Massacre

Massacre
De Lluïsa Cunillé
Mis en scène par Tommy Milliot
  • Comédie Française - Studio Théâtre
  • 99, rue de Rivoli
  • 75001 Paris
  • Louvre-Rivoli (l.1)
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Pour Tommy Milliot, l’expérience théâtrale est forcément contemporaine.

Après l’Américaine Naomi Wallace pour le Festival d’Avignon 2019, le fondateur de la compagnie Man Haast choisit, pour sa première collaboration avec la Troupe, Lluïsa Cunillé : une figure majeure du théâtre catalan et espagnol qui n’a pourtant jamais été jouée en France.

Tuerie de personnes ou d’animaux sans défense autant que processus de destruction psychique ou intellectuelle, Massacre – précise Tommy Milliot – évoque aussi le nom donné au trophée de chasse formé de la tête et des bois d’un cervidé.

Lauréat du prix Impatience 2016 avec Lotissement de Frédéric Vossier, le jeune metteur en scène continue ici son exploration des écritures contemporaines après Winterreise (Voyage d’hiver) du Norvégien Fredrik Brattberg et The McAlpine Spillway (La Brèche) de l’Américaine Naomi Wallace qu’il crée au Festival d’Avignon 2019. Il choisit pour sa première collaboration avec la Comédie-Française de faire découvrir l’autrice catalane Lluïsa Cunillé, figure majeure du théâtre catalan et espagnol qui n’a pourtant jamais été jouée en France.

Note rapide
3/10
pour 5 notes et 5 critiques
2 critiques
Note de 1 à 3
40%
0 critique
Note de 4 à 7
0%
3 critiques
Note de 8 à 10
60%
Toutes les critiques
9 mars 2020
9/10
3
Less is More !

Quelle belle découverte que cette auteure catalane, méconnue en France malgré son immense succès en Espagne.
Prolifique, ayant pas moins de quarante cinq pièces à son actif, certaines récompensées par de nombreux prix.

Tommy Milliot et la Comédie française ne s'y sont pas trompés ....

Ce huis clos d'abord intrigant, puis angoissant, est construit avec une économie de moyens et un dépouillement formidablement efficaces.
Ici ce sont les silences qui parlent le plus, qui mettent les mots en valeur.
Les silences qui rythment le jeu des acteurs, formidables tous les trois.

Peu d'action, mais quelle action !

Un théâtre rare, qui génère beaucoup d'interrogations et aucune certitude.

Il faut être une très grande pour faire monter la tension avec si peu ....

Retenez bien son nom ....Lluïsa Cunillé ....et la prochaine fois, foncez !!
19 févr. 2020
3/10
1
Je n’avais rien lu, rien vu. Je ne savais rien du spectacle présenté au Studio-Théâtre. Un vague rappel de la présentation de saison de Ruf, rien qui m’avait fait vibrer mais si j’avais pris mes places c’est bien qu’il y avait une raison. J’aurais dû me douter. Autrice inconnue de moi, metteur en scène inconnu de moi – ce n’est pas une raison suffisante mais parfois cela doit mettre la puce à l’oreille. Il faut que j’arrête de prendre tous les spectacles de la saison sous prétexte qu’on est au Français, car, apparemment, ça ne suffit plus.

La pièce se déroule dans un hôtel, quelque part dans un trou paumé, à quelques kilomètres du village le plus proche, dans les montagnes. Une cliente et la tenante du lieu se font face, elles discutent, elles sont seules dans l’hôtel. La directrice souhaiterait fermer l’hôtel mais la cliente insiste pour rester. Un soir, un homme débarque, il dit avoir percuté un cerf sur la route, et tout bascule.

J’écris cet article parce que j’aurais aimé que quelqu’un me prévienne de ne pas perdre mon temps. Le temps est un bien précieux. Je n’ai pas grand chose à dire sur ce spectacle, mis à part qu’il a provoqué en moi un ennui profond. En moi, et en quelques-uns de mes voisins. Les scènes initiales sont d’une longueur infini. Les dialogues entre la tenante de l’hôtel et la cliente posent des jalons qui ne serviront jamais par la suite – le fait que des maisons soient inhabitées dans le village, le fait que la cliente soit séparée de son mari, le fait que l’hôtel soit vide. On parle pour ne rien dire, on n’a pas de situation de départ, on ne va nulle part.

Alors je comprends un peu l’idée. Le suspens, le thriller, tout ça. Mais ça n’a pas du tout fonctionné sur moi. J’ai éprouvé un profond désintérêt pour ce qui se déroulait devant mes yeux, attendant le massacre annoncé par le titre, et observant la fameuse scène sans la moindre émotion. Cette scène unique se suffit quasiment à elle-même, les scènes qui l’entourent en sont presque totalement décorrélées.

Au sortir du spectacle, je me décide à lire le programme de salle pour mieux comprendre le pourquoi du comment. Qu’est-ce qui a conduit à programmer cette pièce ? Alors si je suis parfaitement d’accord avec la première partie du résumé, j’hallucine devant la seconde. « Massacre (dont le titre original est Occisió) met en scène deux femmes, D et H, qui se voient contraintes de cohabiter dans un hôtel pendant une semaine. D est la propriétaire de cet établissement perdu dans les montagnes, à plusieurs kilomètres du premier village habité. Par manque d’affluence, l’hôtel est sur le point de fermer définitivement. H est la dernière cliente. Elle a réservé une chambre et compte bien y rester. » Jusque-là, on est d’accord. « D a beau insister pour qu’elle quitte les lieux, H refuse comme s’il en allait d’une nécessité presque existentielle. » Déjà, là, ça se gâte : personnellement je n’ai ressenti aucune nécessité existentielle dans le refus de H de quitter l’hôtel. Mais bon, soit, après tout on est au théâtre, il faut bien dramatiser un peu.

« Ces deux femmes, que tout oppose, sont à une étape cruciale de leur vie : l’une hésite à vendre l’affaire familiale pour se construire un avenir ailleurs et l’autre doit apprendre à faire face à la solitude après son divorce. Chaque soir, tel un rituel, elles se retrouvent dans le salon de l’hôtel pour échanger sur leur quotidien, mais ce dialogue a priori ordinaire laisse peu à peu entrevoir le trouble qui les habite. L’arrivée imprévue de A, automobiliste victime d’un accident au beau milieu de la nuit, fait voler en éclats l’équilibre précaire du huis clos. » C’est là que les bras m’en tombent. Entre la description du spectacle et le ressenti, un gouffre. Là où on parle d’une étape cruciale de leur vie, je vois un moment anecdotique. Là où on mentionne un dialogue a priori ordinaire, rectifions le tir en un dialogue carrément ordinaire. Là où on évoque le trouble qui les habite, je n’ai senti qu’une profonde lassitude. Là où il est fait mention d’équilibre précaire, je peine à voir de quoi on parle. Là où la description du spectacle peut faire envie, le moment en lui-même est d’un profond ennui.
12 févr. 2020
3/10
0
Pas de tension dans la première partie, le décor n'est absolument pas anxiogène, l'hôtel paraît neuf alors qu'il va fermer faute de clients. La nature devrait être hostile.

On ne comprend rien à la relation des deux femmes. Et d'un coup un personnage apparaît, pas prévu. C'est raté. Peut-être la propriétaire de l'hôtel devrait nous faire comprendre sa peur de rester là, l'asile tout proche, les usines, l'isolement.

Pas de gradation dans le texte des deux femmes. Des jours identiques se succèdent. La comédie française nous propose mieux d’habitude. Quelle idée d'avoir cherché ce texte.
27 janv. 2020
9/10
22
Où sont les cerfs ?
Dans la pièce de Lluïsa Cunillé !
Vraiment ? En est-on vraiment certain, de la présence de ces représentants de l'espèce Cervus Elaphus ?
Allez savoir...


L'auteure catalane a écrit un véritable thriller contemporain, qui ne pouvait que séduire le metteur en scène Tommy Milliot, lui qui s'attache dans son travail à « parler du temps dans lequel on vit en relayant la parole d'un auteur », et à mettre en lumière « des écritures qui parlent d'aujourd'hui ».

Cette pièce de Lluïsa Cunillé est une pièce troublante.
Elle nous propose un théâtre de l'énigme. Un théâtre dans lequel nous allons devoir émettre des hypothèses, et nous faire nos propres avis.

Un hôtel isolé, en montagne, à plusieurs kilomètres du premier village isolé, qui va très bientôt fermer définitivement. La population a déserté les lieux, suite à l'implantation d'une usine et d'un asile.


Nous allons faire la connaissance de deux femmes.
La dernière cliente, et la propriétaire de l'hôtel. Très peu d'informations à leur sujet nous sont données. D'ailleurs, dans le texte, l'une est « D », l'autre est « H ».
Elles entament devant nous une discussion, d'apparence anodine.

Très vite, nous allons nous rendre compte du mystère, du trouble, de la gêne qui entoure ces dialogues au sein de ce huis clos.
Plusieurs éléments nous conduisent à un sentiment d'oppression : la lumière très faible du salon dans lequel elles se trouvent, des nappes synthétiques en fond sonore, tel un ostinato sourd et lancinant, le décor très minimaliste avec une fenêtre-tableau sur le mur du fond aux formes étranges et mouvantes.
On ressent très vite une forme d'angoisse, d'abord latente, puis de plus en plus évidente, d'autant que bien des questions sont laissées sans réponses.

Et puis, il y a la construction de la pièce.
Beaucoup de silences, plus ou moins lourds de sens, alternent avec les phrases prononcées, générant ainsi un rythme très particulier. Des variations très subtiles émaillent le texte, qui déstabilisent plus ou moins consciemment les spectateurs.

Construction très aboutie également, avec l'apparition du troisième personnage, « A ».
Un homme, qui prétend avoir écrasé un cerf et qui demande un fusil à l'hôtelière pour abréger les souffrances de l'animal.


Qui est-il cet homme ? Là encore, une progression dramaturgique va faire en sorte que nous puissions avoir quelques éléments de réponse.
Jusqu'au final, qui justifiera le titre de la pièce.

Trois comédiennes et comédien, irréprochables comme à l'accoutumée, incarnent ces personnages énigmatiques et ambivalents.
La direction d'acteurs de Tommy Milliot va leur permettre un travail très fin. Ici, il s'agit vraiment d'aller jusqu'à « l'os » du texte.

Clotilde de Bayser, la cliente et Sylvia Bergé, l'hôtelière parviennent totalement à incarner ces deux femmes.


Leur jeu est basé sur les non-dits, ou plus exactement les « peu-dits ». De dialogues volontairement assez anodins, elles parviennent à tirer une part de mystère, de trouble.
Les deux nous déstabilisent, pour notre plus grand plaisir. On ne sait trop sur quel pied danser, avec leurs deux interprétations. Nous devons émettre en permanence nos propres hypothèses.

Et puis Nâzim Boudjenah est cet homme qui surgit dans la nuit et qui va bouleverser les rapports déjà ambigus des deux femmes.
Le pensionnaire de la Maison est à son habitude très impressionnant.
Son rôle est assez court, et pourtant, il parvient à établir une progression très angoissante, savamment dosée.

Il rend parfaitement son personnage assez effrayant, avec un ton doucereux, sans jamais pousser le curseur, sans presque jamais élever la voix.
Une scène de massage m'a fait froid dans le dos. (Et non, je n'en dirai pas plus.)

C'est donc un très beau moment de théâtre qui est donné au studio-théâtre.
En sortant de la salle, et c'est un signe qui ne trompe pas, les spectateurs venus en couple ou en groupes se posent entre eux beaucoup de questions.

Il faut aller assister à cette heure et quart qui ne peut laisser personne indifférent.

Il faut noter que cette pièce figurait dans la première sélection du Bureau des Lecteurs de la saison passée, mais n'avait pourtant pas été retenue dans le choix final.

La réussite de cette mise en scène par Tommy Milliot du premier texte monté en France de Lluïsa Cunillé devrait donner envie à d'autres metteurs en scène de se plonger dans la cinquantaine de pièces qu'elle a écrites.
27 janv. 2020
9/10
19
Où sont les cerfs ?
Dans la pièce de Lluïsa Cunillé !
Vraiment ? En est-on vraiment certain, de la présence de ces représentants de l'espèce Cervus Elaphus ?
Allez savoir...

L'auteure catalane a écrit un véritable thriller contemporain, qui ne pouvait que séduire le metteur en scène Tommy Milliot, lui qui s'attache dans son travail à « parler du temps dans lequel on vit en relayant la parole d'un auteur », et à mettre en lumière « des écritures qui parlent d'aujourd'hui ».

Cette pièce de Lluïsa Cunillé est une pièce troublante.
Elle nous propose un théâtre de l'énigme. Un théâtre dans lequel nous allons devoir émettre des hypothèses, et nous faire nos propres avis.

Un hôtel isolé, en montagne, à plusieurs kilomètres du premier village isolé, qui va très bientôt fermer définitivement. La population a déserté les lieux, suite à l'implantation d'une usine et d'un asile.

Nous allons faire la connaissance de deux femmes.
La dernière cliente, et la propriétaire de l'hôtel. Très peu d'informations à leur sujet nous sont données. D'ailleurs, dans le texte, l'une est « D », l'autre est « H ».
Elles entament devant nous une discussion, d'apparence anodine.

Très vite, nous allons nous rendre compte du mystère, du trouble, de la gêne qui entoure ces dialogues au sein de ce huis clos.
Plusieurs éléments nous conduisent à un sentiment d'oppression : la lumière très faible du salon dans lequel elles se trouvent, des nappes synthétiques en fond sonore, tel un ostinato sourd et lancinant, une fenêtre-tableau sur le mur du fond aux formes étranges et mouvantes.
On ressent très vite une forme d'angoisse, d'abord latente, puis de plus en plus évidente, d'autant que bien des questions sont laissées sans réponses.

Et puis, il y a la construction de la pièce.
Beaucoup de silences, plus ou moins lourds de sens, alternent avec les phrases prononcées, générant ainsi un rythme très particulier. Des variations très subtiles émaillent le texte, qui déstabilisent plus ou moins consciemment les spectateurs.

Construction très aboutie également, avec l'apparition du troisième personnage, « A ».
Un homme, qui prétend avoir écrasé un cerf et qui demande un fusil à l'hôtelière pour abréger les souffrances de l'animal.

Qui est-il cet homme ? Là encore, une progression dramaturgique va faire en sorte que nous puissions avoir quelques éléments de réponse.
Jusqu'au final, qui justifiera le titre de la pièce.

Trois comédiennes et comédien, irréprochables comme à l'accoutumée, incarnent ces personnages énigmatiques et ambivalents.
La direction d'acteurs de Tommy Milliot va leur permettre un travail très fin. Ici, il s'agit vraiment d'aller jusqu'à « l'os » du texte.

Clotilde de Bayser, la cliente et Sylvia Bergé, l'hôtelière parviennent totalement à incarner ces deux femmes.

Leur jeu est basé sur les non-dits, ou plus exactement les « peu-dits ». De dialogues volontairement assez anodins, elles parviennent à tirer une part de mystère, de trouble.
Les deux nous déstabilisent, pour notre plus grand plaisir. On ne sait trop sur quel pied danser, avec leurs deux interprétations. Nous devons émettre en permanence nos propres hypothèses.

Et puis Nâzim Boudjenah est cet homme qui surgit dans la nuit et qui va bouleverser les rapports déjà ambigus des deux femmes.
Le pensionnaire de la Maison est à son habitude très impressionnant.
Son rôle est assez court, et pourtant, il parvient à établir une progression très angoissante, savamment dosée.

Il rend parfaitement son personnage assez effrayant, avec un ton doucereux, sans jamais pousser le curseur, sans presque jamais élever la voix.
Une scène de massage m'a fait froid dans le dos. (Et non, je n'en dirai pas plus.)

C'est donc un très beau moment de théâtre qui est donné au studio-théâtre.
En sortant de la salle, et c'est un signe qui ne trompe pas, les spectateurs venus en couple ou en groupes se posent entre eux beaucoup de questions.

Il faut aller assister à cette heure et quart qui ne peut laisser personne indifférent.

Il faut noter que cette pièce figurait dans la première sélection du Bureau des Lecteurs de la saison passée, mais n'avait pourtant pas été retenue dans le choix final.

La réussite de cette mise en scène par Tommy Milliot du premier texte monté en France de Lluïsa Cunillé devrait donner envie à d'autres metteurs en scène de se plonger dans la cinquantaine de pièces qu'elle a écrites.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor