Le Petit Poucet

Le Petit Poucet
De Charles Perrault
Mis en scène par Laurent Gutmann
Avec Jade Collinet
  • Jade Collinet
  • David Gouhier
  • Jean-Luc Orofino
  • Théâtre Paris-Villette
  • 211, avenue Jean Jaurès
  • 75019 Paris
  • Porte de Pantin (l.5)
Itinéraire
Billets de 10,95 à 16,95
Evénement plus programmé pour le moment

Une réécriture décalée et impertinente du Petit Poucet, entre rires et frissons.

Les petits cailloux blancs, l'ogre, les couronnes, les bonnets, les bottes de sept lieux... et un Petit Poucet fils unique, éternel enfant qui ne veut pas vieillir, dont les parents rêvent surtout de jouer au basket ! Mais l'argent manque et le couple va devoir faire un choix. Ils tenteront alors de se persuader que le mieux pour le bien de l'enfant, c'est de l'abandonner dans la forêt !

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L'avis de Louise Pierga : Je vous vois venir. Vous n’osez pas le dire mais vous vous demandez… Dans le fond qu’est-ce qui a bien pu me pousser à me retrouver dans le public d’une pièce pour enfant un samedi après midi ? Moi qui ne connait aucun enfant dans mon entourage, et qui  d’ailleurs m’en passe joyeusement. Autant coller tatie Danielle devant une kermesse.

Eh bien c’est l’occasion pour moi de vous apprendre que les pièces pour enfants sont aussi intéressantes que celles pour adultes. Que peut-on attendre d’une pièce pour enfant ? Faire en sorte que Eglantine et Marc-Édouard (oui bon, malheureusement ce ne sont pas des enfants de ZEP qui se rendent au théâtre public…) soient calmés pour la journée, parce que bon le parc c’est sympa mais en hiver on y perd gout.

Trop souvent les pièces pour enfant se perdent dans une hystérie de jeu, avec des voies aiguës, une façon de jouer fausse parce que bien sûr les enfants, faut pas leur parler normalement, faut prendre une voix douce et idiote pour flatter leur naïveté infantile. Grave erreur. Ils sortent de ce type de représentations plus excités que jamais, comme après avoir mangé un Big mac devant Ronald.  L’enjeu majeur d’une pièce jeune public c’est justement de ne pas prendre son public pour des enfants. Car ils en comprennent des choses les gosses (enfin je crois, il parait quoi, mais si enfin.).

Mais recentrons-nous sur le spectacle qui anime ce bouquet de questionnements : Le petit poucet. Adapté par Laurent Gutman au théâtre Paris-Villette, ce spectacle d’une heure se libère des chaines du conte de Perrault pour en faire un spectacle nettement plus noir, grinçant et drôle. Le petit poucet est désormais fils unique. Ses parents sont des fainéants qui aiment bien manger de la pizza, mais ça leur coute cher donc ils décident de « supprimer une bouche à nourrir », et sans leur fils muet ils pourront manger plus de pizza et pourront jouer au basket autant qu’ils le souhaitent. Le petit poucet n’est pas ici un enfant, encore moins un adulte qui joue l’enfant, non, il est interprété par un nain. Et c’est en partie là que réside le génie de la pièce : on ne triche pas, et le nanisme du comédien est tout aussi représentatif de l’apparence chétive du petit poucet dans le conte ce qui le sauvera enfin car pour reprendre les derniers mots de Charles Perrault :

On le méprise, on le raille, on le pille ;
Quelquefois cependant c'est ce petit marmot  
Qui fera le bonheur de toute la famille

Les parents ont une façon de jouer très second degré sur un rythme assez lent qui dénote leur bêtise latente et l’inconscience de leur cruauté. Face à eux le petit poucet, en costar à lunettes est sur un rythme plus fluide à l’image de son intelligence. Cette confrontation installe une atmosphère décalée pleine d’humour noir, chose peu commode dans un spectacle jeune public. Et justement cette approche fonctionne, les enfants sont amusés,  mais surtout impressionnés, d’une part parce qu’ils sont surpris de voir un nain sur scène, mais acceptent très vite cette proposition. Une manière aussi de leur faire appréhender l’existence d’autres personnes au physique différent du leur.
Je reste en revanche toujours circonspecte sur ce que raconte le conte de Perrault… Un enfant  abandonné par ses parents pauvres, qui échappe aux loups et à l’ogre en le laissant égorger sa fille (ses sept filles dans le conte original) puis par une entourloupe bien futée vole la fortune de l’ogre et revient heureux vers ses parents pour les enrichir de sa trouvaille.

Y a-t-il une morale à retenir ? Peut-être mon erreur vient de ma vaine tentative à chercher une morale dans un conte qui n’en a justement pas. Et son adaptation libre tend plus à pointer du doigt l’irresponsabilité de certains parents plus attachés à leur confort personnel qu’à l’éducation de leur enfant ce dernier ne trouvant refuge que dans l’enrichissement rapide et illicite. Plaisir cathartique donc à observer ce conte qui multiplie les interprétations.

Un grand bravo à ce spectacle qui je l’espère se re-jouera prochainement. J’ai même envie de m’acoquiner avec des enfants inconnus pour justifier ma prochaine place parmi les spectateurs du petit poucet.

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Texte
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