Le désir attrapé par la queue

Le désir attrapé par la queue
Mis en scène par Thierry Harcourt
  • Musée de l'Armée
  • 129, rue de Grenelle
  • 75007 Paris
  • La Tour Maubourg (l.8)
Itinéraire
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Saviez-vous que Pablo Picasso, artiste prolifique, avait également écrit des pièces de théâtre ?

Jouée par la première fois en 1944, lors d’une représentation privée avec les proches amis de l’artiste et dans une mise en scène d’Albert Camus, la pièce évoque la faim, le froid et l’amour qui font alors écho aux privations ressenties sous l’Occupation.

Dans le cadre monumental de la salle Turenne et en complément de votre visite de l’exposition, venez assister à une reprise inédite de cette pièce surréaliste, méconnue du grand public, dans une mise en scène du comédien-auteur Thierry Harcourt.

Note rapide
Toutes les critiques
30 avr. 2019
7/10
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Le désir attrapé par la queue a été écrit par Pablo Picasso en janvier 1941, en pleine Seconde guerre mondiale, alors que les préoccupations des Français étaient focalisées sur la faim, le froid, l'amour, l'éloignement des amis et ... bien entendu aussi l'occupation allemande.

Le Musée des Armées a programmé quelques représentations les samedi et dimanche (voir horaires à la fin de l'article) en écho à l'exposition Picasso et la guerre. J'ai assisté à une avant-première dans des conditions particulières puisque juste après, alors que nous étions en pleine découverte de l'exposition j'ai été prévenue de l'incendie de Notre-Dame.

Nous étions quasiment devant la reproduction du tableau de Guernica qui fait référence à l'horreur de la destruction de la ville. J'avoue avoir eu du mal à me concentrer ensuite sur cette exposition que je reviendrai voir parce qu'elle a de quoi passionner les visiteurs. Je vais néanmoins m'efforcer de retracer l'essentiel de la proposition artistique de l'Hôtel national des Invalides.

Le désir attrapé par la queue
On connait Picasso peintre, également sculpteur. On le devine poète mais on sait moins qu'il a écrit deux pièces de théâtre, certes fort peu jouées. C'est donc une excellente idée de présenter Le désir attrapé par la queue, d'abord parce qu'elle est très peu connue, ensuite parce qu'elle s'inscrit dans le thème de l'exposition et enfin parce qu'elle est savoureuse pour peu qu'on apprécie le surréalisme, le second degré, la dérision.

L'acoustique de la très belle Salle Turenne (où j'étais déjà venue pour un défilé de haute-couture), est difficile pour un orateur, mais les comédiens sont tout à fait intelligibles sur la scène improvisée au centre de la pièce, par leur talent et sans doute aussi la mise en scène fougueuse et astucieuse de Thierry Harcourt qui les fait occuper tout l'espace disponible en l'ouvrant sur trois cotés. La partie chantée est elle aussi très réussie.

Il est parti de la photo de la lecture faite par Brassaï et dans une mise en scène d’Albert Camus, qui a eu lieu dans l'atelier des Grands-Augustins de Picasso le 16 Juin 1944 en l'honneur de Max Jacob mort au camp le 5 mars 1944 (photo © RMN-Grand Palais / Brassaï).

On se surprend à oublier Delphine Depardieu pour ne voir que Simone de Beauvoir. Stephan Peyran est un Jean-Paul Sartre tout à fait crédible, à l'instar de Laurent Arcaro en Albert Camus. On connait moins le physique de Raymond Queneau mais Axel Blind ne démérite en rien. Quant à Robin Betchen, le doute est impossible. Il est Pablo Picasso.

Son rôle est central et Thierry Harcourt l'a doté de quelques répliques de présentation des personnages et de l’action afin de placer le spectateur dans les meilleures prédispositions pour trouver du sens à ce théâtre dit de l'absurde.

Les costumes ont été habilement conçus pour évoquer l'époque et les personnages.

Le texte est difficile car il a été écrit sans ponctuation, selon le principe de l’écriture automatique. Une double-page est révélée dans l'exposition temporaire. Il a probablement été long à apprendre mais les comédiens l'ont restitué sans faillir. Ce qui pourrait sembler n'avoir ni queue ni tête est devenu un moment poétique et ... savoureux où les aliments deviennent des personnages, comme Mironton ou Bourguignon, la Tarte, ou l'Oignon ... qui réciproquement vont s'aimer ou se dévorer.

On peut y voir une farce. C'est bien davantage. En acceptant d'entrer dans la pensée décalée de Picasso on se surprend à effectuer -a posteriori- semblable acte de résistance et les derniers mots prennent tout leur sens : Lançons de toutes nos forces des vols de colombe contre les balles !

A chacun ses démons. Ceux de l'époque étaient allemands.
16 avr. 2019
8,5/10
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« Le Désir attrapé par la queue » de Pablo Picasso, mis en scène par Thierry Harcourt dans le cadre de l’exposition « Picasso et la guerre » dans la très belle salle Turenne de l’Hôtel National des Invalides, est une histoire surréaliste, sur fond de l’occupation allemande pendant la deuxième guerre mondiale, écrite en janvier 1941.

Cette photo est le point de départ du travail effectué par Thierry Harcourt pour sa mise en scène de cette pièce qui raconte une histoire comme il aime les mettre en scène. Une histoire sur fond de guerre, d’occupation de l’ennemi.
Une photo qui rassemble les « amis intellectuels » et les artistes qui entouraient le peintre, et qui ont participé à la lecture de la pièce en juin 1944.
Mais cette histoire a une écriture particulière, déstabilisante, qui nous met dans un état d’éveil permanent : celle de l’écriture automatique.
Pablo Picasso qui était aussi prolixe en écriture (une autre pièce « Les quatre petites filles » fait le pendant à celle-là) qu’en peintures, bien que ses peintures aient pris le dessus sur ses écritures, a concocté une pièce en six actes ayant pour thèmes, la faim, le froid et l’amour. Ces thèmes faisant écho aux privations que les français pouvaient ressentir pendant la guerre ; une pièce de théâtre comme un acte de résistance.

Un texte qui fait tout de suite penser à l’écriture de Raymond Queneau. Mais celle de Picasso était précise et chaque mot avait sa valeur, sa pensée précise et ses répétitions dans le texte voulues et contrôlées ; tout comme les didascalies dont Thierry Harcourt s’est servi pour les mettre en scène.
D’ailleurs afin de mieux appréhender, de mieux recevoir cette pièce, Thierry Harcourt a par la voix de Pablo Picasso ajouté quelques répliques de présentation des personnages et de l’action que nous allons suivre.

Le texte est un mélange de surréalisme et de poésie, à l’avant-goût du théâtre de l’absurde, qui met en scène « Gros pied » qui est amoureux de « La Tarte » sans compter « Oignon » qui a les mêmes vues que lui sur « La Tarte ». Mais « La Tarte » aime « Angoisse grasse » et « Angoisse maigre »… alors…
D’autres personnages aux noms farfelus sont aussi de la partie comme le Bout Rond, les Rideaux, la Cousine ou encore le Silence…

Des scènes remplies d’humour et de dérision à la vision d’une farce ubuesque qui permettent de lutter contre les sévices subis et imposés par l’occupation allemande : sa façon d’exorciser les démons allemands.

Un texte sans queue ni tête, sans ponctuation, très difficile à apprendre, mais que les comédiens ont restitué, joué à la perfection.
Le travail en amont fait autour de la table avec Thierry Harcourt y est pour beaucoup et le résultat est saisissant.
Le rythme très soutenu du jeu, sur une scène ouverte aux quatre côtés, donne encore plus de fantaisie et une vision subtile du texte ; dans la partie chantée, une chaleur se dégage tout particulièrement avec la voix puissante de Laurent Arcaro.

Pour jouer cette farce, il fallait des comédiens de talent et Thierry Harcourt s’est entouré d’une troupe remarquable avec Delphine Depardieu dans le rôle de Simone de Beauvoir, Axel Blind dans le rôle de Raymond Queneau, Laurent Arcaro dans le rôle d’Albert Camus, Stéphane Peyran dans le rôle de Jean-Paul Sartre et Robin Betchen dans le rôle de Pablo Picasso.
Leurs costumes donnaient une touche, une atmosphère, bien réaliste de cette époque funeste.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor