• Classique
  • Théâtre de la Tempête
  • Paris 12ème

Le menteur

Le menteur
De Pierre Corneille
Mis en scène par Julia Vidit
  • Théâtre de la Tempête
  • Route du Champ-de-Manœuvre
  • 75012 Paris
  • Château de vincennes (l.1)
Itinéraire
Billets de 13,00 à 30,00
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Épris d'aventures amoureuses, le jeune et séduisant Dorante, imagine, "rêve en parlant" et s'invente des exploits.

Dorante a du talent, Dorante est un artiste, un joueur. 

Mais le menteur s'expose au leurre et il est loin d'imaginer que la belle Clarice qu'il veut subjuguer – et qu'il croit s'appeler Lucrèce – lui tend un piège en faisant passer son amie pour elle-même ! 

Identités en fuite, versatilité des sentiments : dans la comédie baroque le monde n'est qu'un jeu, ou plutôt un théâtre.

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15 févr. 2018
8/10
9 0
Un bien sympathique menteur revisité par Guillaume Cayet et Julia Vidit que voilà ! Oui le texte est un peu actualisé mais respecte l'histoire d'origine.

Une version dynamique pour l'histoire de ce jeune provincial Dorante qui ne veut pas passer pour un provincial justement.. Le voilà qui s'invente un retour de la guerre et croise deux charmantes jeunes femmes qui à leur tour vont rentrer dans le jeu du mensonge pour savoir qui est Dorante. Attention au tel est pris qui croyait prendre !!!

La comédie de Corneille est finement jouée et demeure très actuelle. J'ai bien aimé le fond de miroirs amovibles qui permettent aux comédiens de se refléter à l'infini et qui aussi deviennent transparents pour dévoiler des supercheries. Il n'y a pas d'autres décors mais comme on se sert astucieusement des miroirs, ce n'est pas gênant. Les costumes modernes pop flashy m'ont beaucoup plu.

Les comédiens tiennent une belle forme car le rythme est soutenu et Barthélémy Meridjen qui incarne un Dorante sautillant, mène la danse avec brio !!

La pièce a vraiment des résonnances avec notre époque, ça lui donne un charme supplémentaire.
21 janv. 2018
9/10
19 0
Le menteur revisité par Guillaume Cayet et Julia Vidit.
Un jeune étudiant provincial arrive à Paris et va s’improviser des personnages et des vies pour séduire et épouser la femme qu’il aime mais le mensonge amène à d’autres mensonges et nous allons assister à une envolée de situations et d’inventions de sa part plus rocambolesques les unes que les autres. Comment va-t-il s’en sortir?


Quel plaisir ce Dorante en basket plein d’énergie, d’exubérance, d’insouciance, d’insolence, d’extravagance et de charme.
Il nous amuse, nous séduit et nous tient en haleine.
Le mensonge est un grand art...
Son valet nous enchante avec ses pantomimes, ébahit par l’imagination et l’inspiration de son maitre.

Les costumes sont surprenants, inattendus. Tous les comédiens sont en basket mais corsetés. Les femmes sont vêtues de tee-shirts avec des robes en voiles colorées comme des déguisements de petites filles et hommes en jogging avec des redingotes. Notre jeunesse vient rendre visite à Corneille.

Les différentes scènes sont entrecoupées un temps de musique baroque et solennelle qui nous émeut puis de musique électro sur laquelle les comédiens dansent, c'est très vivant et entraînant.
Le texte actualisé, donne plus d’importance à la place de la femme dans notre société et à ses revendications tout en respectant la trame et le rythme du texte de Corneille de 1643.

Le décor est composé de panneaux de miroir amovibles, les comédiens se contemplent et s’admirent.
Cela nous questionne : l’image renvoyée, peut être parfois dérangeante et décevante. Un peu d’ornement et de fantaisie sont parfois utiles ?


Les comédiens Aurore Déon Lucrèce, Nathalie Kousnetzoff Isabelle, Adil Laboudi Alcippe, Barthélémy Meridjen Dorante, Lisa Pajon Cliton, Jacques Pieiller Géronte, Karine Pédurand Clarice, Joris Avodo Philiste nous transportent dans cette comédie avec enthousiasme et dynamisme.
9/10
16 0
Un joyeux et brillant spectacle que cette comédie de Corneille, dont l’adaptation truffée de références contemporaines nous cingle de ses propos, éblouit de sa superbe et se moque avec une adresse efficace des abus liberticides du pouvoir, prescriptions parentales et usages sexistes surtout, qui résonnent parfaitement encore aujourd’hui.

Corneille crée cette pièce en 1644, il signe alors sa dernière comédie baroque. L’argument sur le mensonge, les duperies fourbes et les mariages forcés sera légion ensuite dans l’histoire du théâtre baroque et classique, comme chez Molière ou Marivaux.

Dorante arrive de Poitiers, ses études terminées. Tout feu, tout flamme, il veut conquérir Paris. Ne sachant trop comment être, il choisit de paraitre. Ne sachant non plus trop comment s’y prendre, il choisit de prendre au mot son plaisir et ment comme il désire.

Il rencontre aux Tuileries deux jeunes dames. Le déclic ? Le hasard ? Il s’éprend de l’une d’elles, comme on aime ou comme on drague, on ne sait pas encore.

C’est le point de départ d’un imbroglio digne d’une comédie de théâtre ! Dorante, tout en éclats de roueries dans ses apparats et dans ses propos, va mentir de plaisir, sans cesse, s’empêtrant parfois, se rétablissant toujours. Tant pis s’il blesse, s’il déçoit, s’il émeut, ses envies sont besoins et ses besoins, nécessités.

La vérité se joue de la réalité. La fougue aveugle de la jeunesse dorée et l’égo capricieux s’imposent à la loi. La passion d’aimer ou de s’aimer, on ne sait pas, fait exploser les interdits.

L’adaptation et la mise en scène donnent une fraicheur captivante à la pièce, servant le texte avec acuité et espièglerie. Une magnifique scénographie faite de plateaux de miroirs mobiles joue des lumières et des apparences, des regards et des postures, relevant le répliques et les situations, montrant également le public comme si nous nous exposions, nous aussi, au jeu de miroir inversé, à celui du vu et du supposé, du vrai et du faux.

Les nombreuses pointes modernes ne passent pas inaperçues, à l’image de du choix de la distribution à la diversité revendiquée. C’est intelligent et admirable et renforce l’expression édifiante de l’universalité du propos théâtral.

La pièce nous parle, nous saisit, nous fait rire et interroge avec truculence et dérision les méandres de la sincérité. Mentir serait ainsi un signe d’appartenance sociale ? Une élégance de bon aloi ? Un tour qu’il faudrait savoir ? Corneille nous désigne sans ambages une morale des plus signifiantes de dénonciation dans la dernière strophe de la pièce, donnée par le valet Cliton :

« Comme en sa propre fourbe un menteur s'embarrasse !
Peu sauraient comme lui s'en tirer avec grâce.
Vous autres qui doutiez s'il en pourrait sortir,
Par un si rare exemple apprenez à mentir »

Un spectacle détonant à plus d’un égard. Drôle et agréable tant il est beau et très bien joué. Incontournable.
7 déc. 2017
9/10
12 0
On pourrait presque dire que le mensonge -où son pendant la vérité- est une vraie passion pour Julia Vidit. Ce n’est pas un hasard si elle a appelé sa compagnie Java vérité.

Tout est mensonge au théâtre et pourtant les acteurs sont de vraies personnes et leur performance est un vrai travail. Ajoutez à cela qu'elle a déjà interprété (en 2007, dans le Cid mis en scène par Alain Ollivier) et il vous paraîtra tout à fait logique que la jeune femme se soit attelé au Menteur.

Traitant du mensonge et du libertinage de mœurs, la pièce contient quelques passages parodiant Le Cid. Ces moments sont quasiment fredonnés par le public qui connait par coeur : O rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie etc ... Elle a été créée, dans cette nouvelle version le 3 octobre 2017 au CDN/La Manufacture de Nancy. c'est au Théâtre Firmin Gémier /La Piscine que je suis allée la voir.

Julia Vidit a trituré la pièce qui a été condensée, interprétée, modernisée, bref adaptée à notre époque, avec l'aide de Guillaume Cayet. Et cela se remarque partout. La place des femmes a été renforcée. Avec Julia il a travaillé à la chair du texte, élaguant quelquefois, reformulant tantôt mais sans anachronisme. Lorsque des vers nécessitaient une réécriture celle-ci obéissait à la convention baroque.

Thibaut Fack a cherché lui aussi à respecter l'esprit baroque tout en suggérant la folie de la multiplicité. Il s’est inspiré du rectangle de l’écran du portable pour imaginer un décor surprenant (belle prouesse de construction par l'Atelier de la Manufacture-CDN de Nancy), composant une façade de 12 fois 3 miroirs dans laquelle le public se reflète, le plaçant symboliquement sur scène .... et face à lui même. On pense aussi aux miroirs déformants des fêtes foraines, quand on est perdu dans un labyrinthe où notre image se reflète à l’infini. Les panneaux sont régulièrement déplacés, comme on battrait un jeu de cartes pour donner une nouvelle chance au destin. Il peuvent devenir cage d’oiseau ou composer un balcon. C'est très inventif et totalement au service de la dramaturgie.

On annonce que la scène se passe aux Tuileries, qui serait, nous dit Cliton, le plus beau pays du monde. L'homme aux allures de Pierrot en noir et blanc est le pendant masculin d'Isabelle qui apparaitra plus tard dans les mêmes tonalités. Cela tranche avec les vêtements multicolores des jeunes gens, rares sur une scène de théâtre, moins dans le registre du cirque ou du burlesque.

Car il y a beaucoup de symbolique aussi dans les costumes de Valérie Ranchoux. Les deux valets sont en noir et blanc, le sol est un tapis rouge, les dames ... portent des costumes aux couleurs clinquantes de la mode actuelle avec des jupons pailletés de princesse mais dont les coupes font penser au bustier qu’on portait au XVI siècle.

Le texte a été lui aussi revu et aménagé pour que nous puissions entendre en deux heures l’essentiel de ce qu’il y a à retenir. Autant dire que l’ennui n’est pas de mise. Bien sûr Julia est trop respectueuse de la langue de Corneille pour en voir perverti les caractéristiques. Les rimes et la perfection des alexandrins sont respectés.

Corneille a écrit le menteur en 1644 alors que la musique baroque était jouée depuis déjà une quarantaine d’années. Elle avait marqué une rupture très forte avec ce qui précédait. Comme pour nous l’électronique acoustique qui remonte à quatre décennies et à laquelle nous ne sommes pas tous encore habitués. On entend dès le début un air qui évoque cette époque baroque, et pour cause puisque c’est la Symphonie en ré m Op.21 n°2 de H-J.Rigel (Allegro maestoso) qui a servi de point de départ à Bernard Valléry et Martin Poncet pour composer la musique du spectacle qui prend souvent des accents pop rock

Des bruits de vaisselle brisée résonnent régulièrement depuis les coulisses. On casse du verre, des piles d’assiettes, ou autres objets fragiles ... comme la vérité. C’est que sur scène il n’y a pas qu’un menteur. Et chacun a une bonne raison de le faire. À commencer par chercher paradoxalement la vérité en changeant d’identité pour sonder le cœur de l’être dont on veut mettre les sentiments à l’épreuve. Marivaux excellera dans ce registre.

Dorante revient à Paris, fraîchement débarqué de Poitiers en compagnie de son valet Cliton. Paris, ce pays du beau monde et des galanteries, semble lui offrir ses charmes et ses attraits. Dorante le sait bien et c’est en galant qu’il se présentera pour courtiser Clarice. Très vite on sait qu’il est un menteur, un imposteur, un mytho dirait-on aujourd’hui. Dorante prend sa belle pour sa cousine Lucrèce. Le quiproquo ne s’arrêtera pas là, les cavalcades mensongères non plus.

Car quand Géronte - son père - le presse d’épouser une Clarice - qu’il croit ne pas connaître - rien ne va plus, et l’arrivée de son amant ne fera qu’amplifier l’imbroglio. D’autant plus que, de son côté, Clarice a l’idée de demander à Lucrèce, sa cousine, de prendre rendez-vous avec Dorante afin de pouvoir l’observer et de lui parler en empruntant son nom! Pour échapper au dévoilement de sa maigre condition, Dorante se dira chevalier ; pour échapper aux ordres de son père, il se dira déjà marié à Poitiers. Tantôt il usera de lyrisme pour charmer ses compagnons, tantôt il jouera au héros dans un duel fictif pour épater la galerie. C’est toujours la parole qui lui sert d’appui pour mentir. Et c’est aussi sa parole qui le sauvera.

Le spectateur a tendance à pardonner un mensonge quand l'écart part d'une bonne intention. Mais Dorante (Barthélémy Meridjen) ment pour un tout autre motif. Il manque de confiance et raconte des bobards dans le but de se faire aimer. Et ça marche ! Pourquoi alors cesserait il ? Ce comportement ne vous fait-il pas penser aux messages que tout un chacun poste sur Facebook pour témoigner d’une vie socialement riche ? Ou encore aux photos qui inondent Instagram ... après avoir été retouchées, recadrées et embellies.

À la toute fin les miroirs tomberont comme des masques dont on se débarrasse et le décor se refermera comme un piège sur le principal Menteur. Le public s'entendra dire Et vous même admirez votre duplicité !

Mentir c’est pouvoir. Telle est la conclusion, on n’ose dire "la morale" de l’histoire. Cette comédie humaine fait en tout cas beaucoup rire la salle.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor