Le dernier jour d'un condamné

Le dernier jour d'un condamné
De Victor Hugo
  • Studio Hébertot
  • 78bis, boulevard des Batignolles
  • 75017 Paris
  • Rome (l.2)
Itinéraire
Billets de 20,00 à 40,00
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D’un seul coup, le spectateur se trouve propulsé dans la tête du condamné et voit par ses yeux.

Le décompte de ce qui lui reste à vivre devient étonnant puisque tout se vit dans l’instant devant nous.

C’est l’histoire d’un condamné à mort qui écrit durant les vingt-quatre dernières heures de son existence, un journal intime. Il y relate ici, à la première personne, les six dernières semaines de sa vie, du début de son procès jusqu'au moment de son exécution. Comme le souhaitait Victor Hugo, le spectateur ne connaîtra ni le nom de cet homme, ni ce qu'il a fait pour être condamné.

 

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28 oct. 2017
7/10
7 0
William Mesguich s'est emparé de l'adaptation que David Lesné a faite du Dernier jour d’un condamné de Victor Hugo pour en jouer tous les registres dans un décor qui parvient, grâce à de puissants jeux de lumières, à suggérer aussi bien l'enfermement que l'appel de la liberté.

L'espace scénique représente symboliquement un cube blanc, d'une extrême simplicité, avec juste un tabouret et une fenêtre à barreaux pour signifier la prison, tandis que l'absence de murs de coté laisse à l'imagination le pouvoir de s'évader.

Tout est blanc, comme un écran sur lequel on pourra projeter des images, des visions ... alors que l'avenir est sombre. L'étroitesse de l'espace de jeu est adéquat pour renforcer l’oppression de l’enfermement. Le comédien tourne en rond, répétant en boucle l'annonce de sa condamnation à mort, jusqu'à l’obsession, en toute logique, car il y a de quoi devenir fou.

C'est à bon escient que le spectacle s'achève avec la voix de Robert Badinter dont un des premiers textes législatifs en tant que Garde des sceaux fut de demander, le 17 septembre 1981, l’abolition de la peine de mort. C'est un texte essentiel à réentendre. Les jeunes générations peuvent avoir oublier que de telles condamnations ont perduré au XX°siècle et que des innocents ont pu perdre la vie.

Le propos de Victor Hugo n'est pas de savoir si la peine est juste ou non. On ne saura du condamné ni son nom, ni le forfait qu'on lui reproche, ni la date des faits, encore moins s'il est injustement déclaré coupable. Le propos du poète est d'interroger ses concitoyens sur la violence de la peine.

L'homme condamné est anonyme, mais il révèle une humanité intense, en particulier lorsque ses pensées se tournent vers sa petite fille, ou lorsque apparait une photo de famille et qu'elle le conforte dans son état, qui ne peut pas être celui d'un monstre.

Une bande-son bien réfléchie enchaine des bruits de pas, de lourdes clés dans des serrures, de fond de canon et d'orage alors qu'on devine le son que la lame fera en sectionnant bientôt les vertèbres, évoquant la guillotine qui était utilisée depuis 1792, soit 37 ans avant la date de publication du texte (1829).

Le docteur Guillotin (d'où son nom) imposa le principe d'une machine à décapiter pour se substituer aux tortures qui étaient jusque là perpétrées, ce qui représentait une forme de progrès. La section de la moelle épinière entraîne une perte de connaissance instantanée, parait-il sans souffrance.

Evidemment Victor Hugo remet en cause cette affirmation à propos de la suppression de la douleur physique (de la mort) même s'il fait dire au condamné : la mort de cette façon est simplifiée. Ils disent qu’on ne souffre pas. Mais il insiste surtout sur la douleur psychique que le comédien rend visible.

Le rôle est complexe à interpréter. William Mesguich est bouleversant. Il incarne un niveau de souffrance d'une intensité hors normes. La mise en scène aurait pu, de mon point de vue, gagner en puissance sans qu'il soit nécessaire que le comédien se laisse choir aussi souvent sur le parquet.

Je ne suis pas certaine non plus que Vivaldi et Erik Satie, tant utilisés au cinéma comme au théâtre, soient les meilleurs choix musicaux. Pas davantage que les vers du célèbre poème de Victor Hugo demain dès l'aube ... Tout cela apitoie et conforte la démonstration qui devient implacable, ne laissant aucune place au doute alors que Victor Hugo n'avait pas dévoilé ses intentions lors de la première édition.

La peine de mort a été abolie. Elle est cependant parfois remise en cause. En ce sens Le dernier jour d’un condamné demeure un plaidoyer fondamental. Encore faudrait-il que le spectacle fasse percevoir que la loi de 1981 pourrait être menacée.
9/10
4 0
Il est seul dans sa cellule. Nous le voyons et l’écoutons livrer cette émouvante et vibrante confession de sentiments et de pensées, quelques heures avant sa mort.

Lui, c’est un homme, pas un animal blessé ni un objet périmé, juste un homme, jeune, condamné à mourir parce qu’il a donné la mort.

Parce que la société a décidé de lui faire subir le même sort que sa victime : Condamné à mort par section de la tête sous la coupe de la guillotine.

Au nom de la loi, de la justice et de la morale. Comme une vengeance du talion dénuée d’humanité et après un jugement des faits au risque souvent avéré de condamner un geste sans raison, voilà la démonstration inique de la force publique. L’exemple donné une nouvelle fois pour faire taire le peuple par la crainte et le satisfaire dans une grandiloquente cérémonie spectaculaire aux allures de jeux du cirque de la Rome antique.

Victor Hugo s’empare de cette question de la peine de mort et publie en 1829 le journal du dernier jour d’un condamné. « Un homme quelconque, ayant une vie quelconque et qui a fait un crime quelconque », comme Hugo le dira dans sa dernière préface.

L’écrit humanise la question. Description fine et détaillée de ses ressentiments sur la justice des hommes, des angoisses sur ce qu’il va subir, ce jeune père de famille se perd en hallucinations et en réminiscences des bribes importantes de son histoire de vie. La simplicité du texte renforce la dénonciation qu’il porte.

L’adaptation de David Lesné restitue fidèlement les propos du roman et lui donne une dramaturgie vive et profonde qui nous rapproche du personnage, de ce qu’il dit, de ce qu’il vit, comme si nous étions présents à ses côtés dans ses derniers instants.

La mise en scène de François Bourcier captive l’attention autant par le centrage sur le personnage, ses émotions et ses ruptures, que par les illustrations nombreuses en images projetées de ses affres et de ses souvenirs.

L’interprétation de William Mesguich est remarquable. Sa puissance émotionnelle passe avec brio de la douceur à la colère, de la tendresse à la meurtrissure. Une belle et intense incarnation toute en finesse qui, bien au-delà de la technique, nous présente tous les étapes traversées par son personnage dans cette monstrueuse et ultime torture. Fragilités, violences, implorations, cris de douleurs et de peurs où la démence voisine avec le déni et la perte progressive du sentiment de soi. Un impressionnant comédien.

Spectacle haletant et vibrant, interprétation émouvante et puissante, message essentiel et nécessaire encore aujourd’hui, autant de raisons pour recommander vivement d'aller vers les 19h00 au Studio Hébertot.
13 sept. 2017
9,5/10
35 0
Un plancher. Un mur au lointain. Une fenêtre munie de trois barreaux. Un tabouret.
Blancs. Immaculés.

Voici ce qui attend les spectateurs, une fois la porte de la salle du Studio Hébertot franchie.
On comprend vite que la majeure partie du plateau est constituée de la cellule de ce condamné à mort.

Ecrit en 1829, le roman de Victor Hugo nous plonge dans la tête de cet homme, qui n'a plus que vingt-quatre heures à vivre.

Un homme qui raconte. Qui se raconte.

Mais pas complètement.
Dans ce remarquable et vibrant plaidoyer contre cette ignominie que la peine capitale, Hugo ne nous dira jamais rien de l'histoire de ce condamné.
On ne saura jamais ce qui l'a conduit entre ces quatre murs, puis à la guillotine.

Adapter ce texte sur une scène est évidemment une entreprise à haut risque.
Il faut avoir sous la main d'excellents comédien et metteur en scène pour restituer l'épouvantable situation du personnage.

Ici, c'est le cas !

William Mesguich et son metteur en scène François Bourcier (que j'avais adoré lors de son « Résister c'est exister » dans ce même théâtre), ces deux-là excellent à nous présenter ce dernier jour de torture mentale infligée sciemment à un homme dont on connaîtra jamais le nom.

D'entrée de jeu, William Mesguich nous attrape. Il n'y a pas d'autres verbes possibles.
Mes voisins et moi avons été immédiatement captivés par le récit et le jeu du comédien.
Il est véritablement impressionnant de justesse, d'intensité, de force, mais aussi de douceur, d'émotion.
A aucun moment, il ne tombera dans un pathos de mauvais aloi qui ridiculiserait le texte hugolien.

Bien au contraire !
Que ce soit en chuchotant, en hurlant, en se lamentant ou en se confiant au public, il m'a captivé !

Ses yeux bleus nous hypnotisent, il m'a été difficile de soutenir son regard, tellement m'était pénible d'assister à ces derniers instants d'un homme.

Difficile mais nécessaire !
Nécessaire parce que l'on entend encore trop souvent ici et là de sombres voix s'élever en faveur du retour de cette pratique ignominieuse qu'est la peine de mort.
(A cet égard, la fin du spectacle rappelle qu'il faudra attendre la loi n°81-980 du 9 octobre 1981 promulguée le lendemain pour son abolition pure et simple !

Oui, il y a seulement trente-six ans...)

William Mesguich ne restera pas tout le spectacle dans la geôle.
A certains moments, il s'en « échappera » pour gagner l'avant-scène afin de prendre le public à partie.

Lors de ce bris du quatrième mur, il regarde également le décor, presque à notre place.
Ces instants sont d'une rare intensité, et se concluent par un retour en cellule accompagné par un petit sourire complice.

Il faut noter la très belle scénographie qui nous est proposée.
Des lumières judicieusement diffusées et mises en valeur par de la fumée contribuent à ce sentiment d'oppression, de grand malaise et d'inéluctabilité.
Ici aussi, une grande réussite.

Tout comme la création video de François Bourcier qui nous plonge véritablement et à son tour dans la tête de cet homme, en soulignant le caractère intemporel de ce plaidoyer.

Voici donc un spectacle engagé, puissant et intense.
Un seul en scène qui vous prend aux tripes et qui nous montre une nouvelle fois à quel point Hugo nous est nécessaire et indispensable.

Chapeau bas, Messieurs Mesguich et Bourcier !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor