Modèle Vivant

Modèle Vivant
  • Théâtre de Dix-Heures
  • 36, boulevard de Clichy
  • 75018 Paris
  • Pigalle (l.2, l.12)
Itinéraire
Billets de 15,00 à 30,00
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Une fille pose dans des ateliers de peinture et de sculpture. Elle va raconter ce qu'il se passe dans sa tête et dans son corps.

Une séance de pose est une forte contrainte physique, mais qui donne "mystérieusement" une immense liberté de vagabonder...

Selon les ateliers, les temps de pose, les enseignants, les élèves, elle nous entraîne dans sa vie passée, présente et future. Chaque séance, toujours différente, nous plonge dans une nouvelle "petite" histoire.

Dans le silence de l'atelier ils la regardent, mais savent-ils qu'elle les regarde ?

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11 janv. 2017
7,5/10
22 0
Le Studio Hébertot programme un cycle Xavier Lemaire, avec trois pièces qui sont données à des horaires et des jours différents. Outre la reprise de l'excellent spectacle, Qui es-tu Fritz Haber ?, que j'avais vu il y a trois ans au Poche Montparnasse au moment de sa création, on peut voir le témoignage d'un modèle qui pose dans un atelier.

Ceux qui ont eu la chance de voir l'exposition Mannequin d'artiste à la réouverture du musée Bourdelle apprécieront particulièrement ce spectacle même s'il n'est pas nécessaire de connaitre le sujet auparavant. Qu’est-ce qu’un modèle vivant ? Que se passe-t-il dans la tête et le corps de la personne qui prend la pose ?

Isabelle est allée voir Modèle vivant pour le blog. A écouter les conversations dans la file d'attente elle a constaté que plusieurs personnes venues voir le spectacle sont eux-mêmes des modèles. Sa chronique s'en trouve encore plus vraie.

J’aborde l’une d’elles qui me confie qu’elle a 68 ans et qu’elle est modèle depuis l’âge de 20 ans. Ce travail continue de lui plaire. Elle m’explique que le fait qu’il y ait une contrainte physique l’oblige à rentrer dans son intériorité. Elle en ressort pleine d’énergie pour aller vers les autres. Parfois, l’effort physique lui coûte : certaines postures sont difficiles, voire mal pensées et il arrive qu’on doive les maintenir pendant plusieurs semaines.

Je rentre, grâce à elle, dans un univers inconnu que la comédienne Stéphanie Mathieu va continuer d’évoquer durant le spectacle. Mis en scène par le très talentueux Xavier Lemaire, le texte, largement autobiographique, a été entièrement rédigé par Stéphanie Mathieu. D’abord danseuse de revue, Stéphanie bifurque ensuite vers le théâtre au hasard des rencontres de la vie. En parallèle, elle pose depuis 8 ans, une activité essentielle pour elle.

Sur scène : un podium, un projecteur qu’elle promène au gré des poses, un paravent pour se changer. Seule en scène, elle partage avec franchise et drôlerie sa routine déroutante, ses impressions, ses réflexions.

On pose d’abord pour gagner de l’argent. "Etre à découvert donc découverte peut me rapporter de l’argent !" se dit-elle après avoir été conviée à poser nue dans une banque.

Dans l’atelier, elle attend que chacun s’installe, jeunes élèves des beaux-arts ou retraités. A-t-elle le trac ? Plus vraiment. Froid ? Souvent. La comédienne se déshabille, prend une pose élégante. On sent sa formation de danseuse classique dans la beauté de ses postures. Son corps est sculptural, la lumière l’épouse à merveille. "Une fois que tout est en place, accord parfait avec le silence."
Poser peut être considéré avant tout comme un acte technique. La sensualité et l’érotisme qui se dégagent sont le fruit d’un effort. Le souvenir d’une pose est d’abord charnel, chaque muscle auquel elle envoie de l’oxygène sait ce que 2 minutes, ... 5 minutes d'immobilité veulent dire.
L’art consiste à donner l'illusion qu'on est statique tout en effectuant de micro-mouvements invisibles, car le corps vit, et doit respirer. Et si on faisait poser les corps morts ? nous demande Stéphanie Mathieu non sans humour. Eux au moins ne souffriraient pas et garderaient une pose éternelle, et puis en même temps, cela leur redonnerait vie !

Comment fait-on pour changer de pose ? Sortir de ce labyrinthe du corps ? Parfois, nous avoue la comédienne, je suis dans la boue. Autrement dit, elle est empêtrée dans son corps. Un corps plus ou moins en forme selon les jours. Nous rions à la mimique de son ventre "qui gonfle, qui gonfle" sous l’effet d’un bon repas accompagné d’une eau minérale gazeuse !

Par son corps, le modèle entre en relation avec l’autre. Des yeux la regardent mais la jeune femme aussi les regarde : "Pour moi le spectacle commence et je les regarde me dessiner", alors qu'on entend le grattement de coups de crayons sur un Canson.

Cette création en devenir peut parfois entrainer des frustrations de part et d’autre. Les étudiants la dessinent à leur image et souffrent de ne pas arriver à la représenter à la perfection. De son côté, il y a des déceptions : Je lui en voulais de dessiner seulement les contours. Je ne voulais laisser aucune place à la médiocrité.

Le rapport change quand elle quitte la pose pour prendre une pause : la transition n’est pas simple. J’étais nue. Ils sont pudiques. J’aime qu’ils ne me voient pas comme je me vois.

Dans cette relation, il y a aussi le besoin d’exister par le regard des autres. Cet effet miroir que Xavier Lemaire rend réel à un moment sur le podium en face d’elle en utilisant une glace comme accessoire.
Poser, c'est aussi la promesse d'être le centre du monde : Quand je pose dans un atelier, pendant deux ou trois heures, il n’y a que moi qui compte (...) lire l’admiration dans le regard de l’autre, c’est mieux qu’une crème de beauté."

Au-delà de la relation à l’autre, c’est la relation à soi-même qui est cultivée par le modèle lors de ses longues séances de pose. Coexistent comme dans la danse, la difficulté à tenir la pose et en même temps la possibilité de rêver, d’accéder à une liberté mentale et artistique dont on ressort plus fort. S’engager nue dans la société c’est résister nous dit Stéphanie, et résister c’est créer.

Etre nue, c’est être vulnérable mais paradoxalement, cette nudité protège. Nue, je suis fragile et on n’ose pas me marcher dessus.
Tout au long du spectacle, Stéphanie présente ses courbes dans une esthétique stylisée ou drapée d’une étoffe noire nouée avec élégance. Elle nous dévoile son corps et son âme, imite avec talent aussi bien le rappeur que la bourgeoise.

Poser est un art qui mène à l’acceptation de soi. Se mettre à nu, c’est se découvrir dans les deux sens du terme et accéder comme le dit Stéphanie Mathieu à une forme de maturité et d’abandon. On peut se demander d'ailleurs si une comédienne qui n'aurait pas son expérience parviendrait à nous faire ressentir la situation à un même niveau.

Modèle vivant est une très belle performance qui nous entraîne à mieux comprendre un métier qu’ont exercé parfois des muses célèbres comme Kiki de Montparnasse, (qui fut le sujet d'un spectacle au Lucernaire et à la Huchette), Lee Miller et tant d’autres dont la renommée repose sur le talent de celui qui les a fait renaître par la matière.
6 janv. 2017
8,5/10
89 0
Modèle vivant.
Un « drôle » de métier !

Un métier générateur de fantasmes, d'idées reçues plus ou moins fausses, souvent plus que moins, d'ailleurs...
Un métier qui ne nécessite qu'un seul outil de travail.
Mais quel outil : son propre corps !

C'est bien ce rapport de la société au corps nu que va nous disséquer pendant un peu plus d'une heure l'étonnante et épatante Stéphanie Mathieu.

Le rapport au corps, elle connaît bien : elle a suivi une formation poussée de danse classique, contemporaine et jazz.
Ca se voit. C'est évident.

Elle arrive sur scène.
Elle va prendre son poste.
Elle va prendre la pose.
Un modèle vivant est nu, (métaphore du comédien ? ), elle va donc interpréter ce rôle soit dans le plus simple appareil, soit dans un grand paréo noir.
Nous, tels des apprentis dessinateurs ou des apprentis sculpteurs, nous, les spectateurs, nous allons la regarder, certes, mais nous allons surtout l'écouter.

Mais attention : dans un atelier, dans une école d'arts appliqués, qui regarde le plus : les artistes ou le modèle ?
C'est également cette troublante relation que va développer Melle Mathieu.

Elle va pour ce faire aborder bien des thèmes sous la forme d'un journal. (C'est elle qui a en effet écrit le texte de la pièce.)
Elle annoncera systématiquement toutes les dates qui lui rappellent une expérience vécue, la douleur de poser (ça fait mal...), la difficulté à rester immobile pendant parfois trois fois quarante cinq minutes d'affilée, les oppositions corps habillé/corps nu, corps « normal »/handicapé, corps jeune/corps vieux, corps vivant/corps mort.

Un vrai propos, une vraie réflexion sociologique nous sont exposés.

La mise en scène de Xavier Lemaire est évidemment exigeante.
La mise à nu n'est évidemment pas seulement physique, elle est surtout celle concernant ce que nous raconte la comédienne.
Nous assistons à une succession de saynètes, avec pour seul décor une sorte de paravent/miroir et la petite estrade où vont se dérouler les poses, sans oublier un projecteur sur pied qui sera déplacé en permanence, créant des éclairages et des modelés différents.
Chaque saynète génère une pose artistique.

Tout ceci est millimétré, rien n'est laissé au hasard.
C'est une véritable chorégraphie qui nous est offerte.

Mais l'on rit également.
Stéphanie Mathieu imitant Brigitte Bardot sur la plage est un moment jubilatoire.
Tout comme le passage concernant la pose du modèle pour les employés de la BNP.

On l'aura bien compris, il s'agit là d'un spectacle vraiment original, un spectacle passerelle entre différentes expressions artistiques, un spectacle avec une dimension presque sociologique, je me répète.

Un spectacle qui m'a fait aborder une vraie vérité : Stéphanie Mathieu m'a fait lumineusement comprendre que se mettre à nu, au propre comme au figuré devant une centaine de personnes, ceci demande une grande force intérieure.
8,5/10
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Entre performance et monologue théâtral, ce témoignage nourri de réflexions sur le travail de modèle de nu artistique que Stéphanie Mathieu nous livre, tiré de son expérience, est beau et troublant.

Beau parce que la plastique de son corps est belle et parce que sa sincérité touchante nous parvient, au-delà de sa nudité, simplement, comme dans une conversation dans une café avec une femme qui nous fait découvrir son métier.

Troublant car il est troublant de découvrir ainsi ce qui se trouve derrière des heures de pose, nue et exposée au regard de l’autre. Regard qui se retrouve dans le travail réalisé par le peintre ou le sculpteur, souvent transformé de ses propres fantasmes, de ses désirs, de son expérience et d’une sorte projection de soi, comme un regard sur soi-même en quelque sorte. Le nu devient miroir. Le modèle, son double inversé.

Le nu, emblème occidental de la beauté, devient nu artistique et s’oppose à la nudité. Même si un terme vient de l’autre, l’un n’est pas moins le contraire de l’autre, nous dit François Jullien, philosophe de l’esthétique dans son livre « de l’Essence ou du Nu » (Seuil, 2000). Le spectacle de Stéphanie Mathieu nous le démontre. Elle est là, nous parle, posant nue sans pudeur, revendiquant son état de nudité comme une exposition consciente et consentie de muscles, de courbes, de parties du corps en mouvement ou statique, soumise à l’inspiration de l’artiste, au service de l'art. Il n’y a pas nécessité de pudeur dans l’esthétique de la nudité, comme pour couvrir la honte de ce qui devrait être caché. Le nu marque le passage du naturel à l’artistique, du mal au bien, du tu au vu.

Avec une vigueur sans retenue dans ses propos et ses attitudes, la comédienne nous parle de ces temps passés à poser, dans le silence et dans l’immobilité habitée ou du mouvement stylisé de ses positions. La crudité de ses mots et de ses révélations étonne autant que l’aisance de la nudité du corps qu’elle expose, devenant nu artistique.

La mise en scène de Xavier Lemaire apporte une finesse et une précision qui renforcent l’ardeur du texte, relevant sa drôlerie, servant toujours la véracité et l’élégance du propos.

Au-delà du cabinet des curiosités, Stéphanie Mathieu nous délivre une performance de comédienne, la découverte d’un métier et les réflexions qui en découlent. Un spectacle beau et troublant.
4 déc. 2016
6,5/10
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Stéphanie Mathieu est à la fois l'auteure et la comédienne de ce seule en scène largement autobiographique.

Les réflexions d'un modèle, posant la plupart du temps dénudé, sont à la fois ingénues et parfois très percutantes, certaines méritent réflexion, d'autres font sourire. En tout cas, on passe un moment particulier.

Stéphanie nous raconte sans fausse pudeur des morceaux choisis de sa vie et nous montre du coup aussi son corps sans que cela soit choquant... mais ce n'est pas pour tout public.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor