Poignard

Poignard
  • Théâtre de Belleville
  • 94, rue Faubourg du Temple
  • 75011 Paris
  • Goncourt (l.11)
Itinéraire
Billets de 15,00 à 25,00
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En 2003, dans un pays en crise.

Un individu est chargé de recruter les membres d’un groupe terroriste révolutionnaire. Son existence aura pour but d’augmenter le budget de la sécurité publique, et relancer la croissance économique.

Les membres de cette cellule, auto baptisée « Club Mickey », n’ont pas conscience d’être manipulés. Ils décident de s’en prendre à un célèbre boys band : le TNT.

 

Ce texte du brésilien Roberto Alvim aborde avec un humour parodique les mécanismes de désinformation et de propagande. Poignard est une histoire où se côtoient jeunes gens embrigadés, vedettes déshumanisées et dirigeants cyniques, une fresque contemporaine teintée de violence, de paranoïa et de sensationnel.

 

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33%
Toutes les critiques
6 févr. 2016
7,5/10
119 0
Comment et pourquoi devient-on terroriste ? Pour qui fait-on la révolution ?

Au Théâtre de Belleville, Alexis Laveda-Waksmann tente de répondre à ces questions problématiques avec Poignard. La pièce du Brésilien Roberto Alvim dissèque le processus d’embrigadement d’une jeunesse révoltée et naive dans ses idéaux. Dans une atmosphère interlope de polar, la parodie côtoie la violence dans un mariage dérangeant. La mise en scène fait la part belle aux jeunes comédiens qui se glissent avec un bonheur évident dans la peau d’apprentis criminels. Prometteur.

Dans Poignard, les jeux de dupes s’emboîtent comme des poupées russes. À l’origine, un mystérieux individu (inquiétant Adrien Gamba-Gontard, en total contre-emploi) décide de relancer la croissance économique et augmenter le budget de la sécurité publique en recrutant un groupe terroriste révolutionnaire. En échange d’une promesse de gloire immédiate, il charge une taupe de mener à bien cette mission. Les jeunes recrues, loin de se douter de cette manipulation, se lancent à corps perdu dans la bataille en ciblant un groupe de pop suscitant l’hystérie, les TNT. L’incarnation même de la vacuité et de la superficialité.

La pièce d’Alvim met en parallèle deux phénomènes fondés sur la fascination et l’effet de masse : d’un côté, le terrorisme séduit les foules par son enfièvrement et sa volonté de changer le monde de fond en comble alors que de l’autre côté, la pop culture matraque son public de chansons sirupeuses et dénuées de sens. La mise en abyme orchestrée par Poignard se retrouve particulièrement bien exploitée par Alexis Laveda-Waksmann notamment lors des concerts et des interviews hilarantes du groupe à midinettes.

Un trio de beaux garçons en mini-shorts moulants (Guillaume Perez, Benjamin Tholozan et Julien Urrutia) fait le show et la société du spectacle tourne à fond la la caisse. Entre « teen movie » et « thriller politique », Poignard met surtout en lutte une jeunesse confuse et sans repères. Le nom de leur cellule, Club Mickey, et le titre même de la pièce symbolisent à eux seuls le décalage entre la soif révolutionnaire et l’inexpérience naïve de ces marginaux. Utiliser une arme blanche, le poignard, pour commettre un attentat montre bien l’incompétence et le délire utopique de ces jeunes.

Alexis Laveda-Waksmann joue beaucoup sur le clair-obscur pour manifester la dichotomie entre les feux du succès des TNT et l’opération terroriste en train de s’élaborer. Le mélange fonctionne très bien et l’alternance entre les deux registres engendre une respiration. L’idée d’utiliser la vidéo et Skype pour représenter le relais entre la nouvelle et l’ancienne génération était pertinente sur le papier mais des bugs techniques ont gâché l’affaire. Ce que l’on retient surtout de cette mise en scène, c’est le nombre élevé de jeunes comédiens sur le petit plateau de Belleville : ils sont dirigés avec finesse et la synergie entre eux ne fait aucun doute. Citons-les tous : Rachel André, Célia Catalifo, Claire Lemaire, Majid Chikh-Miloud.

En définitive, ce Poignard ne manque pas de peps ni d’élan. Assister à la création et aux manœuvres d’un apprenti groupe terroriste s’avère plutôt fascinant. Porté par une jeune troupe au talent indéniable, le spectacle mérite sans doute qu’on s’y penche d’un peu plus près, histoire de comprendre en miroir la déréliction de notre société vouée à un consumérisme vain.
2 févr. 2016
8/10
47 0
Nous sommes en 2003, dans un pays alors en crise.

Le nouveau secrétaire de la sécurité publique, un individu mystérieux, est chargé de recruter une cellule terroriste révolutionnaire auto baptisée « Club Mickey » dont chaque membre appartient à une génération désespérée en perte d’idéal et est dans l’incapacité de cerner la manipulation dont il est victime. Il s’allie avec un entrepreneur de construction pour suivre la montée d’une menace : le terrorisme.

Tout ce petit groupe décide d’assassiner dix personnalités et de prendre pour cible un boys band très en vogue : le TNT, un groupe de trois garçons naïfs et superficiels qui se pavanent en minishorts rehaussés de chaussettes hautes et dont l’égo est boosté par des midinettes en admiration devant leur physique avantageux. Mais très vite l’amateurisme du groupe de terroristes en herbe, particulièrement inexpérimentés et mal préparés, va se révéler fatal et les trahisons inévitables, en promesse d’un instant de célébrité éphémère. Lorsque la mort frappera l’un des leurs, chacun se remettra en question : « sa mort nous transforme en ce qu’on a toujours été » mais les confortera dans leur projet autodestructif.

La pièce du brésilien Roberto Alvim s’interroge sur le terrorisme, mais pas seulement, cela va bien plus loin. Pourquoi et surtout comment la jeunesse peut-elle être attirée par ce genre d’idéal utopique et fascinée par cet extrême dont l’horizon ne peut être que la mort ? Comment lutter pour une cause que l’on croit juste sans être détourné ou perverti ? Sommes-nous condamnés à vivre dans une société individualiste où l’on doit poignarder les autres pour exister soi-même ? Et cette question, qui trône en lettres blanches sur l’écran noir en fond de scène : « Tu penses que l’on peut faire la révolution pour les autres ? ».

Dans une mise en scène inventive et innovante, Alexis Laveda-Waksmann dirige de manière fine et précise une jeune troupe dont l’énergie communicative fait plaisir à voir dans une représentation joyeuse et drôle mais également réflexive et cérébrale. Le texte laisse transparaître un humour acide, parfois dérangeant mais toujours dans la justesse. Les nouvelles technologies sont utilisées à bon escient, aussi bien la radio internationale pendant l’installation du public que la vidéo ou les conversations via Skype pour questionner la profondeur de l’engagement des membres du Club Mickey avec une bienveillance sensible. Adrien Gamba-Gontard est un inquiétant secrétaire de la sécurité publique qui s’oppose en tout au jeu dynamique et lumineux des trois membres du TNT, Guillaume Perez, Benjamin Tholozan et Julien Urrutia, irrésistibles dans leurs tenues pop et particulièrement crédibles en chanteurs formatés dont la caricature fait sourire. Rachel André est très à l’aise dans le rôle du Docteur Chevalier, une psy vedette d’un talk show à l’américaine. Celia Catalifo est particulièrement touchante dans ses errances, sa fragilité et ses questionnements. Le reste de la distribution (Majid Chikh-Milou, Eugène Durif et Claire Lemaire) s’en sortent également très bien dans cette histoire semblable à de l’art où « l’artiste c’est le terroriste et l’œuvre c’est l’attentat. ».

Au début de la représentation, cela crie beaucoup et manque de fluidité mais très vite chacun trouve le ton le plus juste pour une pièce qui trouve une résonnance particulière avec l’actualité des derniers mois. Traiter du terrorisme et d’attentats est plutôt osé mais véritablement bien abordé en nous questionnant sur une jeunesse aux rêves de grandeur que la lame d’un simple poignard peut anéantir dans une lutte au corps à corps et délivrer d’un embrigadement moral illusoire. Humour, ironie, parodie, caricature, cynisme, sensibilité... rien ne manque dans cette inquiétante quête de certitude et d’idéal dans un monde où chacun peine à trouver sa place et s’ancre dans une servitude morale terrifiante.
Notre cœur fait pop devant cette menace latente.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor