Le Canard Sauvage

Le Canard Sauvage
De Henrik Ibsen
Mis en scène par Stéphane Braunschweig
Avec Christophe Brault
  • Christophe Brault
  • Rodolphe Congé
  • Anaïs Demoustier
  • Claude Duparfait
  • Luce Mouchel
  • Charlie Nelson
  • Thierry Paret
  • Chloé Réjon
  • Jean-Marie Winling
  • Théâtre national de la Colline
  • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • Gambetta (l.3)
Itinéraire
Billets de 15,45 à 31,80
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Pour Stéphane Braunschweig, la pièce dévoile la précarité des bases sur lesquelles se construisent les existences normales.

"Elle se venge, la forêt."

Dans le face-à-face entre Gregers l'idéaliste, qui veut rétablir la vérité dans le monde, dût-il le mettre à feu et à sang, et Hjalmar, qui a choisi le confort de la compromission et du "mensonge vital", on retrouve les contradictions chères à Ibsen. Mais elles s'enflamment ici avec une violence meurtrière, scandaleuse : c'est une adolescente qui les prend de plein fouet.

Plus ambigu que jamais, Ibsen renvoie dos à dos les adversaires, et fait trembler le réalisme de sa pièce en lui inventant un arrière-plan étrange : une forêt reconstituée dans un grenier, avec une basse-cour en guise de faune... C'est là que la jeune Hedwig et son grand-père trouvent refuge. S'agit-il d'une dérisoire tentative de compensation ? Ou cette extravagance hors normes a-t-elle à voir avec ce que le rêve, l'imagination – le théâtre – peuvent sauver de la réalité ?

Cette vulnérabilité, c'est peut-être ce qui nous rend proches les personnages d'Ibsen : l'effort qu'ils font pour défendre leurs fragiles édifices – de vie, de rêve ou de pensée – ne peut les protéger des soubresauts du réel.

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9 janv. 2016
9/10
107 0
Il y a dans le Canard sauvage tous les éléments de la tragédie classique dans une œuvre riche que Stéphane Braunschweig épure, modernise et rend contemporaine voire intemporelle, sans pour autant dénaturer le propos ou la parfaite dramaturgie du texte d’Ibsen.

Dans une élégante scénographie, il dirige avec précision ses acteurs qui évoluent autour du canard, l’élément central de la pièce, qui vit dans le grenier de la famille Ekdal, avec une mise en scène au cordeau, extrêmement efficace. Il parvient à retranscrire parfaitement la mise en tension du drame, comme une bombe à retardement que constituent les mensonges sur lesquels reposent les existences des protagonistes. De multiples oppositions se dessinent dans diverses thématiques comme différents rapports à l’existence, ou au monde, l’affrontement du mensonge et de l’idéal, l’invention d’un monde ou la confrontation au réel. Autour du canard sauvage domestiqué, symbole par excellence d’une vie artificielle comme celle de Hjalmar dont l’harmonie est bâtie sur un mensonge supposé, les acteurs se révèlent avec une étonnante justesse et un traitement sans faute de leur rôle. Rodolphe Congé est incroyable en père de famille photographe qui n’a « pas besoin de joie dans l’existence », enjolive et retouche la réalité aussi bien dans son activité artistique que dans son quotidien. Claude Duparfait incarne Gregers, son meilleur ami qu’il n’a pas revu depuis dix-sept années, un homme parti à la recherche de la vérité comme antidote à sa conscience torturée. Chloé Réjon est Gina, l’épouse pragmatique qui protège et défend son mari par adaptation à une vie qu’elle n’a pas vraiment choisie, tout comme Madame Sørby (Luce Mouchel), la gouvernante et future épouse du négociant Werle qui, sous les traits de Jean-Marie Winling, n’apparaîtra qu’en vidéo, dans une image imposante qui domine le plateau et le public, à la frontière du réel et de l’imaginaire, telle une menace qui plane au dessus de la tête de chacun. Charlie Nelson est un formidable Ekdal, le vieux chasseur d’ours qui revit son passé révolu dans le grenier. Mais la révélation incontestée de la pièce c’est Suzanne Aubert qui irradie le plateau de bout en bout. Actuellement glissée dans la peau d’Alice dans la transposition de Fabrice Melquiot au Théâtre de la Ville, elle interprète ici la jeune Hedvig qui aime d’un amour naïf, passionné et indicible son père dont elle guette la moindre exclusivité.

Elle incarne une offrande au sacrifice de ce qu’elle a de plus cher au monde telle une Iphigénie modernisée qui, par son geste d’amour désespéré, cherche à regagner l’affection paternelle. C’est elle qui s’occupe du canard sauvage qu’elle domestique dans un panier. L’animal qui, blessé, sombre au fond des mers et s’agrippe par le bec aux algues sous-marines jusqu’à la mort, survit dans le grenier grâce à l’attention de la jeune fille menacée de perdre la vue (comme Werle). Elle est fabuleuse de justesse et dose parfaitement les émotions de son personnages. Christophe Brault (le cynique docteur Relling) et Thierry Paret (à la fois Molvik, l’ancien étudiant en théologie et Pettersen, le domestique de Werle) complète la distribution.

Cette lecture extrêmement convaincante vaut pour sa scénographie particulièrement soignée voire époustouflante lorsqu’elle s’ouvre sur la forêt de sapins et sa brillante interprétation de la langue d’Ibsen ici modernisée sous la traduction d’Eloi Recoing. Lorsque le foyer et les illusions basculent, le décor penche également dans toute sa symbolique, omniprésente. Le canard sauvage, cet oiseau blessé qui pourrait être la réincarnation de chacun des membres de la famille Ekdal, est mijoté aux petits oignons par Stéphane Braunschweig rompant la « toile de mensonges » tissée par Ibsen. Cette reprise sonne comme le retour d’un coup de cœur théâtral assumé : entre vérité et mensonge vital se glisse un Canard sauvage d’exception, majestueux sur la scène de la Colline.
2 févr. 2014
9/10
99 0
En connaisseur d'Ibsen, Stéphane Braunschweig monte à la Colline, dont il est le directeur, un grand cru du dramaturge norvégien. Le Canard Sauvage se savoure lentement et distille le poison de ses odeurs marécageuses dans les veines de deux familles antagonistes. Cette quête de la vérité destructrice interroge notre rapport au réel et fait vaciller les idéaux d'une société bercée d'utopies fallacieuses. Emportée par une troupe de comédiens engagés corps et âme dans un spectacle éprouvant, cette pièce brille par l'incandescence de son propos. Un succès amplement mérité donc pour cet oiseau meurtri.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor