Les reines

Les reines
  • Théâtre des Quartiers d'Ivry
  • 69, avenue Danielle Casanova
  • 94200 Ivry-sur-Seine
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Londres, 20 janvier 1483. Un climat d’épouvante règne sur le palais : Richard s’apprête à assassiner les enfants d’Elisabeth pendant que le roi Edouard agonise. Dans la tour, six femmes s’agitent et s’affolent, qui toutes convoitent le trône d’Angleterre. 

Immortalisées par Shakespeare, ces reines, triviales et somptueuses, se réincarnent pour perpétuer toute la déraison et la cruauté de leurs exigences tragiques. 

 

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16 janv. 2018
9/10
32 0
God save the six Queens !
Nous pénétrons dans la Fabrique, l'une des salles de la Manufacture des Oeillets, à Ivry. Nous serons assis en bi-frontal, dans une enceinte inondée de fog-fumée et éclairée par seulement six pinceaux très fins de lumière qui viennent matérialiser au sol six petits points.
Un hommage à Thomas Jolly et ses rayons lumineux ?

Nous sommes le 20 janvier 1483, ce qui ne nous rajeunit guère.
Londres. Le palais royal.
Le roi Edouard se meurt, un psychopathe est prêt à assassiner deux enfants.
Ca ne vous rappelle rien ?

Si, bien entendu. Shakespeare. La guerre des deux Roses.

Henry the Sixth, Richard the Third...

Le dramaturge québecois Normand Chaurette a eu une lumineuse idée : donner la parole aux femmes.
Donner le verbe à celles qui sont omniprésentes chez le grand Will, mais qui pour autant restent dans l'ombre : les reines.

Ces six femmes vont nous raconter le maelström politico-sentimental qui règne en cette fin de XVème siècle anglais.
Elisabeth, Marguerite, Isabelle, Cécile et les deux Anne vont nous éclairer à leur façon.
Ce qui intéresse surtout Chaurette, ici, n'est pas tant le propos sur le Pouvoir avec un grand P.
Non, ce qu'il va mettre en exergue, c'est avant tout la parole, la langue de ces femmes.

Les armes de ces Reines-là, ce sont les mots.
Ceux qui blessent, qui font du mal, ceux qui meurtrissent les âmes et les corps, ces mots qui agressent et atteignent chacune dans son intégrité.

Ces mots qui définissent les caractères. « Ce que je suis est rempli de mots ! », nous dit le personnage Anne Dexter. La langue de l'auteur est ici une langue qui fait du mal, qui est distillée et injectée dans l'autre comme un venin reptilien. (Qu'on se rassure, nous rirons, également, tellement ce qu'elles disent est parfois si outré!)

De somptueux monologues, de longues tirades assassines, des dialogues perfides nous dévoilent ces femmes.
Ces Reines qui ne vont ici exister que par la parole.

C'est ce qu'a bien compris la metteure en scène Elisabeth Chailloux qui a su s'entourer de six admirables comédiennes, qui vont nous dire, nous décocher, nous envoyer à la figure et aux oreilles les mots de l'auteur.

Elles vont faire s'agresser verbalement leurs personnages respectifs avec une hargne et une perfidie rares, sur des thèmes comme le pouvoir conféré ou non par leur homme ou les relations mère-fille ou encore la déchéance provoquée par les ans.

Ici, pas de décors, pas d'accessoires, à part un trône et les patins à roulettes de la jeunesse. Une nouvelle fois, la parole est suffisante !
Le texte, sublimé (je pèse ce participe passé) par les six comédiennes se suffit bien largement à lui-même.

Leur façon de s'approprier le texte est assez phénoménal. Quel talent collectif et personnel !

J'ai eu, je dois l'avouer, une petite préférence pour Marion Malenfant et Pauline Huruguen, qui m'ont enthousiasmé, mais toutes sont vraiment admirables.

De très belles trouvailles dramaturgiques viennent émailler la pièce, que je ne dévoilerai pas, bien évidemment, dont une subtile et magnifique, qui nous évoque parfois la présence proche du monstre Richard III. (Coup de chapeau à la création sonore de Philippe Miller.)

C'est donc un spectacle intense et beau, glaçant et à la fois édifiant, qui prolonge habilement et de façon inattendue les textes de Shakespeare.
Ici, ces femmes nous démontrent, s'il en était encore besoin, que le vrai pouvoir n'est pas forcément là où on l'attend.
Un spectacle contemporain qui rappelle l'importance de deux concepts parfois oubliés ou laissés pour compte : la langue et le texte !

Un dernier conseil : arrivez un peu en avance dans CDN du Val-de-Marne, histoire de potasser sur le flyer que l'on vous remettra la généalogie de ces six Reines. Ca peut aider.
14 janv. 2018
9/10
11 0
Les reines, pièce de Normand Chaurette inspirée de Richard III.
Le 20 Janvier 1482 une forte tempête souffle sur Londres.
Dans le Palais se trame des drames épouvantables : Edouard IV se meurt laissant pour héritier ses 2 fils. Richard son frère (futur Richard III) manigance de tuer ses 2 neveux héritiers du trône ainsi que son frère George à qui reviendrait la couronne.
Ces hommes absents sur scène, sont omniprésents par leur devenir dans ce drame.

Dans la tour 6 femmes, épouses, sœurs, amantes et mères.
Elisabeth femme d’Edouard IV redoute la mort de son époux et le meurtre de ses fils.
Isabelle de Worwick épouse de Georges et sa sœur Anne de Worwick amante de Richard toutes deux aussi ambitieuses convoitent le trône.
Marguerite ex reine d’Angleterre meurtrie par la mort tragique de son fils et la perte de son époux Henry VI ne trouve plus sa place au palais mais ne peut le quitter.
La duchesse York mère des frères rivaux et d’Anne Dexter qu’elle a mutilée en lui coupant les deux mains et la langue pour la punir d’avoir commis l’inceste.
Nous allons assister à l’angoisse, l’ambition, la jalousie, à la violence, la souffrance et au déchirement de ces femmes.
Qui sera reine ? Quel sera leur destin ?
Nous assistons à des va et viens, ces « reines » tourbillonnent entre la tour et la chambre d’Edouard qui se meurt, entre la tour et l’entrepôt où se noie George. Mais leur avenir dépend de l’issue des agissements des hommes et de leur destinée.
Seule Anne Dexter va hanter les lieux recherchant sérénité, pardon et amour.

Ce texte est d’une grande beauté.
Marguerite voulant quitter le royaume : « Je veux voir jusqu’où peux aller le mépris lorsqu’on l’emporte loin » Anne Dexter et Anne Warwick.

- Qu’aurais tu répondu à ta mère si elle t’avait prise pour une étrangère ?
- Ce que vous étiez et ce que vous avez m’appartient.

La mise en scène nous plonge dans une atmosphère froide et inquiétante. Les reines sont enveloppées dans un nuage de brume, les lumières blanches sont froides. On entend au loin la tempête qui souffle. On ressent la cruauté de Richard.

Les comédiennes sont talentueuses et nous émeuvent, nous compatissons car elle n’est pas maitre de leur destin.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor