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Légende d'une vie

Légende d'une vie
De Stefan Zweig
Mis en scène par Caroline Rainette, Lennie Coindeaux
Avec Caroline Rainette
  • Caroline Rainette
  • Lennie Coindeaux
  • Lucernaire
  • 53, rue Notre-Dame-des-Champs
  • 75006 Paris
  • Notre-Dame-des-Champs (l.12)
Itinéraire
Billets de 16,00 à 35,00
Evénement plus programmé pour le moment
Réservation de tickets

Un fils écrasé par la mémoire d’un père adulée de tous.

Une employée rongée par le poids des mensonges. Dans l’une de ses rares pièces, quasi inédite, Zweig nous plonge au plus profond de la nature humaine, de ses tourments, de ses secrets. En cette fin de journée, l'effervescence règne dans la maison des Franck pour la présentation publique de la première œuvre poétique de Friedrich, fils du célèbre poète Karl Amadeus Franck, véritable légende portée aux nues par son épouse et sa biographe Clarissa von Wengen.

Écrasé sous le poids de cette figure paternelle, par cette gloire qui le réduit à néant, terrifié par le regard sans pitié des bourgeois et intellectuels de la haute société, Friedrich ne supporte plus de devoir suivre les traces de ce père vénéré de tous. C'est alors que la vérité sur son père lui est enfin dévoilée : Karl Franck n'a jamais été ce grand homme que le monde connaît. La partie obscure et basse de son être a volontairement été cachée, et Clarissa manipulée pour y parvenir.

Le lourd passé de l'écrivain refait surface, anéantissant les non-dits et rétablissant la lumière sur les souvenirs épars d'un fils qui ne demande qu'à aimer à nouveau un père tout simplement humain.

 

Note rapide
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Toutes les critiques
12 nov. 2018
6,5/10
2 0
Stephan Zweig est un auteur très souvent monté au théâtre. Je ne connaissais pas cette Légende d'une vie, que je vais voir à la rentrée dans un autre théâtre, dans une autre distribution. Comme quoi on n'est jamais seul à avoir une bonne idée.

Car cette pièce (traduite par Caroline Rainette qui a voulu en faire une version resserrée) est très subtile et mérite qu'on en suive avec attention les ressorts psychologiques.

Le décor est simple autour d'un bureau de fortune, installé sur des tréteaux à cour, presque sous le portrait de celui qui est inoubliable, ce père si écrasant dont le fils ne parvient pas à se libérer, du moins pour le moment.

Il est installé devant un voile blanc qui plus tard sera l'écran où les images du passé seront projetées pour éclairer le présent.

Le téléphone sonne que personne ne vienne décrocher. Des pas résonnent dans un escalier. On perçoit une musique que troublent à peine des petits bruits de marteau étouffés. Manifestement la maison est en pleine effervescence

Effectivement on s'apprête à y "donner" une soirée. Donner façon de parler puisque des billets ont été vendus pour l'occasion.

Friedrich (Lennie Coindeaux) entre en scène, agité par une anxiété que l'exercice d'un bilboquet ne calmera pas. Clarissa (Caroline Rainette) masque son énervement par un activisme forcené mais on devine que ni l'un ni l'autre n'est à l'aise face à ce micmac, ce tourbillon de gens qui s'apprête à envahir la maisonnée.

Un évènement mondain est programmé. Alors qu'autrefois on venait écouter son père avec foi on se précipite maintenant avec curiosité pour entendre le fils et surtout vérifier qu'il a le même talent.

Un journaliste (joué off par Patrick Poivre d'Arvor) implore quelques notes colorées pour les quatre chroniques qui lui ont été commandées.

Frédéric n'avait que treize ans à la mort de son père. Il écrit lui aussi des poèmes mais s'inquiète de passer pour un pâle imitateur de son père. Il ne parvient pas à s'habituer à être un personnage public. Le poids de la mémoire de l'illustre paternel est écrasant.

Le comédien incarne complètement ce jeune adulte étouffé par la notoriété de son père dont on lui casse les oreilles en prononçant son nom à tout bout de champ. Il est touchant dans son désarroi, s'estimant le modèle réduit d'un génie, allant jusqu'à parler de lui comme d'un déchet.

La jeune femme tente de compatir mais ne peut masquer son agacement. C'est inévitable, être fils de est un poids. Elle essaie de le persuader de passer outre, de ne pas prendre la soirée "trop au sérieux", mais lui n'en démord pas, persuadé que les adorateurs d'héritiers guettent sa chute.

L'écriture de Zweig exprime combien être fils de n'autorise pas le droit à l'essai et impose la réussite, voire même de surpasser le modèle. Et ce n'est pas qu'une question de volonté. Ce n'est pas je ne veux pas mais je ne peux pas.

Le fils vibre, la jeune femme demeure de marbre. Alors il se confie davantage, lui révélant qu'il est amoureux d'une femme qui, hélas, n'est pas du même milieu social, ce qui va ébranler la biographe.

Nous apprendrons qu'elle a manipulé la vérité sur ordre de l'épouse. Le grand homme avait une faille. Elle nous est révélée par le biais d'une lettre dont on prend connaissance par une vidéo en noir et blanc sur le voile de fond de scène. L'effet est très réussi et apporte de la densité au récit, comme le ferait un témoignage authentique.

Le fils pourra-t-il après ces confidences redevenir l'enfant d'un homme et non d'une légende ? Celle-ci devra-t-elle s'éteindre ou pourra-t-elle subsister en filigrane ?

Voici quelques questions soulevées par ce spectacle, entre confidence et confession, mis en scène tout en finesse par les deux comédiens et qui se clôture par un hymne aux sentiments : Ce que nous savons des uns des autres ce n'est jamais que par l'amour.
Alors ?
La pièce propose une adaptation de la pièce « Légende d’une vie » de Stephan Zweig avec seulement deux personnages. Le fils, vivant avec un « bloc de marbre d’une gloire étrangère » et rêvant d’avoir "les épaules légères", livre une complainte redondante. Dur dur d'être le fils d'un défunt poète ! Dur dur d'être... Caroline Rainette, également adaptatrice et traductrice de la pièce, relève qu'"il [lui] est apparu que certaines longueurs pouvaient en entraver la puissance dramatique". Si l'intention est très bonne, l'action resserrée autour du fils étire malheureusement le pathos de celui-ci. Il sait qu’il ne sera jamais à la hauteur de son père et le martèle à s'en casser les dents. D'autant plus que, après ses ruminations, quelques répétitions malheureuses irritent : « ce n’était qu’une mascarade ! » ou encore « je lui ressemble donc à mon père dans sa petitesse et non dans sa grandeur ! ».

Cela ne fait qu'ajouter de la lourdeur à une pièce qui ne décolle pas. Le comédien est pourtant agréable à écouter mais son jeu reste constant et sans évolution. La comédienne livre une prestation très sage et surprenante : lorsque le plan machiavélique pointe son nez, Clarissa est saoule et se bidonne. Il n'y a point de sournoiserie, juste l'impression que c'était une blagounette. Pas très drôle. Certes. On passe d'un registre agaçant de fils-à-papa-ô-combien-malheureux-si-vous-le-saviez à un dénouement qui manque cruellement de mordant.

C'était bien la peine que le fils se tue à exposer son mal-être et ses états d'âme. Tout ça pour ça.
15 juin 2018
7/10
48 0
Sur scène, il n'y a plus six mais deux interlocuteurs. Les autres personnages sont évoqués au présent via une voix off. Ce choix d’un duo permet de créer une atmosphère intime qui renforce les confidences, l’écoute et la proximité auprès du public. 

Les metteurs en scène et comédiens, Caroline Rainette (Clarissa von Wengen) et Lennie Coindeaux (Friedrich Franck) rentrent dans la peau de leur personnage pour leur donner vie avec intensité, fougue et passion. On s'immerge avec eux dans ce monde bourgeois rempli de jugement et d’hypocrisie. Un temps où les mots prennent un nouveau sens car enfin, le jeune écrivain va pouvoir tuer le père pour vivre librement.

Le décor tout comme les costumes sont simples mais permettent de nous situer au coeur du 19ème siècle. Ces éléments entrent en résonance avec la projection d’extraits de films du début du siècle. L’éclairage va accompagner ce parcours vers la vérité. Le jeune homme va sortir de l’ombre, de sa peur pour enfin se diriger vers la lumière et la confiance. Des choix discrets toujours bien orientés pour guider le spectateur au plus proche de l’histoire et de la tension qui se fait ressentir.

La compagnie Etincelle ne manque pas d’idées pour briller sur scène. Les œuvres de Stefen Zweig ont encore de beaux jours devant elles.
2 juin 2018
9/10
49 0
Karl Amadeus Frank écrivain célèbre est adulé par sa femme, son fils et la société viennoise. Son fils Friedrich est écrivain. Il est écrasé par la glorieuse postérité de son père.
Comment peut-on s’épanouir, croire en soi et vivre l’héritage d’un père aussi admirable et exemplaire.
« J’ai pour père un monument… le poids d’un bloc de marbre »
« … juste parce que je suis le fils de quelqu'un ... juste parce que la gloire me colle à la peau… »
Mais la vérité, les non-dits vont surgir. Karl Amadeus est-il aussi parfait que sa biographe et sa femme le racontent ?
« Que sait le monde d'une personne ? Ce que nous savons les uns des autres, nous ne le savons que grâce à l'amour. »

Ces révélations permettront-elles à Friedrich de se libérer de l’image imposante du père et s’épanouir ?

L’adaptation de Caroline Rainette ne met en jeu que deux des personnages, Friedrich et Clarissa. Cela crée une intimité et une sobriété qui intensifie l’émotion et donne une grande place à ce texte magnifique.

Caroline Rainette et Lennie Coindeaux nous émeuvent et nous réjouissent en nous transportant dans l’univers de Zweig.
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31 mai 2018
8/10
76 0
Notre père qui êtes trop aux cieux, que votre nom soit démystifié !

Pas facile d'exister, lorsque vous êtes un jeune poète publiant son premier recueil, alors que votre père, récemment décédé, était une véritable institution littéraire, immense star dans son domaine.

Difficile d'exister par soi-même, difficile de se faire un prénom, difficile de se débarrasser de de l'écrasante figure paternelle. Une figure héroïque, géniale, sans défaut, sans tache, et encensée universellement.

Tel est le point de départ de cette pièce de jeunesse écrite par Stefan Zweig, écrite en 1919.
L'auteur va commencer à s'attacher à explorer les zones d'ombre de l'Humain, les dissimulations des choses, les mensonges, petits ou grands qui jalonnent les existences.

Il va également dans le cas présent disséquer une relation père-fils très complexe.
En effet, Friedriech, ce jeune poète débutant, va s'apercevoir que la statue du commandeur paternelle est en fait un colosse aux pieds d'argile.

Le père a « fauté », si tant est que ses agissements relèvent de la transgression de l'ordre moral en vigueur en ce début de XXème siècle, époque à laquelle se déroule l'action.
La faute a été dissimulée jusqu'au jour où Clarissa, la secrétaire-biographe du génie disparu décide de soulager sa conscience.

Friedriech va enfin comprendre que son père n'était pas ce que son entourage prétendait qu'il fût.
La figure du père sera complètement désacralisée et le fiston pourra enfin exister.

Carole Rainette a d'une part traduit la pièce et l'a surtout adaptée.
Ce genre de démarche peut s'avérer très risqué. En gros, ça passe ou ça casse.
Ici, le risque a complètement payé.

De six personnages, elle a réduit la distribution à deux, Friedriech et Clarissa, et a élagué avec une grande pertinence le texte, tout en lui conservant sa substantifique moëlle.
Avec un parti-pris très judicieux : rendre un personnage absent on ne peut plus omniprésent : l'épouse du génie, celle qui a orchestré sciemment la « pureté » et la « grandeur d'âme » de son écrivain de mari.

Melle Rainette, par ailleurs metteure en scène, joue le rôle de Clarissa, et Lennie Coindeaux interprète Friedrich.
Le comédien, notamment dans la première partie, est on ne peut plus convaincant en jeune homme complètement écrasé par l'image du pater familias.
On sent le découragement, la colère, l'étouffement, le poids trop lourd à porter.

Carole Rainette, quant à elle, aura une place plus importante dans le second « acte », la révélation de la vérité.
Elle aussi est très crédible, j'ai vraiment été pris par sa manière de nous dévoiler la part d'ombre, la « trahison » et la dissimulation originelles.

Ces deux-là forment un véritable duo de théâtre, équilibré, fonctionnant pleinement et faisant émerger très finement les ressorts psychologiques de leur personnage.

La mise en scène est efficace, sobre, avec utilisation d'un moment video destiné, je cite « à faire le lien avec le passé de l'intrigue ». Des extraits de vieux films et une voix off prennent le relais de la lecture d'une lettre.
Je dois avouer que ce n'est pas le moment qui m'a le plus passionné.

Je ne saurais passer sous silence la voix off de Patrick Poivre d'Arvor, voix d'un journaliste questionnant Friedriech.

Une nouvelle fois, l'ex-présentateur du JT de TF1 confirme que Comédien, même avec une seule voix off, c'est un métier. Comprenne qui veut, comprenne qui peut.

Il faut mentionner que la fin de la pièce est très positive, les personnages sortant tous les deux victorieux de cette confrontation avec des absents et le passé qui y est associé.

C'est donc un moment bien intéressant de théâtre qui nous est proposé, avec une vision à la fois claire et originale d'une pièce qui n'est pas si souvent montée que ça.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor