• Classique
  • Théâtre de l'Aquarium
  • Paris 12ème

Le jeu de l'amour et du hasard (Lambert)

Le jeu de l'amour et du hasard (Lambert)
  • Théâtre de l'Aquarium
  • route du Champ-de-Manœuvre
  • 75012 Paris
  • Château de Vincennes (l.1) puis bus 112
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Il y a du progrès !

Mr Orgon a choisi un bon parti pour sa fille, mais lui permet de le refuser, si le cœur n’y est pas. Pour étudier à loisir son futur, Silvia échange son « costume » avec celui de sa servante... ignorant que Dorante a fait de même avec son valet. 

Chacun croit donc mener la danse et… se retrouve raide dingue de celui ou celle qui lui est socialement interdit.e ! Tandis que les domestiques rêvent d’ascension sociale, ceux « de la haute » s’épouvantent d’une mésalliance annoncée… Ouf, tout rentrera dans l’ordre, car si l’amour a ses raisons, elles ne dérogent pas aux rapports de classes !…

Benoît Lambert aime à disséquer sur scène notre société et ses représentations : en confiant les rôles principaux à quatre jeunes acteurs, il fait entendre avec jubilation la langue si incisive du génial explorateur du cœur humain qu’est Marivaux.

Au fait, où en est aujourd’hui le « progrès », maintenant que nous vivons « libres, égaux et fraternels » ?

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6 oct. 2018
9/10
33 0
C'est à une expérience sociologique que nous sommes conviés dès lors que nous pénétrons dans la salle de l'Aquarium.
La scénographie ne laisse planer aucun doute là-dessus.

Côté cour, une sorte de cabinet de curiosités-laboratoire, regorgeant de tables couvertes d'un bric-à-brac hétéroclite et d'instruments de chimie.
Côté jardin (comme c'est logique...), un espace herbeux, avec des arbres, des animaux (empaillés...), en plan incliné.

Nous comprendrons vite que nous sommes devant une sorte de scène sur la scène, un espace d'expérimentation pour Monsieur Orgon et son fils qui manipulent quatre jeunes gens.

L'expérience est simple : pour le metteur en scène Benoît Lambert, il s'agira de vérifier que le mariage arrangé résistera à ce qu'il appelle dans sa note d'intention la « tentative de déclassement social ».

La vision de la pièce du par ailleurs directeur du CDN Dijon-Bourgogne est assez sombre.
C'est une approche politique et assez pessimiste.
Selon lui, pour Marivaux on n'échappe pas à sa classe sociale. Le déterminisme de base est plus fort que tout.

Benoît Lambert parle même à juste titre de conservatisme social, sous couvert d'une certaine forme de libéralisme : certes, le pater familias permet à sa fille Sylvia de ne pas épouser Dorante si ce dernier n'est pas à son goût, mais c'est en mettant à l'épreuve les quatre jeunes gens en sachant probablement qu'aucune « lutte des classes » ne viendra parasiter son expérience.

On comprend rapidement le désir du metteur en scène de relier ces postulats du XVIIIème siècle à notre société actuelle, dans laquelle l'ascenseur social est encore et plus que jamais en panne, laissant notamment ceux du rez-de-chaussée au... rez-de-chaussée !

La mise en scène est très énergique, très pêchue.
Sur le plateau, on court, on tombe, on se couche, on se poursuit. Ca bouge, ça pulse.
Pour autant, les scènes intimistes, malgré le vaste espace de jeu, ces scènes-là dégagent toute l'émotion voulue par Marivaux.

C'est à la suite d'un dispositif d'insertion professionnelle que Benoît Lambert a accueilli les quatre jeunes acteurs qui vont interpréter le quatuor amoureux de la pièce.
Ceux-ci font parfaitement le job, avec une vraie conviction et grand talent.
Une forte cohésion règne entre eux.

Edith Mailender et Rosalie Comby, respectivement Sylvia et Lisette (puis inversement...) m'ont convaincu. Leurs personnages respectifs de fille de la maison et de soubrette soumises à la figure paternelle et patronale sont tout à fait justes.

Les expressions outrées, bouche grande ouverte, de Melle Mailender sont jouissives.

Antoine Vincenot est un Dorante très efficace, très CSP+++, même sous un déguisement de valet.
Malo Martin est quant à lui un réjouissant Arlequin. Il est très drôle, et le public ne s'y trompe pas, qui rit à pratiquement chacune de ses interventions.

C'est le duo Orgon-Mario qui m'a le plus séduit. Un duo très réussi : nous sommes en présence d'une certaine ambivalence.
Père et fils sont à la fois dans une certaine forme de largesse libérale, mais également de perversité.

Robert Angebaud est parfait dans ce registre-là. Il m'a enchanté, en jouant à la fois une vraie gentillesse et un certain machiavélisme. C'est un bonheur de le voir jouer.

Tout comme Etienne Grebot qui propose une composition inquiétante très intéressante. Ses petits rires sournois et ses regards aux yeux exorbités sont jubilatoires. Toutes proportions gardées, il m'a fait penser à Oncle Fétide, le personnage chauve de la famille Addams !

La proposition de Benoit Lambert est donc fort convaincante, son approche dramaturgique ravit le public.

A peine la lumière revenue sur le plateau pour les saluts que les élèves de 1ère S du lycée Georges-Clémenceau de Villemonble présents hier soir applaudissaient vivement le spectacle et les comédiens.
Ils avaient bien raison !
5 oct. 2018
9/10
4 0
Quelques arbres, un jardin, et de l’autre côté le cabinet de curiosités du maître des lieux, Monsieur Orgon.

Quelle est l’histoire ? Une jeune fille affolée et en pleurs suivie par sa servante, la pauvre Lisette ne comprend pas pourquoi sa demoiselle est si furieuse contre elle.

Un mariage arrangé par son père voilà ce qui attendait les jeunes personnes, et Silvia dresse un portrait peu flatteur des maris qu’elle a rencontrés. Son père n’est pas un tyran et il réconforte sa fille, si Dorante ne lui plait pas, le mariage n’aura pas lieu. Alors le jeu de l’amour et du hasard se fait jour dans l’esprit de Silvia, pour mieux connaître son promis, elle échange son rôle avec sa soubrette. Orgon rit beaucoup de ce stratagème, car il a reçu de son ami, un courrier lui révélant que Dorante a eu la même idée !

Voilà donc nos jeunes gens, émus de se rencontrer, et tombant amoureux, mais Arlequin est détesté par Silvia qui pense voir Dorante, alors qu’elle s’émeut de voir Bourguignon le valet. Quant à Lisette, mal à l’aise dans ses escarpins, elle tombe amoureuse d’Arlequin, et pressent que tout finira mal. Jeu cruel, tout rentrera dans l’ordre des choses, mais à quel prix ?

Le théâtre Dijon Bourgogne CDN donne là une belle et plaisante représentation, les comédiens sont naturels et investis dans leurs personnages.
30 sept. 2018
8,5/10
3 0
Marivaux nous parle des prémisses de l’amour, de badinage, la galanterie mais aussi d’affinités et de sensibilités différentes entre les êtres issus de milieu différents.
L’amour est-il vraiment le hasard ?
« Le mérite vaut la naissance », déclare Dorante à Silvia, prêt à épouser une servante.
Mais la réalité rétablit l’ordre établi…

Monsieur Orgon souhaite marier sa fille Silvia. Il lui propose Dorante, homme honnête, cultivé, beau, riche. Monsieur Orgon, homme ouvert et plein de bonnes intentions pour sa fille, lui permet toutefois de refuser le galant s’il ne lui convient pas. Silvia décide donc d’échanger sa place avec sa servante pour mieux observer son prétendant. De son côté Dorante utilise le même subterfuge pour mieux connaitre sa promise.
Monsieur Orgon son père et Mario son frère sont tous deux dans le secret de Silvia mais aussi de Dorante. Sous leurs yeux amusés, va s’ensuivre des situations cocasses et burlesques qu’ils attiseront avec coquineries.

La mise en scène de Benoit Lambert est dynamique, vivante et dépoussiérée. On sent vibrer le cœur Silvia, Lisette, Dorante et d’Arlequin découvrant les émois amoureux. Belle idée de mettre en scène de jeunes comédiens pleins d’émotion, de vitalité et de passion.
La salle est remplie de jeunes lycéens qui se sont bien reconnus si on en croit les applaudissements.
Les regards d’Organ et de Silvia remplis de tendresse et d’amusement observant ses jeunes gens sont magnifiquement interprétés par Robert Angebaud (Organ) et Etienne Grebot (Mario). Tous deux nous ravissent et nous séduisent.
Le décor est d’une grande esthétique. Côté jardin, une clairière verdoyante, une biche en arrière-plan nous transporte dans une ambiance de rêve et de conte. Côté cour un mobilier rappelant le 18éme.
des guéridons sur lesquels sont posés des lampes, des fleurs, de la vaisselle, des casques … des bibelots du temps dernier.
L’éclairage et la musique nous mènent d’un tableau à l’autre avec douceur et harmonie.
Merci à tous.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor