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  • Comédie Française - Studio Théâtre
  • Paris 1er

Les Créanciers

Les Créanciers
De August Strindberg
Mis en scène par Anne Kessler
Avec Sébastien Pouderoux
  • Sébastien Pouderoux
  • Adeline d'Hermy
  • Didier Sandre
  • Comédie Française - Studio Théâtre
  • 99, rue de Rivoli
  • 75001 Paris
  • Louvre-Rivoli (l.1)
Itinéraire
Billets de 12,00 à 23,00
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« C’est étrange mais j’ai parfois l’impression qu’elle n’existe pas en dehors de moi, qu’elle est une partie de moi-même, un viscère qui aurait absorbé ma volonté, ma joie de vivre ; il me semble avoir déposé en elle le nœud vital dont parle l’anatomie. »

C’est ainsi qu’Adolphe se confie dès la première scène à un inconnu, qui n’est autre que le premier mari de son épouse. Loin du simple drame conjugal, le trio de cette pièce écrite juste après Mademoiselle Julie se noue autour de l’amour absolu. Les protagonistes y sont, jusque dans le délire, d’une intelligence et d’une lucidité redoutables. Femme volage, Tekla est une écrivaine à la mode à qui Adolphe a tout donné, il l’a portée aux nues au détriment de sa propre carrière de peintre. Mais il est aujourd'hui l’heure de rendre des comptes : le premier mari frappe à la porte du présent pour se venger de son successeur qui lui a volé sa légitimité et pour réclamer son dû à celle qu’il a toujours adulée.

Anne Kessler connaît bien l’œuvre de l’auteur suédois qu’elle a notamment déjà abordée en tant que metteure en scène dans Grief [s], et interprétée récemment avec Père. Directrice d’acteurs lumineuse, elle relève le trait percutant avec lequel se déploie ce drame à l’intrigue policière proche de l’univers de Pinter. Dans cette traque amoureuse, les protagonistes ont pour arme les mots et laissent au champ de bataille le tréfonds de leurs âmes.

 

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Toutes les critiques
25 juin 2018
9/10
25 0
Règlement de comptes !

Malheureux en amour et misogyne, Strindberg a écrit là une pièce féroce dont les dialogues sont ciselés comme des lames de rasoir.

Un homme délaissé, qui a beaucoup souffert, revient se venger de la femme qu'il a adoré.
Didier Sandre est prodigieux dans le rôle de ce mari bafoué et manipulateur.
A ses côtés, Sébastien Pouderoux et Adeline d'Hermy incarnent à merveille leurs personnages.

Les trois protagonistes s'affrontent.
C'est brillant, rythmé, incisif et ... impitoyable.

La vengeance est un plat qui se mange froid !
13 juin 2018
9/10
21 0
Je sors à chaque fois fascinée par cette pièce de Strindberg. Dans « Les Créanciers », il est question des fantômes du passé qui resurgissent, sommant de payer la dette amoureuse et contrariant le présent. Gustaf est l’homme du passé, venu tourmenter dans leur villégiature Adolf, l’homme du présent, et Tekla, la femme qu'on lui a ravi. Gustaf se lie d’abord d’amitié avec Adolf pour semer le mal avant de se dévoiler à Tekla.

Ce que j’ai vu au Studio est une pièce sans fond. La langue et le propos de Strindberg sont infinis : tout est affaire de composition et de performance d’acteurs. Les acteurs font le texte, faisant ressortir certaines répliques par leur jeu, en créant un trio réaliste et déséquilibré juste ce qu’il faut pour que le jeu d’échec se mette en place. Anne Kessler qui signe cette mise en scène a choisi une distribution pour le moins étonnante sur le papier : Didier Sandre est Gustaf, Sébastien Pouderoux Adolf et Adeline D’Hermy joue Tekla. Je connaissais seulement les créanciers dans une version où les deux hommes ont peu ou prou le même âge (mes de Fréderic Fage, passée par Avignon) et je n’aurais jamais imaginé ce trio. Pourtant, cette composition fonctionne à merveille.

Didier Sandre offre une palette de jeu au sommet de son art entre perfidie et miel du manipulateur en quête de sa proie. D’une cruauté assassine, tour à tour ami, amoureux et persécuteur, Didier Sandre joue avec une justesse qui fait douter de la nature de son personnage : c’est subtil… magistral. Je regrette seulement son regard fuyant, souvent tourné vers le sol et ne connectant jamais avec la salle.

Adolf est le bel homme, le jeune premier, artiste talentueux que l’on s’attend à voir briller mais qui à l’inverse est la sombre victime de toutes ces créances. Cette difficile partition, en contre-emploi, est très bien jouée par Sébastien Pouderoux qui interprète de manière à ce que nous maintenions notre attention sur le personnage principal de Gustaf. Sébastien Pouderoux prend les coups qu’on assène à son personnage. Il joue noblement ce rôle et l’on se prend de pitié pour lui.

Adeline d’Hermy, cette voix si charnelle et envoûtante, paraît mutine et revêche. Libérée d’un homme qu’il l’a « dressée » lorsqu’elle était encore jeune fille (notons la "légère" misogynie de M. Strindberg), elle semble prendre sa liberté en asservissant un autre homme à son amour. Frivole ou en quête de liberté ? Victime de l’un et bourreau de l’autre ? Son personnage est ambivalent et Adeline d’Hermy joue tout en nuance, sans donner de réponse.

Les maux de ces trois personnages sont inextricables, insolvables. Rien n’absout le passé et Strindberg fait surgir toute la complexité du sentiment amoureux avec ces trois personnages pétris de doutes et de souffrances. Les corps supportent les mots et s’enlacent furtivement : Strindberg est implacable.

Malgré une mise en scène un poil trop statique car concentrée sur le texte, j’ai adoré la pièce. Du grand théâtre !
5 juin 2018
9/10
19 0
Les Créanciers d’August Strindberg, 1889, mise en scène d’Anne Kessler.
Amour, douleur, manipulation… Magnifique.
Dans un hôtel en bordure de la mer Baltique, Adolf de santé fragile est en villégiature avec son épouse Tekla auteure en vogue et de caractère assez frivole.

Gustaf ex-époux de celle-ci va se lier d’amitié en tout incognito avec Adolf. Son seul but étant de se venger de l’abandon subit quelques années plus tôt par Tekla.
Dans ce trio chacun à des créances à régler.
« Si l'amour n'est pas une monnaie, il n'est pas un acte gratuit non plus : Il laisse des créances dans le cœur des amants ».
*Tekla est redevable de son époux qui l’a introduit dans les milieux littéraires.
* Adolf est redevable de Gustaf de l’avoir aidé à affronter sa dépression. Mais il est anéanti et dominé par Tekla.
*Gustaf pervers et manipulateur est dans le ressentiment.
Tous trois sont des êtres perdus, déchirants dans leur désarroi et leur souffrance.
C’est un véritable Triller. Les mots blessent et tuent.
« Tes paroles entrent en moi comme des lames, je sens qu’elles coupent, qu’elles coupent quelque chose, mais je ne puis les empêcher ».
La scénographie est simple, élégante, esthétique. Nous ressentons l’ambiance des stations balnéaires de l’époque. C’est lumineux, l’océan est proche…
Dès les premiers instants, nous sommes happés par ce texte magnifiquement interprété par Didier Sandre, Sébastien Pouderoux, Adeline D’Hermy. Tous trois nous émeuvent et nous enchantent.
10/10
23 0
... Un spectacle passionnant. Un moment rare du théâtre de Strindberg. Incontournable.
1 juin 2018
8/10
22 0
Les créanciers … l’article défini est important dans le titre de cette pièce. Ainsi, on sait qu’ils sont plusieurs et on se doute que le règlement des créances ne va pas se faire sur le mode Bisounours.

L’histoire démarre lors de la villégiature sur la cote nordique d’Adolf et Tekla, quand Gustav propose à Adolf (artiste sur le déclin à cause d’une maladie) de lui révéler la source profonde de sa dépression : une histoire d’amour et du coût de celle-ci.

L’auteur suédois Strindberg fait donc évoluer trois personnages mais ils ne sont que deux à la fois sur scène dans des face à face intenses entre Gustav, l’ex-mari, Adolf le mari et Tekla l’épouse, que je qualifierais d’affrontements.

Cette ‘tragi comédie’ ainsi qu’August Strindberg l’a définie lui-même, est un huis clos où la tension dramatique va monter très haut puis des pointes d’humour (assez noir, admettons-le) ‘ré -humaniseront’ un peu les personnages et obtenir un tel résultat où les émotions sont si contrastées n’est pas chose aisée… Cependant grâce au casting, surprenant à première vue, des trois protagonistes, et à la mise en scène brillante d’Anne Kessler. Les déplacements des comédiens sont chorégraphiés avec bonheur. Le ballet des corps est réussi : on y ressent des frôlements sensuels et puis l’instant suivant la violence des propos assénés.

Didier Sandre dans le rôle de Gustav mène cette danse avec brio usant d’humour et de méchanceté à point nommé, Sébastien Pouderoux oscille juste comme il faut entre bonheur et désespoir et Adeline d’Hermy, bien qu’un peu grimaçante au début de la pièce, trouve parfaitement sa place en jouant tour à tour l’ingénue puis la manipulatrice.

Oui c’est une pièce où tout le monde joue sur une large palette et c’est très réussi.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor