camp.

On peut prolonger la réflexion par la lecture de l'Invention de nos vies de Karine Tuil publié cet été chez Grasset. On y retrouve des traits communs sur les motivations à réussir sa vie pour celui qui se sent victime (comme Fritz) de ses origines, de son histoire ou de son éducation.
Votre critique endiablée
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor