Le feu du poète, de la chute à la célébration

Le feu du poète, de la chute à la célébration
  • Studio Hébertot
  • 78bis, boulevard des Batignolles
  • 75017 Paris
  • Rome (l.2)
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Après Le Sens de la Terre et Ecce Deus – Le Génie selon Victor Hugo, Jean-Baptiste Ponsot poursuit son exploration de l’inconnu à travers les grands poètes.

Le feu, c’est l’élan, le désir, la passion, l’intensité de la vie qui nous anime ; ce qui est là, partout, dans chaque chose, et qu’on ne saurait définir ou contenir ; l’absolu, l’invisible, l’innommable qui nous fonde.

La tâche de la poésie est justement de faire sentir ce feu à l’Homme pour lui rappeler, lui « bassiner les oreilles » comme dit Whitman, qu’il est cet infini qui le traverse, pour l’encourager à se libérer des prisons dans lesquelles il passe son temps à enfermer la vie, pour ouvrir incessamment son horizon.

Cinq grands poètes sont partis à la conquête de ce feu. Ils chantent chacun leur expression de l’absolu, de la chute à la célébration.

 

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17 déc. 2017
8,5/10
27 0
Une salle, un jeu de lumière, une présence et le feu de la poésie.

C’est la deuxième fois que je me prête au jeu avec Jean-Baptiste Ponsot, avec qui j’avais découvert en 2015, complètement subjuguée, le texte «Ecce Deus» de Victor Hugo. Cette fois-ci, dans le même exercice de déclamation et d’apartés explicatifs, l’acteur longiligne à la voix grave et profonde nous invite à la poésie. En passant par le feu de la chute (Baudelaire), de l’impossible (Rimbaud), du drame (Hugo), puis par le feu de la création (Nietzsche) pour atterrir dans celui de la célébration (Whitman), Jean-Baptiste Ponsot nous captive de bout en bout. 

Il est porteur de sens et l'on croise avec lui les Etonnants Voyageurs, les peaux rouges, le cynisme nietzschéen, et l’infini de Whitman. Cinq univers de transcendance, d’absolu et de génie créateur. Selon les sensibilités, on aimera pas forcément tous les passages : Hugo n’est pas Baudelaire et encore moins Whitman mais on boit avec plaisir les paroles de l’interprète qui y met tout son corps pour faire vivre le rythme des textes. Car Jean-Baptiste fait de la poésie une expérience concrète en incarnant ces poèmes avec son corps, sa gestuelle. De plus, la limite entre ses propres paroles et les paroles des poètes est si fine que sans que le ton change, sans qu’on s’en aperçoive, il nous a déjà embarqué dans un nouvel univers.

Le spectacle est long juste ce qu’il faut et fait un bien fou: j’ai pour la première fois compris ce que les « fleurs du mal » voulait dire (trouver de l’éternel dans le transitoire, du néant sortir le beau, ainsi cueillir « les fleurs » - « du mal »), j’ai écouté jusqu’au bout « Le bateau ivre » de Rimbaud que je n’avais jamais réussi à lire en entier, j’ai découvert un sublime texte d’Hugo et tenté de saisir Nietzche et Whitman. Mon écoute et celle des autres spectateurs était palpable, le comédien nous remercie même de la beauté du moment-moment captivant.

Ce spectacle est un cadeau et Jean-Baptiste Ponsot un bienfaiteur : avec ses mises en scènes, il fait jaillir de sa voix la beauté de la langue et du verbe. C’est un songe éveillé, partagé par de sages rêveurs- la catharsis n’est pas loin !
25 oct. 2017
7/10
12 0
Le Studio Hébertot est un (petit) théâtre dont la programmation est variée, embrassant tous les genres, y compris la poésie.

Le spectacle conçu par Jean-Baptiste Ponsot a le mérite de faire le lien entre plusieurs courants de pensée, en analysant diverses conceptions du monde.

La première est celle de Baudelaire (1821-1867), qui, puisque Dieu n'existerait pas, doit donc saisir l’absolu dans le réel, en s'efforçant de tirer l’éternel du transitoire. Jean-Baptiste Ponsot nous l'explique en termes clairs et ce qui est agréable c'est qu'il est aussi un formidable interprète. Il enchaine sans aucunement lire le texte sur un long extrait du Voyage, le dernier poème des Fleurs du Mal où il est question d' Etonnants voyageurs dont on sait que c'est le nom du festival international du livre et du film organisé annuellement à Saint-Malo depuis 1990.

Il a choisi la musique d'Exodus de Wojciech Kilar, qui était la bande originale du film de Terrence Malick, Knight of cups pour faire la transition entre chacun des cinq poètes qu'il a retenus et qui, selon son analyse, chantent chacun leur expression de l’absolu, de la chute à la célébration.

Par contre, là où le spectacle pèche un peu c'est en terme de mise en scène. Déplacer une chaise pour signifier un changement de scène, n'est pas, pour moi, un geste très signifiant. Signer la création, la mise en scène et l'interprétation a ses limites. S'adjoindre ce qu'on appelle "un regard extérieur" ferait gagner le spectacle en puissance. Mais il n'en demeure pas moins très intéressant.

Rimbaud suit chronologiquement Baudelaire. Il veut, à travers la poésie, rendre l’Homme à son état primitif de fils du soleil ! Il fait rêver le possible ... mais cet absolu est une fiction, un délire, un mensonge même. Ce que démontre Jean-Baptiste Ponsot dès que l'on reconnait les premiers vers du Bateau ivre : comme je descendais des fleuves impassibles ... Ce texte résume toute son épopée, de son exaltation initiale jusqu’à son pathétique réveil, lorsqu’il réalise que tout cela n’était qu’un rêve.

Victor Hugo, lui, sait que le monde est un rêve, nous dit-il en rapprochant les idées de l'un à la perception du précédent. Mais il fait de la poésie une arme pour mener le combat. Il n'aura de cesse de perfectionner ce qui est perfectible ; cultiver, raffiner, sublimer ; ouvrir le champ du possible à l’homme afin qu’il se passionne pour la vie et oublie sa condition tragique. "À l’Homme" expose parfaitement ce rapport contrasté d’Hugo avec le monde.

Nietzsche lui aussi sait que l'absolu est insaisissable. Par contre cette constatation n'entraine chez lui aucune mélancolie. Elle ne conduit pas au drame mais au contraire à la légèreté. Il y a de l'optimisme à dégager puisque si tout est un rêve, alors tout est possible !

Même si l'expression n'est pas de lui, elle résume son point de vue : deviens ce que tu es. Et le comédien nous donne un aperçu du Chant du Oui et de l’Amen.

Il termine avec Whitman (1819-1892), dont La chanson de moi-même célèbre les retrouvailles avec l’absolu : Je me célèbre moi-même, me chante moi-même, (...) Qui vous a dit que la victoire était bonne ? Moi je prétends que l’échec n’est pas moins bon, que les batailles se perdent comme elles se gagnent, du même cœur. (...) Bravo à ceux qui ont échoué ! (...) Et puis, dites-moi, c’est quoi un homme ? c’est quoi, moi ? quoi, vous ?

Jean-Baptiste Ponsot réussit à faire entendre la poésie en la dépoussiérant de son côté récital et désincarné. On serait bien resté l'écouter plus longtemps. Je suis sure qu'il passionnerait (aussi) un public de scolaires.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor