Méduse

Méduse
  • Le Centquatre
  • 5, rue Curial
  • 75019 Paris
  • Stalingrad (l.5, l.2)
Itinéraire
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Tous acteurs, Les Bâtards Dorés écrivent et mettent en scène collectivement. Habités par le thème du naufrage depuis la création de Princes (2015), ils en creusent le sillon avec cette nouvelle fiction.

Tristement inspiré du Naufrage de la Méduse, un témoignage écrit par deux rescapés de la tragédie au début du 19e siècle, Méduse prend pour matière principale leur récit, mais aussi des textes plus contemporains comme Ode maritime de Fernando Pessoa.

Fait divers, histoire des classes, poème lyrique… Méduse se nourrit de matériaux hétérogènes pour sonder les drames (contemporains) liés à des conditions extrêmes. (Sur)vivre, se dépasser et rêver d’un monde meilleur. Depuis leur travail conçu à partir de L’Idiot, ils explorent les arcanes du naufrage. Recréation de la hiérarchie et des conflits sociaux pour les passagers d’un radeau abandonné en plein mer ; phénomène de transe, de « calenture » ou folie passagère…

Le théâtre sera le Radeau, tour à tour tribunal, arène, endroit clos, laboratoire… Et la place du spectateur y sera prégnante. Un spectacle transdisciplinaire qui se conjugue en vidéo, musique live et peinture. En citant Géricault qui s’est emparé de cette tragédie, l’artiste peintre Jean- Michel Charpentier, réalisera en direct une fresque aux côtés des comédiens.

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28 avr. 2019
9/10
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Ô mon bateau ! Tu es l'un des plus tristement célèbre des bateaux !
La Méduse et son radeau, sur lequel, suite à un naufrage provoqué par une erreur de navigation de son capitaine, embarquèrent cent-cinquante et un hommes et une femme.

Juillet 1816. Un radeau qui verra durant deux semaines une société miniature se livrer aux pires actes, y compris l'anthropophagie. Comme la mise en évidence des pires instincts de l'Humanité.

Les membres du collectif Les Bâtards dorés se sont emparés de ce tragique fait divers pour aller bien au delà du côté purement factuel de cette histoire.

Le spectacle commence avant d'entrer dans la salle 200 du 104.
Quinze membres du public (dont votre serviteur) seront invités à se ceindre d'une écharpe rouge, et à un rejoindre un carré V.I.P. dans lequel leur sera servi champagne et macarons.
Le tout au vu et au su de tous les autres spectateurs attendant de pénétrer dans la salle.

Nous entrerons en dernier. Et nous comprendrons.
Nous, nous serons les officiers de la Méduse, nous irons rejoindre nos sièges sur lesquels sont disposés des coussins moelleux.

Le procès peut commencer.
Car nous allons assister dans un premier temps à un procès. Celui du capitaine de Chaumareys et de Jean-Baptiste Henri Savigny, le chirurgien de bord.

Lisa Hours, remarquable de justesse en Présidente de la Cour (a-t-elle fait du Droit, a-t-elle passé des jours entiers dans une salle d'audience à observer ?) Lisa Hours va mener de façon impressionnante les débats.
Avec une intervention en video d'un « expert », Christophe Montenez drôlissime, petites lunettes sur le nez, chapeau improbable sur la tête, se révélant finalement être installé dans son kayak.

Mais nous n'allons pas tarder à comprendre le véritable propos du groupe.
Grâce à une écriture collective précise, engagée et très efficace, les cinq comédiens vont se lancer implacablement dans la dénonciation de l'inégalité sociale permanente au sein d'une société humaine, persistant y compris dans les pires moments.

Comme si, même dans la plus grande des adversités, il fallait encore et toujours que l'Homme mette en avant des privilèges, des marques de pseudo-supériorité d'individus sur d'autres et des distinctions sociales artificielles.

Se saisissant de « la calenture », cette forme de folie passagère qui atteint les marins traversant des zones tropicales, les Bâtards dorés, poursuivant leur travail sur la transe débuté dans leur premier spectacle « Princes », vont nous plonger dans un chaos, dans un maëlstrom dramaturgique d'une folie et d'une puissance phénoménales.

Ce qui va se passer dans la salle est un déchaînement d'images fortes, de situations poussées à l'extrême, une performance paroxystique.

Manuel Severi en caleçon tricolore sera le capitaine, membre de la classe supérieure privilégiée, Jules Sagot (auparavant épatant en greffier lunatique) et Romain Grard, eux dans le plus simple appareil, seront les autres passagers.
Melle Hours incarnera quant à elle Adèle, la cantinière, seule femme sur le radeau.

Des cris, des gesticulations représentant les violences subies, du sang, le bruit assourdissant de l'océan déchaîné, un long poème onirique, de la viande crue, une très belle bande-son grave et austère, des lumières intenses et froides, tout sera mis en œuvre pour cette démonstration implacable imbriquant le passé vécu par ces naufragés, notre monde qui voit s'intensifier les discriminations basées sur des critères totalement arbitraires, et l'image d'un futur apocalyptique.

Ces presque deux heures sont passionnantes.
Devant nous, de jeunes artistes tiennent un propos dramaturgique très fort, cohérent, engagé.

Dès les premières minutes, il ne nous lâchent plus. Leur démonstration est on ne peut plus convaincante, et nous renvoie impitoyablement à notre pauvre condition d'êtres humains.

C'est un spectacle intense, d'une grande force, dans lequel le fond et la forme sidèrent et captivent.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor