Les Cuisinières

Les Cuisinières
De Carlo Goldoni
  • Artistic Athévains
  • 45 bis, rue Richard-Lenoir
  • 75011 Paris
  • Voltaire (l.9)
Itinéraire
Billets de 11,00 à 40,00
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Dans cette comédie d'une rare efficacité, Goldoni donne la parole aux femmes avec esprit et dévoile l'intimité des maisons vénitiennes.

Un spectacle léger, effronté comme un vent de Carnaval, interprété par onze acteurs aux personnalités variées et hautes en couleurs. Le spectacle semble improvisé avec les moyens scéniques d'une compagnie de tréteaux. Le décor de draps évoque tour à tour l'intérieur et l'extérieur, un salon comme une place de Venise.

Les éclairages colorent cet espace de manière onirique et laissent apparaître des ombres qui écoutent, qui menacent. Le décor devient lui-même un masque.



Tout l'enjeu est de préserver la légèreté de la comédie italienne, tout en laissant affleurer les questions plus sérieuses (l'égalité des sexes, le désir partagé, la reconnaissance sociale, l'argent) qui dressent un pont évident entre ce XVIIIe siècle des Lumières et le XXIe siècle où les feux de notre conscience humaniste peinent parfois à rayonner.

 

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30 juin 2016
9/10
149 0
Goldoni le sociologue avant l'heure...

Goldoni, en fin observateur de ses contemporains, sait que le monde dans lequel il vit est un monde de duperies, de faux-semblants, d'hypocrisie, un monde dans lequel le vrai maître est l'argent.
(Le XXIème siècle st-il si différent du XVIIIème?)
Mais un monde où les petites gens ont plus d'importance à ses yeux que ceux de la « haute »...

Dans cette pièce de jeunesse, écrite en 1755, très peu jouée (et c'est bien dommage...), ce sont les femmes qui mènent la danse.

La danse, et la cuisine.

Ces cuisinières-là veulent en effet s'émanciper en ce jour de Carnaval, elles veulent s'amuser, elles veulent plaire, elles veulent vivre.
En un mot comme en cent, elles veulent exister.

Ce sont des rideaux blancs qui accueillent le public.
Il fait nuit. Le jour ne va pas tarder à se lever.

Au milieu et sur ces toiles immaculées, comme la farine de Momolo le mitron, le metteur en scène Philippe Lagrue a écrit sa partition.
Et de quelle façon !
Ces seuls rideaux, ainsi que deux bancs en bois vont seuls styliser et épurer l'espace et le temps.

La mise en scène de Lagrue est alerte, enjouée, virevoltante, et épouse formellement l'esprit qui devait régner à Venise un jour de Carnaval.
On n'est pas très loin de l'esprit d'une troupe de tréteaux.

Et en même temps, il a réussi à faire peser une sorte de gravité, une sorte de lourdeur très palpable.
C'est bien ce mélange de drôlerie et de gravité qui confère à l'ensemble cet esprit assez unique, à l'image de la scène finale : on a bien ri, certes, mais la gaudriole a hélas une fin.

Avec un message fort adressé aux cuisinières mais aussi par conséquent au public : Anzoletto, ce jeune homme vénitien nous le dit : « Regardez-vous d'abord : changez, et les choses changeront ».
En substance, il nous dit que personne ne va sortir grand gagnant de cette journée.
Un jeu à somme nulle, en quelque sorte.
Il faudra encore attendre un peu pour que le peuple se révolte vraiment.
Goldoni fait en effet partie de ces annonciateurs des grands changements...

Les quatre comédiennes-cuisinières pétillent, virevoltent, toutes plus espiègles les unes que les autres.
Zazie Delem, Pauline Vaubaillon, François Pinkwasser, et la grande Catherine Sauval (toute jeune ex-sociétaire de la Comédie Française) nous ravissent véritablement.

Leurs maîtresses ne sont pas en reste, avec notamment Heidi-Eva Clavier (pour qui j'ai un vrai petit faible, ancienne élève-Comédienne au Français), dans le rôle de Madame Costanza, épouse jalouse au possible d'un mari volage en diable.

Ce mari est d'ailleurs interprété par l'immense Christian Cloarec.

Il faut mentionner également le formidable Baptiste Roussillon dans le rôle d'un vieillard libidineux que plus libidineux, ça ferait trop !

Oui, décidément oui, cette soirée fut comme ces soirées d'été que l'on souhaite voir ne pas se terminer.

Une soirée un peu mystérieuse, un peu masquée, mais tellement agréable.

Une soirée vénitienne, en somme.

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Pour ceux qui seraient intéressés, j'ai demandé à Heidi-Eva Clavier-Mme Costanza de m'accorder une interview audio, un entretien que vous pourrez retrouver dans les jours qui viennent sur mon site mentionné un peu plus haut sur mon profil.
Écrite en 1755, cette pièce Le Massere (les cuisinières) est construite à partir d’un canevas simple aux allures de farce et aux accents de Commedia dell’arte. Nous retrouvons ici la verve du Carlo Goldoni de « Arlequin, valet de deux maitres », de « La Locanderia » ou des « Rustres ». Avec sa peinture acerbe et drôle des malices et des pirouettes vengeresses des femmes dans les maisons bourgeoises vénitiennes. Les situations centrées sur les personnages, leur grotesque et leur fourberie, font mouche.

Philippe Lagrue, dans son adaptation et sa mise en scène, reprend cet esprit volontiers ironique et narquois en truffant la pièce de formules et de clins d’œil contemporains à la manière des lazzi de l’époque. Des rideaux blancs posés sur des tringles, qu’on ouvre ou ferme entre les scènes, et deux bancs de bois pour tout décor, renforcent cette idée de restitution des jeux improvisés sur des tréteaux de foire.

L’absence de musique dans les parties dansées des scènes de carnaval surprend comme le rythme un peu lent donné à l’ensemble. Le divertissement est pourtant là, même si une impression se dessine de simplicité poussée à l’extrême, touchant presque à l’austérité. A l’image de cette singulière scène finale du dénouement, qui intrigue et émerveille à la fois comme si la pièce arrivant à son terme, la morale reprend ses droits et l’ordre son règne.

La distribution et notamment les quatre cuisinières jouées par Zazie Delem, Françoise Pinkwasser, Pauline Vaubaillon et Isabelle Gardien (ce soir-là), sont pétillantes à souhait et nous offrent un spectacle joyeux et agréable.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor