Quai ouest

Quai ouest
  • Théâtre de la Tempête
  • Route du Champ-de-Manœuvre
  • 75012 Paris
  • Château de vincennes (l.1)
Itinéraire
Billets de 14,00 à 35,00
Evénement plus programmé pour le moment
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Homme d’affaires ruiné, Maurice Koch se rend en Jaguar, avec sa secrétaire, sur les quais d’une ville portuaire pour se donner la mort…

Mais dans un hangar voisin, qu’il lui faut traverser, vit une famille d’immigrés : père à demi détruit par la guerre, mère vampirique, venue d’un pays lointain qu’elle évoque avec nostalgie, et leurs enfants : Charles, qui n’a qu’un rêve, traverser le fleuve et trouver un emploi, et puis Claire, la plus jeune, que son frère n’hésite pas à marchander…

Comme déposés là aussi, Fak, petit dragon de 22 ans qui saute de combine en combine, et un homme sans paroles, Abad, le Noir, immobile et inquiétant… Heurt de deux mondes : « De l’autre côté là-bas, c’est le haut, ici, c’est le bas, le plus haut qu’on montera, de toute façon, on ne sera jamais que le haut du bas. »

Tous sont devant un mur d’obscurité, et la présence de Koch relance la dynamique des transactions : droit de vivre, droit de mourir, dans le hangar tout se monnaie : « Ce sont des scènes d’échange et de trafic ; il n’y a pas de tendresse dans le commerce. »

Question de survie. Colonialisme, violence sociale, exclusion, immigration, arrogance de l’argent : Koltès crée le choc révélateur du « ballottement de l’homme par l’Histoire ». 

Philippe Baronnet a présenté au Théâtre de la Tempête Bobby Fischer vit à Pasadena de Lars Noren en 2013 et Maladie de la jeunesse de Ferdinand Bruckner en 2016.

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3 critiques
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75%
Toutes les critiques
25 avr. 2018
6/10
5 0
Soyez prévenus. Quai Ouest est une longue pièce, presque 3 heures, et elle se déroule dans l'obscurité, parfois même dans un noir quasi complet. C'est nécessaire expliquera Philippe Baronnet, le metteur en scène.

Je veux bien le croire mais c'est une épreuve. A ce train là il faudrait faire souffler un vent glacial sur le public en Salle Copi pour qu'on puisse se croire en Irlande ? Non, et pourtant Bourrasque est un spectacle juste magique.

On a beau écarquiller les yeux, on ne peut que deviner un espace où doit trainer toutes sortes de détritus. Une portière claque. Des chevilles se tordent sur le plateau. On ressent pleinement une sensation d'enfermement. La pénombre attise le désir de voir le corps des personnages et dont on ne dispose que de la voix comme indice. On partage le malaise de Monique qui s'inquiète : je sens qu'on nous regarde, je vous assure.
Rappelons le propos : Maurice Koch (ce soir Erwan Daouphars) est un homme d’affaires ruiné, qui se rend en Jaguar, avec Monique (Marie-Cécile Ouakil), sa secrétaire, sur les quais d’une ville portuaire pour se donner la mort... Dans un hangar voisin, qu’il lui faut traverser, vit une famille d’immigrés : un père (Vincent Schmitt) à demi détruit par la guerre, une mère vampirique (Teresa Ovidio), venue d’un pays lointain qu’elle évoque avec nostalgie, et leurs enfants : Charles (Marc Lamigeon), qui n’a qu’un rêve, traverser le fleuve et trouver un emploi, et puis Claire (Louise Grinberg), la plus jeune, que son frère n’hésite pas à marchander... Comme déposés là aussi deux autres personnages, Fak (Félix Kysyl), petit dragon de 22 ans qui saute de combine en combine, et un homme sans paroles, Abad (Marc Veh), le Noir, immobile et inquiétant...

Le metteur en scène aime les histoires de famille, surtout quand elles sont ponctuées par des éléments qui se déchainent. Représenter la lune, l'orage et le soleil, voilà un défi qu'il a voulu relever de manière cinématographique. Il est vrai qu'on peut par moments songer à La lune dans le caniveau.

Philippe Baronnet a tenu à rendre perceptible l'humour de la plume de Bernard-Marie Koltès qui organiquement trouve un chemin dans la tragédie. Le pari est à demi réussi parce que la pièce est très déroutante. La création sonore de Julien Lafosse nous place au coeur d'un thriller psychologique qui fait froid dans le dos.

Il a disposé des micros en plusieurs endroits pour rendre la sensation d'espace, avec un peu de réverb quand les scènes se passent dans le hangar. Trois espaces sont clairement identifiés dans la pièce. Le quai, ou plus précisément la jetée, est jouée au loin, devant le cyclo. Le hangar occupe la totalité du plateau et il faut deviner que la scène se passe devant la porte quand les bâches disparaissent. Leur déploiement complique beaucoup les choses et on met du temps à en comprendre leur signification.

De l’autre côté là-bas, c’est le haut, ici, c’est le bas, le plus haut qu’on montera, de toute façon, on ne sera jamais que le haut du bas. Il a voulu rendre la collusion entre ces deux mondes que tout oppose, sensuelle, charnelle, loufoque, décalée.

Les scènes d'échange et de troc sont essentielles. Toutes les relations humaines sont chez Koltès de l'ordre du deal. Tout se vend, jusqu'à sa sœur contre les clés d’une voiture.

L'arrivée de Koch relance la dynamique des transactions : droit de vivre, droit de mourir, dans le hangar tout se monnaie. Question de survie. Colonialisme, violence sociale, exclusion, immigration, arrogance de l’argent ... Philippe Baronnet s'interroge sur la manière de signifier cela aujourd'hui. Il reconnait avoir préféré faire des coupes dans le texte original, estimant que Monique ne pouvait pas s'exclamer trente fois Seigneur ... Il a laissé le premier cri.

Quai Ouest est une pièce sur l'ascendant que l'on a sur l'autre, avec pour obsession la figure du meurtre en réinterrogeant le prix de la vie ou le sens de la survie dans un monde fondé sur la violence. Dans ce hangar apparemment déserté et à l’écart du monde, Koltès confronte des gens qui n’auraient jamais dû se rencontrer. Il sait de quoi il parle puisqu'il a passé plusieurs nuits dans un tel lieu, à New York, avant de commencer l'écriture.

Philippe Baronnet a voulu en rendre toutes les facettes, sans prendre parti en faveur de la comédie ou de la tragédie. C'est peut-être ce qui dérange le plus malgré une distribution très réussie et des acteurs qui défendent bec et ongles leur personnage.

Je ne peux m'empêcher de noter la dernière phrase de Quai Ouest : A quoi vous a servi tout ce bluff pour rien?
31 mars 2018
8/10
14 0
Quai ouest, de B. M Koltès, mise en scène de Philippe Baronnet.

Sur scène des détritus, un lieu en déperdition, une ambiance un peu sordide, nous sommes dans un monde étranger et inquiétant. Un monde que l’on n’a pas envie de fréquenter, qui nous fait peur. Tout à coup la lumière s’affaiblit, dans la pénombre se font entendre des voix perdues et angoissées cherchant leur chemin…
Un homme d’affaires ruiné voulant se donner la mort, entraine sa secrétaire dans un lieu isolé au bord d’un fleuve. Au détour du chemin, ils vont croiser une famille d’émigrés anéantie par la misère et luttant pour rester en vie. Nous allons être affrontés à l’antagonisme de deux mondes. Le monde du haut et le monde du bas.
*le plus haut qu’on montera, on ne sera jamais que le bas du haut.
La violence, la misère, le trafic, la guerre, l’immigration, l’injustice sociale, la survie mais aussi le droit de se donner la mort vont nous interpeller tout au long de cette pièce.
Ecrite en 1985 cette pièce évoque des problématiques actuelles et dramatiques.
C’est une sombre histoire qui vous bouleverse et vous émeut.
La mise en scène, les décors et l’ombre et la lumière nous transportent dans ce monde un peu glauque, inhumain et sans tendresse mais pourtant bien vivant et réaliste.
26 mars 2018
9/10
28 0
Ils partirent à deux, mais sans renfort, ils se virent forcément deux en arrivant au port.

Maurice, un affairiste fuyant un procès pour abus de biens sociaux, flanqué de Monique, sa secrétaire, a décidé d'en finir une fois pour toutes.
Ce port, au bord du fleuve, ce sera son tombeau liquide.

Ces deux-là vont échouer dans un grand hangar, quai ouest, un no-man's land plus ou moins désaffecté.
Nous allons assister à une rencontre improbable et impossible.

Charles et sa famille qui squattent les lieux, tels des spectres-zombies-déchets humains produits par nos modernes sociétés, vont contrecarrer son définitif plan.

Tel est le point de départ de la pièce, dans laquelle Koltès va une nouvelle fois décliner ses thèmes de prédilection : le contrat sous toute ses formes entre des êtres humains, contrat moral, contrat matériel, le « deal » comme il écrivait lui-même.
Mais aussi la dénonciation de l'argent-roi, le colonialisme, la violence sociale, et surtout la désespérance noire des êtres, une désespérance perçue néanmoins comme une force moteur.

Le choc va être violent, frontal, brutal, sans concessions ou si peu.
Dans de grandes joutes oratoires, le plus souvent entre deux personnages, dans de longues séquences, les comédiens vont dire ces affrontements, ces luttes de classe et de casse.
Oui, il y en aura, de la casse.

Hangar, donc. Unité de lieu ? Voire...
Le metteur en scène Philippe Baronnet et la scénographe Estelle Gautier ont bien compris la difficulté de l'espace apparemment unique chez Koltès.

Nous sommes accueillis dans ce lieu de désolation, où nous sautent immédiatement aux yeux des références cinématographiques, des scènes de Ridley Scott, de Jarmush, de Lynn, mais aussi de Caro et Jeunet.

Chez cet auteur, il y a une multiplicité d'angles de vue qui fait que même dans un lieu unique, bien des points de vue sont à dessiner et à montrer.

Grâce à des rideaux délabrés et amovibles faits de morceaux de plastique transparent, grâce aux très faibles et très sophistiquées lumières de Lucas Delachaux (nous sommes en permanence dans un clair obscur à la Vilmos Zsigmond ou Janusz Kamiński, les célèbres chefs-opérateurs), nous allons naviguer dans ce hangar jonché de détritus.

Tout ceci relève d'une réelle beauté plastique et visuelle.
Même s'il faut parfois bien ouvrir les yeux. Mais la beauté se mérite.

La création sonore de Julien Lafosse, faite de notes synthétiques graves et sourdes, de clusters dissonants, de bruits de la ville, de coups de tonnerre, participe également à démultiplier les micro-lieux à l'intérieur du même endroit.

Et puis, bien entendu, les huit comédiens nous restituent de brillante façon l'univers koltésien, ce chaos topographique, social et humain.
Avec beaucoup d'énergie, de passion, et d'humour aussi.
Parce que chez Koltès, comme chez Shakespeare, le tragique ne peut s'affranchir d'une forme de drôlerie noire. Très noire, souvent.

Tous font preuve d'un sacré engagement. On ne met pas en scène, on ne joue pas Koltès sans se donner complètement à fond, sans retenue, sans restriction.
La direction d'acteurs est ici âpre, sans concession, Philippe Baronnet a beaucoup demandé et beaucoup obtenu.
Mais cette demande en valait la chandelle. Les personnages que nous avons en face de nous nous interpellent vraiment, nous parlent à tous. Impossible d'oublier une fois rencontrés à la Tempête, Claire, Fak, Charles, Monique, Maurice, Cécile, Rodolphe et Abad.

Je vous conseille vivement cette plongée dans ce hangar où seront révélées bien des passions humaines, et pas des plus tendres et innocentes.

Je suis en effet ressorti de ces deux heures et cinquante minutes (avec entracte) à la fois enchanté et très impressionné.
Ce qui nous est donné à voir est d'une noirceur salutaire, un moyen une nouvelle fois de se positionner, de puiser en soi une forme de catharsis momentanée.

Comme le fait dire Bernard-Marie Koltès à Charles, l'un des personnages principaux : il y ceux à qui on peut encore faire du mal, et il y a ceux à qui on ne le peut plus.
Camarade, choisis ton camp !
8/10
20 0
Une pièce rude et captivante, un spectacle détonant aux lenteurs exigeantes et une distribution impeccable. Au final, un « Koltès » réussi.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor