Le malade imaginaire (Déjazet)

Le malade imaginaire (Déjazet)
De Molière
Mis en scène par Michel Didym
Avec André Marcon
  • André Marcon
  • Norah Krief
  • Michel Didym
  • Théâtre Déjazet
  • 41, boulevard du Temple
  • 75003 Paris
  • République (l.3, l.5, l.8, l.9, l.11)
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Argan, ce fameux malade imaginaire, se croit malade et n’accepte de vivre qu’en étant constamment entouré de médecins.

Dernière comédie écrite par Molière, la pièce se propose d’être une remarquable satire de la mort, de l’hypocondrie et du corps médical.

Le célèbre dramaturge tire un portrait critique de la société de son temps tout en ridiculisant les travers de la faiblesse humaine. Un classique dont on ne se lasse pas.

 

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8 nov. 2017
10/10
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Voici un grand Malade imaginaire.
Un très grand Malade imaginaire !

Michel Didym, Directeur du Centre Dramatique National de la Manufacture de Nancy aborde pour la première fois l'oeuvre de Molière.

Lui qu'on connaît surtout et qu'on aime pour ses mises-en-scène contemporaines (j'ai écrit récemment ici-même tout le bien que je pensais de son travail sur « Comparution immédiate » de Dominique Simonnot au Rond-Point), le voici donc qui s'attaque à M. Poquelin.

Avec un parti-pris affirmé, à savoir axer la mise-en-scène sur les notions de corps et d'argent, deux thèmes d'une confondante modernité, il n'est pour s'en convaincre que d'allumer n'importe laquelle des chaînes d'info continue.

Le corps malade, certes, mais surtout le corps vivant, le corps qui bouge !
Ici, par moment, nous sommes dans le burlesque, dans le slapstick, les démarches sont parfois outrées, les corps s'étreignent, s'attirent, se repoussent, on se touche, on s'embrasse.

C'est une version très physique, très vivante, nous ne sommes pas dans un intellectualisme pédant et ennuyeux.
Le Thomas Diafoirus de Bruno Ricci est à cet égard emblématique. Le comédien est irrésistible dans sa façon de se mouvoir, (je n'en dirai évidemment pas plus...), sans oublier sa manière de parler, de grimacer. Le corps, toujours ce corps, premier instrument du comédien !

Paradoxalement, c'est Argan le plus « sage » de tous.
Alors que dans certaines mises-en-scène, on en fait une sorte de clown triste, le merveilleux (je pèse cet épithète) le merveilleux André Marcon est ici une sorte de nounours bonhomme, affable (entendre ses « Mamour !.... est un pur bonheur!), il est très humain, très logique envers les siens.

Nous rions beaucoup, certes, mais j'ai été très sensible à cette tendresse que le comédien dégage de son personnage.
Ce drôle de malade, c'est un homme voilà tout. Un homme avare, certes, mais un homme qui a peur de la mort, assurément.
Peut-on comprendre le personnage si l'on n'intègre pas cette dimension-là ?

Le reste de la distribution est époustouflant.
C'est bien simple, Norah Krief était ce soir-là une Toinette idéale.

Rouée, maligne, conspiratrice, mais également mauvaise conscience de son maître, tel le cricket de Pinocchio, la comédienne est admirable de drôlerie, de force comique, de rigueur et de précision. Ses regards sont étonnants.

Regardez Norah Krief lorsqu'elle ne parle pas, c'est une leçon de théâtre !

Le couple des petits jeunes est on ne peut plus crédible.

Jeanne Lepers et Barthélémy Meridjen sont eux aussi impressionnants, ne s'en laissant pas compter par les « anciens ». Ils jouent parfois « forcé » que c'en est jubilatoire.
Quelle fraîcheur, quels caractères, quelle force. Un régal !

Michel Didym a respecté la mention « comédie-ballet » de la pièce.
IL a fait appel à Philippe Thibault, un musicien contemporain et au chorégraphe Jean-Charles Di Zazzo pour régler les intermèdes musicaux si importants.
Ici, lorsque l'on parle des Egyptiennes, on les voit, ces Egyptiennes-là.
Bon d'accord, un peu décalé elles-aussi, surtout l'une, mais elle sont là, vous dis-je.

Et puis, il y a ma scène préférée. La huitième de l'acte deux.
Louison et son papa.
Une scène d'une humanité et d'une tendresse infinies, une scène où en à peine cinquante répliques, Molière montre également la duperie du monde, et où il aborde et clôt peut-être son travail sur le dit et le non-dit, ce qui est tu, ce qui est caché.
Ici, aussi, la volonté. de l'auteur sera respectée, puisqu'en alternance, jouent six fillettes, et déjà actrices confirmées.
Michel Didym fait asseoir Louison dans le fauteuil de son papa, le meuble le plus célèbre du théâtre mondial.
C'est très émouvant.
Moi, j'y ai vu plein de choses...

On l'aura compris, Didym a parfaitement négocié son entrée dans le théâtre classique.
Il a eu la bonne idée de considérer cette pièce classique comme une comédie contemporaine.
Il ne faut jamais oublier qu'une pièce classique a été un jour une pièce contemporaine !

Je suis sorti du Déjazet ravi, enchanté par cette lecture très intelligente de ce chef-d'oeuvre, duquel il est si facile de passer à côté.

Oui, Molière a toujours et aura toujours (je préfère l'adverbe « toujours » à « encore ») à nous dire, quelque chose à nous apprendre sur le monde qui nous entoure, et surtout quelque chose à nous apprendre sur nous-même.
Ce fut mon cas, hier soir.
Un très grand Malade imaginaire, vous dis-je !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor