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Premier Amour

Premier Amour
De Samuel Beckett
Avec Sami Frey
  • Sami Frey
  • Théâtre de l'Atelier
  • 1, place Charles-Dullin
  • 75018 Paris
  • Anvers (l.2)
Itinéraire
Billets de 17,00 à 55,00
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J'associe, à tort ou à raison, mon mariage avec la mort de mon père, dans le temps. Qu'il existe d'autres liens, sur d'autres plans, entre ces deux affaires, c'est possible.

J'ai découvert tard dans ma vie à quel point les écrits de Samuel Beckett me touchaient. A quel point la profonde humanité de ses personnages, le rythme de ses phrases, la musicalité de son français, son humour terrible, sa poésie, m'étaient proches sans effort. 

"J'ai pu penser à Molloy et aux autres le jour où j'ai pris conscience de ma folie, ce n'est qu'à dater de ce jour-là que je me suis mis à écrire les choses telles que je les sens." Samuel Beckett, Entretiens - février 1961. 

Premier amour, écrit en français en 1945 (date de l'époque de cette prise conscience), fait des aventures de Samuel Beckett, ou pas, en jeune homme - avec ce qu'il est bien obligé malgré lui de nommer amour - un récit d'une pathétique drôlerie, d'une naïveté et d'un égoïsme rafraîchissant.

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7,8/10
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5 critiques
Note de 8 à 10
83%
Toutes les critiques
1 mars 2019
9,5/10
34 0
Comme une évidence.
Aller revoir jouer Sami Frey. Encore. Toujours !
Aller le revoir habiter ce personnage de vagabond magnifique, dans cette nouvelle écrite par Beckett en 1946.
Aller assister une nouvelle fois à une leçon de jeu théâtral. Purement et simplement.

M. Frey créa ce spectacle en 2009, au théâtre de l'Atelier. Le spectacle fut repris en 2012, et donc en ce moment même pour trente représentations exceptionnelles.

C'est donc avec beaucoup d'émotion que je retrouvai ce type en imperméable douteux, une besace verte en bandoulière, une espèce de feutre incertain complètement froissé dans la main, et des bottines usagées sans lacets.

Un cousin germain de Vladimir et Estragon, peut-être, qui verront le jour deux ans plus tard ?

Sami Frey va dire les mots de Beckett. A la première personne du singulier.
Avec une avidité, un appétit, une joie manifestes.
On ne choisit pas de dire un texte comme celui-ci par hasard. (Ce texte est à l'origine une nouvelle, et non une pièce de théâtre.)

Un texte étonnant. Le futur prix nobel 1969 de littérature nous parle une nouvelle fois de notre pauvre condition humaine avec ses petites et grandes dérisions. Il nous parle d'amour, pas forcément de la façon dont l'imagine le commun des mortels.

Avec un humour noir ravageur, un second degré magnifique de distanciation et de recul.

C'est une réflexion sur la mort qui débute le propos de Beckett.
Ce vagabond, dont on ne connaîtra pas le nom est sur un banc.
Le comédien se retrouve devant le rideau-pare-feu du théâtre, entré subitement par une petite porte surmontée par une loupiote de sécurité rouge qui s'est allumée.

La mort donc. Ce type la préfère au monde des vivants. Parce que les morts sentent meilleurs que ceux qui ne le sont pas, nous explique-t-il.
Lui préfère les cimetières à la foule grouillante de vie.
Il nous parle également de son père. Une relation très difficile le lie à sa famille. D'ailleurs à la mort de ce père, on le fiche à la porte de chez lui.

C'est avec une grande délectation que nous commençons à ressentir l'humour noir du texte, que Sami Frey excelle à faire passer.
Mais nous ne sommes pas au bout de notre plaisir.

Un jour, sur ce banc, le vagabond se sent dérangé par la présence d'une femme. Lulu (prononcer Loulou...) Lui l'appellera Anne. C'est comme ça.

L'auteur irlandais explore avec virtuosité la relation qui se crée entre ces deux-là, avec des situations plus loufoques les unes que les autres.
Après un savoureux jeu du chat et de la souris, à la fois surréaliste et drôlissime, elle accueille ce type chez elle.

Ou plus exactement, lui s'installe de façon éhontée chez cette femme dont on ne va pas tarder à comprendre le métier, que l'on qualifie parfois de plus vieux du monde...

C'est alors une vraie jouissance d'entendre et de voir Sami Frey débiter des horreurs, à prendre évidemment avec toute la distanciation évoquée plus haut.
« Savez-vous où sont les cabinets? dit-elle. Elle avait raison, je n’y pensais plus. Se soulager dans son lit, cela fait plaisir sur le moment, mais après on est incommodé. »

La constipation n'aura plus aucun secret pour vous, non plus...

Et nous de suivre la vie de cet homme, complètement au crochet de Lulu.
Le comédien adopte un ton merveilleux d'un homme complétement entretenu, et qui ne comprend pas qu'il pourrait en être autrement.

Il est épatant de mauvaise foi, de culot, et d'indignations très mal placées.

Et de mysoginie, également.
« Quand elles ne savent plus quoi faire ni quoi dire, elles se déshabillent... »

C'est un pur bonheur que de voir Sami Frey interpréter cet homme. On sent bien la satisfaction qu'il a de nous faire savourer les mots, le rythme, les énormités hilarantes, les fulgurances de Beckett. On ressent parfaitement cette avidité gourmande à nous embarquer dans les tribulations loufoques de ce couple improbable. Ce premier amour.

Oui, le comédien nous livre une leçon d'interprétation.

Sept rappels et une standing ovation de toute la salle salueront cette heure et vingt minutes de pur bonheur.
Quatre-vingts minutes de grâce, dans un temps suspendu.
7 févr. 2019
8/10
14 0
Pour s’attaquer à un texte de Samuel Beckett comme Premier Amour, il faut un comédien expérimenté qui sait jouer avec les mots. Sami Frey fait partie de ces comédiens intemporel qui peuvent nous restituer toute la finesse d’un texte de Beckett. Il avait déjà joué Premier Amour et Cap au pire, il y a quelques années. Il est revenu au théâtre de l’Atelier pour nous livrer à nouveau sa version d’un texte écrit en français par l’auteur anglais en 1945. De plus, Sami Frey signe aussi la mise en scène comme pour la version précédente.

Je suis toujours impressionnée quand un texte de Beckett est joué aussi bien que cette version à laquelle j’ai pris beaucoup de plaisir. On a la sensation que le comédien et les mots ne font qu’un, que l’un ne pourrait exister sans l’autre. C’est assez vertigineux !

Que dire de l’histoire ? Tout est dans le titre ! C’est l’histoire d’un premier amour avec beaucoup de maladresse et naïveté pour un personnage un peu particulier !

La mise en scène est simple mais suffisante : deux bancs devant le rideau métallique baissé du devant de la scène, oui nous sommes tout proche du comédien, et il nous emmène dans cette histoire avec une facilité déconcertante : nous voilà en train de visualiser le héros de l’histoire entre les deux arbres ou chez Lulu.

Un grand moment de théâtre !
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5 févr. 2019
9/10
8 0
Une annonce : la mort du père. Le fils se retrouve chassé de chez lui avec son maigre héritage en poche. Proche, tout proche de nous devant le rideau de scène rouillé, Sami Frey est là, flanqué d’un grand imperméable et d’un sac vert en bandoulière. Il a deux bancs à sa disposition. Seul compte l'acteur.

Commence alors un drôle de récit. Sami Frey a un regard d’une sincérité folle et quelque chose de magnétique s’écoule de lui à nous. A travers lui passe le pathétique de l’existence dans ce qui devrait être décrit comme la plus belle chose au monde : un premier amour. Un amour simple, indésiré et mal compris par celui qui en est traversé. Il y a en cela un peu de l’étranger de Camus et une dérision à la Raymond Devos dans ce texte de Beckett. Car ce personnage peu habitué à ce qui l’entoure y réagit si étrangement qu’il crée chez nous stupéfaction et rire.

Oui, il y a quelque chose de délectable à voir ce texte parfois si brusque déclamé par un acteur avec un charisme qui ne peut inspirer que la déférence et l’admiration. Cette contradiction donne au spectacle sa saveur.

C’est comme un éclat, une étincelle de clarté dans une vie sans lustre. On ne sait pas toujours comment accueillir les images inventées par Beckett ni comment réagir à son humour mais porté par Sami Frey, ce texte prend une jolie hauteur et l’on se prend à attendre l’absurde qui fera mouche !

A voir pour découvrir cette œuvre de Beckett, pour l'immense Sami Frey, pour être déconcerté, pour écouter ce flot de littérature si étonnant. Une ballade littéraire drôle et désenchantée.
10/10
4 0
... C’est un rêve éveillé qui nous est offert, un voyage au pays incertain et naïf d’une solitude franche et égoïste, retenue et drôle. Un moment de théâtre fort. Un moment rare.
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31 janv. 2019
9/10
2 0
Un décor minimaliste, deux bancs siègent devant le rideau de scène métallisé couleur de bronze. Une lumière clair-obscur nous inonde...
Dans cette ambiance intimiste, surréaliste et intrigante apparaît Sami Frey un peu hésitant, vêtu d’un imperméable, d’un chapeau et d’un sac en bandoulière.
Avec une grande sobriété et délicatesse sa voix s’élève pour nous conter les souvenirs d’un homme au déclin de sa vie.
« J'associe, à tort ou à raison, mon mariage avec la mort de mon père,… »
Cet homme remonte le temps... Il vient de perdre son père et d'être chassé par sa famille de sa demeure. Ayant de l’argent en poche dont il ne fait gré, il erre, il prend plaisir à se promener dans les cimetières.
« L’odeur des cadavres, que je perçois nettement sous celle de l’herbe et de l’humus, ne m’est pas désagréable. »
Le soir, assis sur un banc, il déguste sa solitude. Mais un soir il rencontre Lulu…
« Une femme extrêmement tenace » dit- il
Il est troublé… Il découvre les sentiments…
"Je connaissais mal les femmes, à cette époque. Je les connais toujours mal d'ailleurs. Les hommes aussi. Les animaux aussi. Ce que je connais le moins mal, ce sont mes douleurs."
Lulu lui offre un toit et son amour, il la suit mais…
« Je ne me sentais pas bien à côté d'elle, sauf que je me sentais libre de penser à autre chose qu'à elle, et c'était déjà énorme. »
Il finira par prendre la fuite…
"C'était mon premier amour"

L’histoire de cet homme est émouvante, tragique mais ce texte ne manque ni humour, ni de dérision.
« Se soulager dans son lit, cela fait plaisir sur le moment, mais après on est incommodé »
« plus elle était nue, plus elle était strabique »

Sami Frey nous confie cette histoire avec grande émotion comme un secret ancré au plus profond de lui-même.
Par la voix et le jeu de Sami Frey ce texte prend toute son ampleur, il nous transperce et nous émeut.
Quelle classe ! Quel talent ! Quel grand Monsieur!
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor