• Classique
  • Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier
  • Paris 6ème

Les Derniers Jours de l'humanité

Les Derniers Jours de l'humanité
De Karl Kraus
Mis en scène par David Lescot
  • Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier
  • 21, rue du Vieux Colombier
  • 75006 Paris
  • Saint-Sulpice (l.4)
Itinéraire
Billets de 14,00 à 35,00
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Karl Kraus / David Lescot. Le premier, dramaturge, poète et journaliste pamphlétaire a regardé l’Europe s’entretuer depuis Vienne, capitale de l’Empire austro-hongrois qui allait être balayé en 1918.

Le second, homme de théâtre, à la fois écrivain, metteur en scène et musicien, a fait de l’histoire, de la guerre et des grands bouleversements humains le coeur de son oeuvre.

Entre 1915 et 1917, Karl Kraus rédige Les Derniers Jours de l’humanité, pièce monumentale, protéiforme, ni synthèse ni procès, où il laisse à son époque le soin de s’autoaccuser, de se déshonorer, et aux responsables multiples celui de se désigner.

De La Commission centrale de l’enfance où il raconte les colonies de vacances des enfants de Juifs communistes à Ceux qui restent, d’après les témoignages de deux survivants du ghetto de Varsovie, David Lescot n’a de cesse de s’interroger sur notre mémoire. À propos de Kraus, il déclare : «Les Derniers Jours de l’humanité sont devenus pour nous un document, une archive précieuse, et par sa dimension poétique et l’ampleur de son projet, c’est aussi bien plus que cela.

L’imagination y seconde l’observation ; c’est l’oeuvre d’une imagination observante, à la hauteur de l’événement qu’elle décrit, le plus grand texte né de la Première Guerre mondiale. »

 

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La critique de Louise (rédac' AuBalcon) : 6.5/10. Les derniers jours de l’humanité. Un titre qui résonne tristement sur l’actualité de la dernière année. Vieux d’un siècle, le texte de Karl Kraus dresse un portrait de la vie quotidienne sous la première guerre mondiale, dont certains des aspects entrent en résonance avec notre époque.

Le regard critique porté par l’auteur est aussi plein de dérision et fait plus que jamais écho à notre responsabilité et notre comportement dans cette guerre que nous acceptons sans l’avoir choisie.

Dans cette pièce hybride, les bouts de vie se mêlent aux images d’archives projetées sur le grand miroir qui encadre la scène. Si bien que le public se distingue dans ce reflet avant que la salle ne soit plongée dans l’obscurité. Peut-être une façon un peu lourde de nous signaler que 1915/2015 même combat ? 

Car de lourdeur il est question dans ce spectacle un brin foutraque où les enchaînements manquent de fluidité autant que de cohérence globale. C'est certainement dû à la dimension documentaire du texte de Karl Kraus qui, en créant des tableaux à la fois historiques et anecdotiques ne se soucie pas de coudre les scènes entre elles. David Lescot propose une version ciné concert (avec Damien Lehman au piano) qui prend à rebrousse-poil les habituelles productions de la Comédie Française.

Pauline Clément, la toute nouvelle recrue fait honneur à son titre de pensionnaire. Déjà repérée dans les vidéos du collectif Yes vous aime et dans son génial seul en scène “Comme la lune” (au Studio Hébertot l’été 2015), c’est une pépite à suivre. Denis Podalydès quant à lui reste égal à lui-même, entre en scène, salue la salle, puis son frère Bruno qui se trouve être présent au cinquième rang. Un sacré briscard de la comédie qui nous fait rire comme un bon vieux copain. Les comédiens sautent d’un personnage à l’autre jouant de la caricature et changeant de costumes à une vitesse lumière qui nous fait penser à un spectacle d’enfants.

Une sortie pas indispensable en somme mais pas une torture non plus. On est mi figue, mi raisin.

Note rapide
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24 févr. 2016
6,5/10
104 0
Un exercice difficile et courageux! Adapter ce monstre de texte de Karl Kraus, il fallait oser. Faire tenir la pièce en moins de 2 heures, un vrai défi aussi. Le résultat ne m'a pas totalement convaincu.

C'est un peu le bazar, c'est riche, varié, on retrouve tous les styles (ce qui était le but de Karl Kraus, je crois, mélanger tous les genres dans une pièce fleuve!). Mais il est impressionnant de voir la résonance avec notre époque de cette pièce écrite il y a un siècle. L'intérêt est surtout là. C'est troublant.

Les comédiens sont formidables, bourrés d'humour et d'énergie. Ils sont l'autre intérêt de la pièce.
A voir un soir de forme. Si vous êtes fatigué, ce sera très très difficile!
A revoir aussi. Je pense que je n'ai pas tout saisi.
6 févr. 2016
7/10
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Avec Les Derniers Jours de l’humanité, David Lescot nous convie à un cabaret hybride bien étrange.

Fidèle à son habitude du patchwork, le metteur en scène transforme la somme théâtrale de Karl Kraus en bouffonnerie sérieuse où la Grande Guerre fricote avec la farce. La Comédie-Française propose une nouvelle production atypique à la croisée de genres parfois délicats à combiner sur scène malgré le talent incontestable de nos quatre caméléons.

Des pianos en ruine jonchent le parquet du Vieux-Colombier. Le désastre de la Guerre de 14-18 est passé par là. Tabula rasa sur la culture. Pourtant, avec son ampleur gigantesque de sept cent pages, l’oeuvre-monstre du caricaturiste rédigée pendant les atrocités des combats entend rendre scrupuleusement compte de l’état d’esprit de la société viennoise.

Afin de capter les réactions à chaud de son entourage, Kraus s’emploie à déployer un matériau ultra dense : journaux, brèves de comptoir, textes officiels… Précisément attiré par cet éventail polymorphe, David Lescot imagine un spectacle total empruntant aussi bien au cabaret avec ses lumières chatoyantes, qu’à la lecture incarnée en passant par les scènes de foules, les chansons lyrico-tragiques, les interviews déformées, ou les jeux de mimes. Cette profusion (trop) généreuse vire parfois à l’indigestion malgré le dynamisme de ces multiples transformations. Menées à toutes vitesse, les saynètes ont à peine le temps de s’installer qu’on change immédiatement de référents et de situations. D’où une certaine frustration. Au contraire, la fin déçoit par sa répétitivité un brin ampoulée : le drame pur et dur a du mal à s’extirper de l’enrobage potache de l’ensemble.

En orientant son travail vers une parodie grinçante, Lescot fait bien souvent mouche. Sidérant d’écouter cette bourgeoise inciter ses enfants à jouer à la guerre ; piquant de contempler cette journaliste en train de réécrire l’Histoire à sa sauce pour combler ses lecteurs. Navrant d’assister impuissant à l’ordre d’un général sacrifiant ses troupes… On rit jaune.

L’art de la métamorphose
Pour incarner cette fresque historique, quatre comédiens seulement ont été réquisitionnés. Et quelles bluffantes compositions ! Tels de véritables caméléons, ils se métamorphosent sous nos yeux l’air de rien. Avec sa grande prestance, Denis Podalydès se fait aussi bien lecteur truculent que vieux caporal ridicule ; Sylvia Bergé est poignante d’émotion en chanteuse mélancolique et rigolote en mère indigne ; l’imposant Bruno Raffaelli s’amuse comme un gosse en petite fille à couettes guerrière ou en épicier opportuniste. Enfin, la venue de la nouvelle pensionnaire Pauline Clément apporte un vent de jeunesse et de fraîcheur : dotée d’un timbre de voix limpide et très agréable, elle s’intègre à la troupe sans problème, jouant avec plaisir et naturel une journaliste-fouineuse ou une épouse adultère à l’esprit bien inconséquent.

David Lescot parvient ainsi à aborder la folie destructrice de la Grande Guerre sous un angle espiègle et cinglant, respectant l’esprit de Kraus. Sur le plateau, le florilège des genres s’avère plus compliqué à gérer. Cette diversité s’avère donc à double tranchant. Malgré tout, la gourmandise comique de la mise en scène vaut le détour et l’abattage du quatuor est impressionnant de maîtrise.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor