L'empereur, c'est moi !

L'empereur, c'est moi !
  • Studio Hébertot
  • 78bis, boulevard des Batignolles
  • 75017 Paris
  • Rome (l.2)
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Billets de 20,00 à 40,00
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Cette pièce est une histoire vraie.

C’est l’autoportrait d’un enfant en colère, le récit d’une jeunesse passée dans l’isolement, le combat sans merci d’un jeune garçon avec son double. ​Mêlant l’imaginaire aux souvenirs d’un enfant autiste, Hugo raconte sa souffrance d’être différent, son refus de parler, son désir d’être un autre jusqu’à vouloir changer son nom. ​

L’empereur c’est moi ! est une magnifique déclaration d’amour d’un fils à sa mère. C’est une révolte contre l’enfermement et contre l’exclusion, et un implacable miroir de nos préjugés.

 

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Toutes les critiques
27 nov. 2016
7/10
17 0
Si on a lu le roman de science-fiction de Daniel Keyes publié en 1966, Des fleurs pour Algernon, ou que l'on a suivi son interprétation au théâtre par Grégory Gadebois en 2013 ou au cinéma par Julien Boisselier, en 2006 on pense avoir approché le fonctionnement d'une personne touchée par l'autisme.

L'année dernière le Bizarre incident du chien pendant la nuit révélait une autre facette, plus positive, de ce handicap sur la scène du Théâtre de la Tempête.

Même si ce sont des oeuvre remarquables (que je recommande sans réserve) elles ne révèlent la particularité de la souffrance que du point de vue de l'adulte. L'Empereur c'est moi a ceci de supplémentaire qu'il met en scène un enfant, et celui-là même qui fut (doit-on écrire qui est) atteint de troubles autistiques.

L'émotion s'en trouve décuplée et j'ai refermé mon carnet sans avoir envie d'y écrire mes notes au fur et à mesure de la soirée parce que ce spectacle ne s'analyse pas. Il se vit. Le comédien Hugo Horiot est émouvant, très, faisant partager les émotions de ses jeunes années avec beaucoup d'intensité.

Car cette pièce est une histoire vraie, annoncée comme l’autoportrait d’un enfant en colère, le récit d’une jeunesse passée dans l’isolement, le combat sans merci d’un jeune garçon avec son double. Mêlant l’imaginaire aux souvenirs, Hugo raconte sa souffrance d’être différent, son refus de parler, son désir d’être un autre jusqu’à vouloir changer son nom.

Il y a plus de vingt ans Françoise Lefèvre décidait de raconter son histoire avec son petit garçon qui ne parle pas mais qui crie très fort. Il s’agissait d’Hugo. Le roman s’intitulait Le Petit Prince Cannibale et remporta le prix Goncourt des lycéens. Des années plus tard, Hugo décidait de répondre à sa mère en offrant un nouvel éclairage à son livre.

Il est accompagné sur le plateau par la comédienne sourde Clémence Colin qui fait bien plus que signer le texte du spectacle en Langue des Signes Française (ou LSF). A propos il est conseillé aux personnes sourdes de se placer de préférence dans les premiers rangs à cour. Mais loin d’être simplement présente en bord de scène pour rendre les paroles intelligibles aux malentendants elle accompagne le comédien avec une subtilité magnifique, interprétant tous les protagonistes auxquels il fait allusion.

Je me suis interrogée sur la façon dont elle se repère pour être à ce point en phase avec ce qui se passe. Elle exprime de plus toutes les émotions avec un merveilleux sourire. Elle est très apaisante, comme quoi les mots ne sont pas toujours utiles pour entrer en communication.

Le décor m'a moins convaincue même si j'ai compris que le désordre est en quelque sorte la métaphore de l'encombrement des affects. En revanche les costumes de Annaig Le Cann sont librement et habilement inspirés de l'univers des contes.
10/10
35 0
« Vivre envers et contre tout ! » : Extraite du spectacle, cette formule en forme de devise est sans doute le symbole de la revanche d'Hugo, ce prisonnier du silence, qui s’est réfugié longtemps dans ses rêves pour ne pas vivre ceux que le monde lui imposait. Hugo était un jeune enfant autiste qui finit par trouver sa place parmi les autres, après de longues luttes, grâce au soutien acharné de sa mère et à son propre combat.

Devenu adulte, il choisit l’écriture puis le théâtre pour raconter son histoire, comme pour y accomplir sa propre catharsis sublimée et rédemptrice. Il nous confie avec chaleur et conviction les bribes importantes de sa vie d'autiste comme une recréation magnifique. Il rejoue ses souffrances, ses désespoirs et ses humiliations. Il nous montre sa puissante détermination. Il nous aide à comprendre les torrents d’impossibles et les brouillards de doutes qui ont parsemé son parcours. Il nous fait partager l’amour profond entre sa mère et lui, qui nous apparait comme une motivation majeure du chemin vers cette bouleversante quête de réussite.

La mise en scène de Vincent Poirier apporte une théâtralité simple et particulièrement adroite pour permettre à la fois la mise en abyme du récit et l'installation d'une distance avec le public pour ne pas sombrer dans une sorte de compassion vaine aux allures de pathos.

Deux comédiens nous racontent cette histoire. Hugo Horiot lui-même et Clémence Colin, comédienne sourde qui exprime son jeu tout en finesse, utilisant par ailleurs la langue des signes. L’altération de la parole dans le jeu entre les deux personnages renforce la puissance des messages et des émotions. Rien ne peut plus empêcher la communication. Ils semblent jouer tous les deux à s’interpréter l’un l’autre. Nous ne savons pas quand ils se parlent et quand ils traversent ensemble le mur du silence.

Le choix de la présence de la comédienne utilisant la langue française des signes rend un singulier et original hommage à la communication entre les êtres quels que soient leurs différences, leurs handicaps ou leurs difficultés. Nous avons là une attention significative du metteur en scène, à saluer.

Les émotions nous chavirent et confluent jusqu’à la fin du spectacle. Colères sourdes et impuissantes face aux indécents obstacles pour permettre à un enfant de vivre parmi les autres malgré sa différence ; doutes rongeurs devant ces voies semées d’embuche empêchant de toucher le possible et enfin, espérances fragiles lorsque arrivent les premiers signes annonciateurs de réussite.

Un spectacle impressionnant par son texte et par ses jeux, terriblement beau dans l’illustration, à l'esthétique violente, de ce combat digne et incroyable. Nous avons là un incontournable et bouleversant témoignage à partager le plus possible. Pour la lutte incessante et nécessaire contre l’intolérance des différences, contre l'exclusion sous toutes ses formes et pour contribuer à l’apprentissage et au respect du vivre-ensemble. Un spectacle émouvant et captivant à ne surtout pas manquer.
17 nov. 2016
10/10
111 0
L'empereur, c'est lui !
Lui, c'est Hugo Horiot, qui a adapté son livre éponyme, dans lequel il raconte.

Il se raconte.

Hugo est autiste.
Sur scène, il nous présente ses années de jeunesse, de l'âge de quatre ans jusqu'au collège.

Il fait plus que se raconter, il se livre.

Il est bouleversant. Purement et simplement bouleversant.

Il aborde sans tabous les difficultés auxquelles il a été confronté.
L'exclusion, le regard des autres, les préjugés, les brimades, les violences morales et physiques.
Etre autiste ça peut faire mal, ça peut vous blesser moralement et physiquement.

Hugo, depuis qu'il est tout petit, a sa propre logique.
C'est finalement cette logique là qui est le moteur dramaturgique de la pièce.

Il nous fait comprendre sa différence, son besoin qu'il avait de tourner en permanence des roues, sa fascination pour les tuyaux en tous genres.

C'est Vincent Poirier qui met en scène Hugo.
Il a été son professeur d'art dramatique.
Ces deux-là se connaissent donc très bien.

La coopération artistique et la complicité sont donc totales. De sa voix grave, posée, le comédien nous expose ce qu'il a à dire, de son corps, il nous montre ce qu'il a à faire, avec des scènes parfois difficiles, des cris, des mouvements et des poses autistiques.

Ici tout est vrai. Ici, tout est joué vrai. Et pour cause.

Mais le metteur en scène a eu une idée formidable : sur scène, Hugo Horiot n'est pas seul.
A ses, côtés, Clémence Colin, sourde et muette, traduit le spectacle en langue des signes.

Mais le rôle de la jeune femme ne s'arrête pas là.
Clémence joue elle aussi la comédie, interprétant tous les rôles féminins : la maman, l'éducatrice du jardin d'enfant, la prof, l'infirmière...) .
Elle nous propose une véritable et magnifique chorégraphie, faite de mouvements plus gracieux les uns que les autres.
Sa présence permet au comédien de redescendre un peu, de lâcher prise parfois, ce qui confère à la pièce des moments de respiration.

Tous les deux livrent une touchante mais réaliste vision, sans concessions, du monde de l'autisme.
Nous sommes vraiment plongés dans le fonctionnement mental de ce petit garçon.
Dans ses rapports aux autres et à la réalité.

Et ce qui est troublant, c'est que nous comprenons vite que c'est peut-être nous qui sommes différents. Pas lui.

Pour au final, se dire, se répéter que ces différences ne sont en aucune façon importantes.
Ce qui compte, c'est le respect mutuel.
L'essentiel, c'est le vivre ensemble.

Voici donc un spectacle dont on ne sort pas indifférent.
C'est une pièce-témoignage, au plus près d'une expérience vécue, qui remet les pendules à l'heure.
C'est aussi un profond message d'amour envers une mère qui s'est défoncée (le terme est encore trop insignifiant) pour élever Hugo.
Pour l'aider à devenir l'homme qu'il est maintenant.

C'est donc également un vrai message d'espoir.

Un choc théâtral.
Le délai entre le moment où le noir final se fait et les applaudissements nourris est là pour le prouver.
Le public a besoin de rester plonger dans l'univers d'Hugo Horiot, de ne pas revenir tout de suite.

Je me répète, l'empereur, c'est vraiment lui.

Bouleversant, vous dis-je !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor