Les terrains vagues

Les terrains vagues
  • Théâtre de la Cité internationale
  • 17, boulevard Jourdan
  • 75014 Paris
Itinéraire
Billets de 19,00 à 35,00
Evénement plus programmé pour le moment
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Dans une tour environnée de terrains vagues, une petite fille trop grande qui cherche à s’évader d’une chambre trop petite, le fantôme d’un architecte qui déplore la mutation de son utopie urbaine en cauchemar, un marchand de sable inquiétant… sont les personnages d’un conte — inspiré de Raiponce, celui des frères Grimm — qui prouve une fois de plus que l’imaginaire n’est pas un luxe, mais « une arme de résistance à la portée de tous ». 

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5 déc. 2018
8/10
3 0
La mise en scène de Pauline Haudepin et la scénographie de Solène Fourt et Salma Bordes sont incroyables. Elles ont construit une histoire dans un univers cyberpunk, où le monde de Blade Runner rencontre celui d’Enki Bilal.

Le visuel ne pouvait qu’être détonnant dans sa singularité. En plus, les murs en brique de la salle se fondent à merveille avec les structures métalliques apparentes, les parpaings, les tiges en fer… Les costumes simples de Solène Fourt s’amalgament à l’ensemble. Dans ce monde terne deux couleurs sortent du lot : le bleu et le rouge. Avec ce bleu que l'on voit dans les yeux et sur les lèvres, on s’attend presque à l’arrivée de Jill Bioskop. Le rouge intense de la robe de Mister Sandman valorisé par le rouge à lèvre ainsi la veste de Shéhérazade montre le désespoir des êtres. Le tout forme un ensemble cohérent. Genséric Coléno-Demeulenaere, Marianne Deshayes, Paul Gaillard et Dea Liane évoluent avec osmose dans ce désenchantement. La metteure en scène les a fait participé afin qu’ils puissent s’approprier le plateau, rencontrer les personnages dans leur solitude. Et on ressent, nous le spectateur assis, cette fusion entre texte, scène et personnage. On se laisse guider dans les tréfonds dans cet entre-monde chaotique. Raiponce apporte ce décalage à la réalité et y insuffle une dose d’innocence et de poésie. Une douceur se dégage des gravats grâce à des moments comme lorsque Raiponce et Lazslo dansent pour s’imaginer une maison. La musique discrète se fait une compagne fidèle. Surtout avec la chanson bien triste, « Mister Sandman » de The Chordettes ayant pour refrain : « Mr. Sandman, bring me a dream ».

N’hésitez pas à partir sur « Les Terrains Vagues » rencontrer le temps d’une fable des indésirables héros marginaux qui tentent le rêve comme une drogue.
1 déc. 2018
8,5/10
28 0
« Qui suis-je ? »
C'est par cette question qu'une voix off, dans le noir le plus total, commence à nous dire les mots.
A cette question, il faut bien entendu une réponse.
Une Raiponce.

Pauline Haudepin a entrepris avec un réel succès de transposer le célèbre conte des frères Grimm, et de nous proposer une plongée dans un univers bien à elle.

L'histoire, on la connaît. Ou on croit la connaître.
La princesse Raiponce a été cloitrée par une méchante sorcière au sommet d'une tour. Elle attend le prince charmant qui viendra la délivrer en grimpant à elle grâce à ses longs cheveux... Oui, Freud et Bettelheim se sont régalés...

Ici, le royaume sera fait de terrains vagues ensablés, encombrés de déchets, d'objets plus hétéroclites les uns que les autres. Un monde onirique en déliquescence, en quasi-décomposition. Un monde juste avant la fin du monde ?

« Il était une fois et maintenant... », nous dit Melle Haudepin.
D'une écriture à la fois puissante, imagée, poétique, avec des formules ciselées, percutantes, elle nous emmène dans cet univers duquel il s'agira principalement de s'échapper.

De l'enfermement.
Tel pourrait être le sous-titre de ce spectacle.
Enfermée dans sa chambre, une sorte de gourbi surélevé, à la paillasse dérisoire, l'héroïne nous apparaît en courte chemise de nuit immaculée, virginale, qui laisse parfois entrevoir une culotte « Petit-Bateau » assortie. Une héroïne-enfant.

Elle est surveillée de près par une espèce de créature aux yeux étranges et en robe rouge, qui la nourrit de porridge tiède.

L'épatante Marianne Deshayes est cette Raiponce-là.
La comédienne dit les mots de l'auteure avec force et conviction, avec une présence scénique qui force l'admiration. Elle est d'une stupéfiante justesse.
On croit totalement à son enfermement non seulement topographique, mais surtout à son enfermement intérieur.

Car c'est bien là tout l'enjeu de la pièce : comment s'échapper intérieurement, comment retrouver sa liberté, son libre-arbitre, comment reconquérir l'espoir et la volonté de désirer ?

Le Prince finira par arriver. Ce sera Lazlo, interprété par Paul Gaillard.

Il y aura également la mère de Raiponce, que joue tout en subtilité Dea Liane, une mère qui elle, n'aura de cesse de se construire une sorte d'enclos en parpaings. (Avec un petit trou, quand même, au cas où...)
Toujours l'enfermement...
Tout le contraire de sa fille...

Et puis le supposé géniteur, créateurs de substances plus ou moins hallucinogènes, un certain Sandman, comme le Mister du célèbre titre du groupe vocal féminin The Chordettes.
C'est le puissant et charismatique Genséric Coléno-Demeulenaere qui s'y colle. (Tout comme il interprète le geôlier.)

Si Pauline Haudepin manie bien joliment les mots et nous montre bien des images fortes, elle nous propose également une très intéressante mise en scène.

Une dramaturgie axée sur deux principaux parti-pris.

Tout d'abord, la brusquerie voire la violence des mouvements et des attitudes corporelles.

C'est un univers dans lequel la douceur et la délicatesse ne sont apparemment pas la règle.

Ici, les corps vont être mis à rude épreuve. Les comédiens vont s'empoigner, vont s'attraper, vont se pousser, se repousser, dans de vraies chorégraphies.
Tout ceci est très physique, parfois violent. (La scène de la plongée du visage dans l'évier est assez éprouvante.)

Des corps qui se rejoignent et s'étreignent également, en fonction du deuxième parti-pris : la verticalité.
La tour, évidemment, sur laquelle sont hissés les comédiens. L'entrepôt de Sandman, aussi.

Mais la verticalité également dans une formidable scène.
Raiponce monte sur les épaules de son Lazlo, et les deux vont nous créer un arbre, avec son tronc, ses branches, ses racines, ses rameaux. Il y aura même un scolopendre.
Puis, les deux se transformeront en maison tout en hauteur, avec un vrai toit.
La scène est de toute beauté. Une beauté à la fois plastique et poétique.

Créé du 13 au 28 novembre derniers au Théâtre National de Strasbourg, ce spectacle pensé, imaginé, interprété par de tout jeunes gens force le respect.

Personne ne peut sortir indifférent du Théâtre de la Cité Universitaire.
Je vous recommande vivement la virée poétique dans ces terrains vagues-là.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor