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L'Interlope (cabaret)

L'Interlope (cabaret)
De Serge Bagdassarian
Mis en scène par Serge Bagdassarian
  • Comédie Française - Studio Théâtre
  • 99, rue de Rivoli
  • 75001 Paris
  • Louvre-Rivoli (l.1)
Itinéraire
Billets de 12,00 à 23,00
Evénement plus programmé pour le moment
Réservation de tickets

INTERLOPE n. m. et adj (angl. interloper)
1. Vx. N. m. Navire marchand trafiquant en fraude
2. Mod. Adj. Dont l’activité n’est pas légale
3. Cour. (1772, comme subst.) D’apparence louche, suspecte

C’était le temps de l’entre-deux-guerres quand Paris était, avec Vienne et Berlin, le vivier de cabarets et de bals de travestis, lieux clandestins autant qu’espaces de liberté où l’homosexualité faisait un pied de nez à la société qui l’interdisait. Le Tout-Paris venait s’y encanailler.

Bienvenue à L’Interlope ! Dans ce cabaret transformiste, imaginé par le sociétaire Serge Bagdassarian, la garçonne qui dirige les lieux nous accueille. Derrière le rideau, les artistes sont dans leurs loges – lieu intermédiaire par excellence, temple du travestissement.

Le temps de se transformer en femmes, ils laissent de côté le quotidien, leur journée, quittent la noirceur de l’oppression qu'ils ont pu subir avec un incorrigible sens de l’humour, grande élégance et déjà quelques chansons. De l’intimité de ce moment d’avant l’entrée en scène, on passe au plein feu du show. Loin de la farce grimacière, Serge Bagdassarian met en valeur les différents registres du vaste répertoire de ces chansons des Années folles dont il rassemble les plus belles pièces.

 

Note rapide
9,1/10
pour 9 notes et 8 critiques
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1 critique
Note de 4 à 7
11%
7 critiques
Note de 8 à 10
89%
Toutes les critiques
25 févr. 2018
7,5/10
14 0
Bien sûr que ce cabaret est séduisant ! Mais un peu trop séduisant justement !

Tout est un peu trop propre, un peu trop policé, un peu trop affecté !
Je n'ai pas ressenti cette misère, sous les masques, cet interdit, ce côté sulfureux !
Sauf peut être un peu au début dans les loges, et pendant un moment poignant où Camille/Serge chante un poème de Genêt, sa perruque à la main ... A ce moment là, le masque tombe vraiment!
Sinon, cet Interlope se contente d'effleure, mais sans suggérer ... et c'est dommage ...

Bob Fosse en avait fait un chef d'oeuvre de ce Cabaret, Serge Bagdassian n'en fait qu'un joli moment !
9 oct. 2016
9,5/10
44 0
Au Studio Théâtre, face à la Pyramide inversée de Ieoh Ming Pei, se joue pendant quelques délicieuses semaines le non moins délicieux L’Interlope Cabaret imaginé par Serge Badgassarian. Loin des cabarets Français devenus depuis quelques années des incontournables (Cabaret Georges Brassens (avec le (toujours aussi) délicieux Bagdassarian), Cabaret Léo Ferré ou Barbara), nous voilà plongés dans le milieu équivoque des cabarets clandestins de l’entre deux guerres, quand l’homosexualité était encore sulfureuse, tue, cachée. Cet Interlope cabaret est ici tenu par Axel (Véronique Vella) qui dirige d’une main ferme ses trois chanteurs : Tristan, le doyen, sage et résigné (Michel Favory), Camille, homo assumé (délicieux… Bagdassarian) et enfin Pierre le père de famille bisexuel assumé (Benjamin Lavernhe).

Des loges à la scène, on assiste donc aux confidences, récits, crêpages de chignons parfois, petites histoires et grandes amitiés de ces quatre êtres hors du commun et hors normes de l’époque. Chacun va dire avec mélancolie, tendresse, douceur, comment il est arrivé sur ce chemin parfois sinueux qui mène à l’homosexualité et au Cabaret. La frêle Véronique Vella se glisse dans les guêtres et les bretelles d’Axel, la patronne des lieux : voix grave et regard de soie, elle hypnotise autant qu’elle titille le spectateur en propriétaire de cabaret qui dirige ses trois hommes d’un main de fer et d’un amour de velours. Bagdassarian étonne, emporte, séduit le public avec sa taille de guêpe moulée dans des robes aussi voluptueuses que son regard pétillant et malicieux bordé de cils immenses ; Michel Favory est résolument touchant de discrétion et de pudeur, tandis que Benjamin Lavernhe est un impayable gamin facétieux provocateur et frondeur. Superbement maquillés, convaincus et convaincants, les quatre artistes s’amusent visiblement dans ces tenues pas toujours faciles : strass, paillettes, escarpins vertigineux et plumes leurs donnent au final une grande liberté et tous s’abandonnent visiblement avec bonheur à leurs personnages.

Au fil des chansons, toutes choisies avec soin par Serge Bagdassarian, et accompagnées la contrebasse par Olivier Moret et Benoît Urbain au piano, on entendra des poèmes mis en musique comme A Londres, de Guillaume Apollinaire ou le sublime Condamné à mort de Jean Genêt, purs moments de perfection offerts par Michel Favory. Des instants de grâce aussi, comme le troublant Ouvre, qu’entonne Véronique Vella les yeux dans les yeux avec une spectatrice, ou From Amsterdam, confidences touchantes murmurées par Benjamin Lavernhe. D’autres chansons, tour à tour drôles, touchantes, émouvantes, provocatrices, font le sel de ce cabaret dans lequel nous plongeons le coeur battant et l’émotion au coeur des lèvres. C’est gai, touchant, drôle, impertinent, toujours empli de tendresse et de respect. C’est beau, c’est maîtrisé et interprété avec amour et joie.

Que demander de plus ? Une reprise, tiens, parce que, après tout, il n’y a pas de raison qu’on n’y retourne pas l’année prochaine. N’est-ce pas ?
2 oct. 2016
9,5/10
44 0
Quelle pépite que « L’interlope » au studio de la Comédie Française !

Intriguée par ce mot que je ne connaissais pas, j’ai pris ma place les yeux fermés, avec la vague idée d’aller voir un cabaret comme le dit « Cabaret » et son « Wilkommen, Bienvenue, Welcome » ! Je savais donc seulement que le répertoire était celui de l’entre deux guerre et que Serge Bagdassarian en était le concepteur, metteur en scène et acteur (rien que ça).

La salle s’assombrit, Elliot Jenicot et Stéphane Varupenne se faufilent dans une salle comble pour s’installer à côté de moi sur les marches du studio pour voir leurs camarades jouer. Le rideau s’ouvre et les tableaux de la première partie s’enchaînent. Quatre acteurs de talent, tous travestis, viennent se présenter tour à tour dans le couffin de la loge où chacun d’eux se transforme pour la scène. Michel Favory d’abord, figure du vieil homosexuel usé et bloqué dans un temps de volupté révolu, superbe sur ses talons et ressemblant, à la barbe près, à une vieille veuve éplorée. Son air absent et désincarné est très réussi. Vient ensuite Véronique Vella, petit corps à la voix puissante, femme directeur de revue née dans le mauvais corps et qui se change d’un smoking à l’autre en nous expliquant l’histoire de comment elle est devenue le patron. Entre en scène par sa suite une sorte de geisha effilée dans un grand peignoir de soie qui n’est autre que Serge Bagdassarian. La métamorphose est d’autant plus frappante qu’on gardait l’image du S. bagdassarian en surpoids. Sa nouvelle allure lui permet de révéler une autre facette de son talent : ses gestes félins, sa démarche engageante, son regard coquin… Cette femme là est à des kilomètres de l’Oronte précieux et fardé qu’il incarna dans le « misanthrope » de Clément Hervieu-léger ! Dans cette cascade de surprise et d’éblouissement, le jeune Benjamin Lavernhe sans sa barbe, fait une entrée fracassante. Son personnage sent l’ambition, le sarcasme et l’impertinence de la coqueluche qui, au sommet de sa gloire, dénigre les autres artistes de la revue. Ses gestes aussi féminins que provocateurs, nous font découvrir son habileté à passer pour une femme. Quel performance d’acteur !

Les présentations ainsi faites, la deuxième partie lance la revue. C’est un vrai régal de voir ces quatre larrons chanter de leurs belles voix bien accordées, s’amuser sur scène avec leurs tenues extravagantes et leurs plumes à foison. Les chansons s’enchaînent, drôles et cruelles sur le thème de l’homosexualité. A côté de moi, Elliot Jenicot jubile et rit à gorge déployé. Je n’arrête pas d’ouvrir grand les yeux, émerveillée par le talent immense de ces acteurs caméléons qui passent du cinéma grand public (B. Lavernhe dans le « goût des merveilles » en 2015) à la tragédie (M. Favory dans « Roméo et Juliette ») ou au répertoire classique (S.Bagdassarian « le misanthrope ») en un coup de baguette magique.

La salle rit et se laisse guider pendant 1h15 dans cette ambiance de cabaret transformiste en oubliant tout le reste, on ne sait plus détacher nos yeux de la scène. A mon avis, lorsque des acteurs nous font jusqu’à oublier où l’on se trouve, le succès de la pièce n'est pas à démontrer ! Somme toute : un grand moment de liberté passé en compagnie d’une troupe haute en couleur ! Je vous la recommande !
1 oct. 2016
9/10
65 0
Véronique and the queens

Deux chansons pour vous faire ressentir mon émoi au sortir de L’interlope :
Je vous parle d'un temps
Que les moins de quatre-vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Paris en ce temps-là…
Dans les cabarets voisins
Nous étions quelques-uns
Qui attendions la gloire…
Épuisés mais ravis
Fallait-il que l'on s'aime
Et qu'on aime la vie…
L’interlope, l’interlope
Ça voulait dire, On est heureux
(adaptation de La bohème – Charles Aznavour)

Je suis un peu décorateur
Un peu styliste
Mais mon vrai métier, c’est la nuit
Que je l’exerce, travesti
Je suis artiste …
Je pense à mes amours sans joie
Si dérisoires
A ce garçon beau comme un dieu
Qui sans rien faire a mis le feu
A ma mémoire
Je suis un homme, oh !
Comme ils disent …
(Extrait Comme ils disent – Charles Aznavour)

L’interlope, une rencontre du 3eme sexe, colorée et émouvante.
23 sept. 2016
9,5/10
49 0
L’Interlope, c’est le nom de ce cabaret qui nous accueille, lorsque le noir se fait. Un cabaret imaginaire, comme il en existait des dizaines, dans le Paris de l’entre deux-guerres, théâtre de la culture underground homosexuelle, où des femmes et des hommes travestis faisaient vivre un répertoire… pas toujours très délicat.

Point d’indélicatesse ici, tout est intelligence et sensibilité : Serge Bagdassarian, aidé par les arrangements toujours réjouissants de Benoît Urbain (qui œuvrait déjà dans les meilleurs cabarets du Français : Vian, Brassens, Ferré…), a choisi des titres d’époques différentes, parlant d’amour, de souffrance, de passion, de poésie, de vies… Quatre personnages, tout de suite attachants, nous embarquent avec eux à bord de ce cabaret formidable.La scénographie nous plonge instantanément dans les coulisses de l’Interlope – quelle belle idée d’avoir introduit les deux dimensions : la coulisse et ses angoisses, avant l’entrée en scène, flamboyante et lumineuse. Tout est extrêmement soigné dans ce spectacle qui passe trop vite : le jeu simple mais efficace des musiciens (piano/contrebasse), la direction des comédiens, sur scène comme au chant, les voix de ces comédiens (les précédents cabarets étaient parfois assez inégaux sur ce plan ; ici les quatre comédiens sont aussi de formidables chanteurs), le choix du répertoire et son agencement chronologique dans le spectacle, les textes écrits par Serge Bagdassarian qui révèlent des personnages tellement attachants…

Car c’est sans doute la grande trouvaille de cabaret : il s’y dessine en creux un portrait de quatre artistes, de différentes générations, qu’on est presque frustré d’accompagner sur un temps si court. Il y a là Axel (Véronique Vella), la directrice de l’établissement, âme de l’endroit, Camille (Serge Bagdassarian), la diva sensible et amoureuse, Pierre (Benjamin Lavherne), la meneuse érotique – marié par ailleurs à une femme – et Tristan (Michel Favory), le doyen, grave et émouvant.
Ce cabaret est une totale réussite : il renouvelle un genre qui semblait s’essouffler ces temps derniers au Français et place la barre très haut.

Gageons que le public va se presser en masse dans la petite salle du Studio-Théâtre, battre des mains, secouer les jambes, rire, pleurer… et vibrer au son de l’enthousiasmant Interlope.Et s’il ne vous fallait que 3 raisons pour vous convaincre d’y courir :
1 – C’est une proposition artistique totalement originale que nous offre la Comédie-Française, en ouverture de sa saison 2016/2017. Ce n’est pas si courant.
2 – À l’issue de l’une des chansons, Pierre (Benjamin Lavernhe) suggère qu’en ces temps de crise, cela ne ferait pas de mal aux gens d’’aller s’encanailler aux « Tuileries »… Sans aller jusque là, un peu plus d’une heure à l’Interlope est un remède garanti contre la morosité.
3 – Nouveau pari réussi pour Eric Ruf qui inaugure ainsi en fanfare, – et en plumes -, sa deuxième saison d’administrateur avec cette commande que Serge Bagdassarian s’est manifestement beaucoup amusé à honorer.
Votre critique endiablée
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor