Le coeur Moulinex

Le coeur Moulinex
  • Théâtre de l'opprimé
  • 78-80 rue du Charolais
  • 75012 Paris
  • L1 Reuilly Diderot - L8 Montgallet - L6 Dugommier
Itinéraire
Billets à 16,00
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Peut-on définir la peste qui a eu raison de Moulinex ?

La concurrence dont toutes les forces ont été déchaînées au nom du progrès économique ? La finance déréglementée ?

Simon Grangeat donne à voir avec empathie et humour les tenants et les aboutissants de cette histoire industrielle. En nous faisant partager cette épopée il nous permet de mieux comprendre les enjeux et démonter les mécanismes à l’oeuvre.

Ce « spectacle vivant » par la simplicité de ses moyens d’expression, par son adresse directe au public, par l’énergie et la joie qu’il peut dégager et grâce à la pertinence du propos est un antidote des plus efficaces face à la confiscation croissante de la connaissance du monde véritable dans lequel vivent nos contemporains.

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12 nov. 2017
10/10
34 0
Il est des moments de théâtre qui confinent à la perfection.

Ces moments-là sont rares.
Ces moments de théâtre intelligents, avec un vrai fond, avec une vraie forme, avec une troupe homogène d'une remarquable qualité !

Tel est ce « Coeur Moulinex ».

Connaissiez-vous Jean Mantelet ?
Je dois vous avouer que ce n'était pas mon cas.

Cet homme passionné de dessin industriel, d'inventions et de petit électro-ménager, a créé la marque Moulinex, dans les années 30.

Va nous être racontée, disséquée, analysée mieux que n'y parviendraient cent heures de cours d' économie politique et sociale, la saga (c'en est vraiment une...) de cette emblématique entreprise française.

Le texte de Simon Grangeat décortique et met en parallèle un incroyable destin humain (Mantelet est un vrai personnage de théâtre ! ) avec une implacable fresque sociétale.
L'auteur nous décrit de façon lumineuse et subtile le paternalisme, la dimension sociale d'un « patron à l'ancienne », la réussite, puis l'aveuglement de ce chef d'entreprise vieillissant face à la mondialisation, et en parallèle, la tyrannie des chefaillons, mais aussi et peut-être surtout l'aliénation des ouvrières, leurs luttes, leurs revendications.

Puis, il nous démontre dans la dernière partie la sauvagerie des marchés financiers, qui permettent, grâce à des pratiques très légales de s'enrichir furieusement sur le dos des hommes, des femmes, les rabaissant, les laissant sur le carreau, leur refusant presque la qualité et la dignité d'êtres humains.
La démonstration de Simon Grangeat est imparable, parcece qu'elle décrit la réalité, ce qui s'est vraiment passé : Jean-Charles Naouri reprend une entreprise qui ne vaut plus rien, baisse la masse salariale, procède à des licenciements en masse, et revend avec une énorme plus-value !

Les faits, rien que les faits ! Et leur analyse.

La metteure en scène Claude Viala s'est emparée de ce texte de la meilleure des façons avec sept comédiens appartenant à la compagnie « Aberratio Mentalis » qu'elle dirige très précisément, subtilement, avec des trouvailles épatantes, drôlissimes ou des moments émouvants, prenants.

Les comédiens jouent plusieurs rôles, changeant « de peau » pratiquement à vue, et de coupe de cheveux, qui varie légèrement.
Et ça fonctionne parfaitement !

La comédienne Pascale Schwab passe de son rôle d'ouvrière à la chaîne à celui du financier Jean-Charles Naouri sans aucun problème. Et il en est ainsi de moult rôles.

C'est une mise en scène très subtile et très maîtrisée.
Le temps qui passe est évoqué grâce à des cartons explicatifs, mais aussi grâce à des écrans de publicité de l'époque qui sont rejoués en live devant nous, (c'est très drôle !), grâce également aux téléphones de différentes décennies qui sont successivement utilisés.

Là aussi, qu'est-ce que c'est malin !

La troupe est d'une justesse, d'un engagement et d'une cohérence phénoménale.
Hervé Laudière est purement et simplement Jean Mantelet. Il est le personnage, l'incarnant à tous les âges, rageant furieusement lorsqu'on prononce l'acronyme « SEB » devant lui ! Le runing-gag fonctionne à la perfection, ainsi que celui de l'attente de la délocalisation.

Quelle présence, quelle force !

Mais tous ses camarades sont eux aussi de la même veine.
D'autant qu'ils nous plongent vraiment dans l'action.

Ici, le quatrième mur vole en éclat, le public participe également.

Julien Brault chante de belle façon et Christian Roux joue (très bien) du piano et de la guitare électrique, générant avec son jam-man le thème final, fait de boucles musicales ajoutées en couches successives en direct.

La scénographie de Shanti Ruhgoobur est à l'avenant. Tout ceci est millimétré, avec un fauteuil-piédestal, un portant, un paravent judicieusement utilisés.
La scène finale « accumulative » est une conclusion idéale de cette épopée socio-politico-économique emblématique.

Depuis le début de la saison 17/18, j'ai vu à ce jour cinquante-quatre spectacles, et pas des moindres.
Ce Coeur Moulinex est l'un de ceux pour lequel j'ai applaudi le plus longtemps et le plus fort !
9,5/10
21 0
Un spectacle audacieux, chaleureux et accessible pour découvrir Jean Mantelet, sa vie, son œuvre ou la fabuleuse histoire d’un bricoleur autodidacte imaginatif devenu l’industriel que l’on sait, le créateur du moulin à légumes et de la firme Moulinex.

La pièce commence en 1932 en France. Le tissu industriel relève plus de l’artisanat agrandi en fabrique où la volonté de croitre se conjugue encore avec des valeurs humaines, à l’instar des usines patriarcales de la fin du 19ème siècle.

Nous voyons peu à peu, sous nos yeux de spectateurs touchés par la décrépitude d’un patron à l’ancienne, se transformer ce modèle ancestral à forte dimension affective en un modèle unique aujourd’hui répandu à l’échelle mondiale, dans lequel la spéculation financière guide les choix et le travail n’est plus une valeur mais un outil de production rentable et impersonnelle.

Une étonnante et puissante dramaturgie se dégage du texte de Simon Grangeat, documenté, implacable et sans pathos. Tout est dit, tout est montré. La mise en scène de Claude Viala décrit d’une finesse au scalpel et d’une efficace théâtralité, le climat, les désirs d’invention, la condition ouvrière et le développement ravageur d’une entreprise finissant par plier sous les lois du marché de l'économie de profit. Avec l’adresse des détails, des changements d’époques et des transformations de situations à vue, nous cheminons dans le récit avec émotion et intérêt.

Nous sommes cueillis par la dimension humaine de cette épopée. La dévotion de Jean Mantelet pour ses recherches, qui rassemble autant le désir de création et d’invention que la soif de pouvoir et de puissance ; La naissance du rapport au travail salarié dans les provinces reculées où la paysannerie prévaut ; L’aliénation ouvrière soumise aux commandements cyniques et délétères de chefaillons aux pratiques douteuses et répandues pour lesquelles l’ordre donné est incontestable, alliant humiliations et privations punitives.

Nous assistons à la fin d’un empire, d’une aventure humaine, d’une illustration d’un passé industriel révolu. Moulinex est rongé progressivement puis brisé par les grands argentiers qui prennent en charge le démantèlement de la société pour se répartir les bénéfices au mépris des salariés qui ne comptent pas plus que les machines devenues inutiles.

Joué avec une conviction pugnace et intense exprimant les espoirs comme les souffrances, avec une justesse et un engagement remarquables par Julien Brault, Loredana Chaillot, Hervé Laudière, Carole Leblanc, Véronique Müller, Christian Roux et Pascaline Schwab, ce spectacle sert une partition sociale et politique avec un sens aigu de la transmission.

La beauté artistique de l’ensemble tient autant du texte, de la qualité des jeux, des astuces scéniques bienvenues et d’une évidente volonté de partage. Un spectacle réussi, nécessaire et agréable que je recommande vivement.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor