Matin et Soir (Antoine Caubet)

Matin et Soir (Antoine Caubet)
  • Théâtre de l'Aquarium
  • route du Champ-de-Manœuvre
  • 75012 Paris
  • Château de Vincennes (l.1) puis bus 112
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Un matin, Johannes naît. Un autre matin, 80 ans plus tard, il se réveille. Avec une drôle de légèreté dans la tête et les reins.

Il va pêcher en mer, comme il l’a fait toute sa vie, et tout, sur terre comme sur mer, scintille d’un éclat particulier... Sur la grève, il croise son vieux copain Peter (mais n’est-il pas mort depuis trois ans déjà ?), puis sa fille Signe, qui ne le reconnaît pas et littéralement le traverse !…

Mais que se passe-t-il aujourd’hui ?!   

Jon Fosse réussit le prodige de rendre sensible, avec les mots les plus simples, ce qui échappe même à la conscience. Parce qu’il est encore trop tôt, quand l’enfant paraît, ou déjà trop tard… Entre matin et soir, naissance et trépas, toute une existence défile avec ses joies, ses douleurs, ses petits miracles et sa banalité.

Antoine Caubet revient nous conter à l’oreille cette sublime ode à la vie, avec trois acteurs et un violoncelle...

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... Une adaptation à la théâtralité réussie du roman de Jon Fosse. À voir pour découvrir ou retrouver cet auteur dont l’écriture est particulière et l’univers singulier. Un spectacle que je recommande.
6 févr. 2019
8/10
34 0
Naître ou ne pas naître ?

En l'occurrence, la réponse à la question est positive.
Dans la première partie de cette adaptation théâtrale du roman de l'auteur norvégien Jon Fosse, nous allons assister à la naissance du petit Johannes.

De l'intérieur.
Devant un écran où sont projetées des couleurs allant jusqu'au rouge vermillon, le comédien Pierre Baux incarne le fœtus. Au son du violoncelle de Vincent Courtois, avec des notes de plus en plus rapides, rauques, frénétiques, sur une sorte de plan incliné, le comédien éveille son personnage à la vie, se déplie lentement, presque dans une délicate chorégraphie en contre-jour.
Il raconte en même temps, mettant les mots sur cet accouchement. (En ce soir de première, le niveau du micro hf du comédien était un peu faible en tout début de texte que l'on comprenait difficilement. Gageons que l'ingénieur du son rectifiera le tir dès le prochaine représentation.)

Baux finit par se retrouver debout.
En un clin d'œil, quatre-vingts ans passent.
Son personnage devenu un vieux pêcheur à la retraite raconte à la troisième personne sa matinée, faite de routine algorithmique. Toujours les mêmes gestes et les mêmes rituels.
Et pourtant, il sent bien que quelque chose a changé. Les objets sont plus légers, il se sent en meilleure forme...

Il finit par sortir de la maison, et aperçoit au loin son ami Peter.
Peter qui est décédé depuis maintenant un peu plus de trois ans !

Et nous de comprendre.
Jon Fosse a écrit un voyage.
Le voyage ultime, qui débute pourtant pour Johannes par un moment d'entre-deux. Il se retrouve dans une sorte de stand-by.

Sur son espace surélevé et contraint, lui aussi va comprendre : Peter est venu le chercher.
Tout comme les chefs vikings morts étaient déposés sur leur plus beau drakkar pour une dernière traversée, lui aussi est en passe d'entamer ce périple vers ce lieu où il n'y aura plus de mots.

Mais avant cela, il croisera le chemin de sa fille Signe, qui elle ne le verra pas sur ce rectangle incliné, le traversant même de part en part, mais bien sur son lit de mort.

Antoine Caubet a adapté et mis en scène ce livre.

Il en a fait une heure onirique, éthérée. Une pièce qui nous parle d'un sujet universel et commun à l'humanité entière : la mort.
Comment appréhender cette mort, du point de vue de celui qui va passer, et de ceux qui voient partir un être cher.

Le rythme est très lent, les mots sont doucement posés, les déplacements sont comme ralentis.
Nous sommes dans une délicate pénombre, les comédiens sont peu éclairés.

C'est le metteur en scène, incarnant Peter, qui nous fera comprendre de quoi est composé le plateau.
Cet élément, dont je ne dévoilerai évidemment pas la nature, nous évoquera également presque d'un point de vue psychanalytique ce dernier voyage d'un homme.

Trois scènes très réussies viendront clôturer le spectacle.
Marie Ripoll sera bien émouvante lorsque son personnage découvrira son père, "Papa-Johannes". Elle est très crédible et très juste, sans donner pour autant dans un pathos de mauvais aloi.

La recouverte du torse de Johannes-Pierre Baux par Peter-Antoine Cauber d'une sorte de peinture blanche, nous donne le sentiment d'un intense moment de purification.

Et puis une scène filmée évoquera de bien belle façon le départ du personnage principal. Là aussi, je vous laisse découvrir.

Ce spectacle, dans lequel il faut certes faire l'effort de rentrer, est intense et austère.
Cette austérité est pleinement et finement assumée par le metteur en scène et les comédiens.
Je suis sorti de la petite salle de l'Aquarium en pensant à des disparus proches, et en imaginant (hélas) de futurs départs.
Mais paradoxalement et peut-être heureusement, cette vision de la mort est en fin de compte une vision rassurante.

Ce qui est certain, c'est qu'Antoine Caubet a parfaitement réussi à nous donner à voir l'écriture de Jon Fosse.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor