L'art de Suzanne Brut

L'art de Suzanne Brut
  • Théâtre Les Déchargeurs
  • 3, rue des Déchargeurs
  • 75001 Paris
  • Chatelet (l.1, l.4, l.7, l.11, l.14)
Itinéraire
Billets de 10,00 à 26,00
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Parce que ça, je le sais, mes peintures font comme un baume, un baume sur les plaies.

Mais qui est cette Suzanne, muette et pourtant très bavarde à l’intérieur, enfermée dans un couvent du Périgord occupé par les Allemands ?

Dans un espace où la liberté est restreinte, Suzanne crée, instinctivement et inlassablement. Sous le regard de ses complices, Sainte Jeanne et la Vierge Marie, elle dépeint avec ardeur son monde aux couleurs vives, pour tenter d'oublier l'inoubliable.

Et Suzanne connait son art !

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8 nov. 2017
8/10
14 0
Suzanne est un cœur pur, elle parle à Sainte Jeanne et surtout à la Vierge Marie, son amour pour elles se traduit par des peintures, colorées, concoctées avec tous matériels qui lui tombent sous la main.

Elle est parfois cruelle envers les autres, les animaux ou les insectes. Ça ne lui pose pas de problème, son but c’est de plaire et d’honorer ses deux « patronnes ».

Elle est servante dans un couvent du Périgord, c’est l’Occupation. On apprendra plus tard que si les restrictions touchaient la population, on laissait mourir de faim et de soif, les « malades mentaux » dans les asiles, ils ne servaient pas à grand-chose...

Comme Séraphine de Senlis, elle est habitée par le mysticisme et sa « foi du charbonnier » lui fait supporter bien des tourments, elle est plus charitable que les nonnes qui la sermonnent. Elle parle, quelle bavarde !

On comprend vite ses démons intérieurs, son traumatisme, sa douceur aussi lorsqu’elle parle de sa sœur ainée Marcelle, dont elle n’a plus de nouvelles.

Et pourtant, elle a un allié qui croit en elle, c’est le médecin ! il a vu ses œuvres et la considère comme un peintre hors normes, il lui conseille même de faire son autoportrait...

L’art pictural thérapie de l’âme, c’est ce que démontre cette belle pièce de Michael Stampe.

Marie-Christine Danède apporte son humilité, sa ferveur, son humour, grâce à la mise en scène sobre et intense de Christophe Lidon.
1 nov. 2017
8,5/10
34 0
« Parce que ça, je le sais, mes peintures font comme un baume, un baume sur les plaies. »
Tel est le credo de cette Suzanne Brut, recluse dans un couvent, dans le Périgord occupé par les Allemands.

Les plaies, elle en a, Suzanne. Sa vie est irrémédiablement détruite.
Des plaies telles qu'elle a cessé de s'exprimer comme le commun des mortels, à savoir par la parole, par le verbe.

Pour elle, c'est la peinture jaillissant de ses tripes, du plus profond d'elle-même qui lui permet de tenir, de vivre, de s'exprimer.

L'art brut de Suzanne.
L'art comme ultime expression, la peinture « sur les bois » comme dernier refuge, dernier moyen de fixer son identité.

Voilà ce qu'elle va nous raconter, Suzanne, avec ce déferlement de mots intérieurs qui eux aussi jaillissent d'elle, bruts, sans détours et sans compromis.

Il faut dire qu'elle a deux interlocutrices privilégiées, qui n'ont pas besoin selon elle de l'oralisation de son discours pour la comprendre, je veux parler de Sainte Jeanne et de la vierge Marie en personne.

Le bavardage intérieure de Suzanne les atteint directement, permettant à Suzanne de dialoguer avec elles, de les prendre à témoin.

Durant une heure et quinze minutes, nous allons faire plus ample connaissance avec cette artiste picturale pas comme les autres.

Suzanne, envahie par la parole intérieure, va nous raconter les affres et les mécanismes de ses créations, son besoin de logorrhée, son rapport à sa vie de recluse.

Tout de suite après avoir pénétré dans la salle, le spectateur est interpellé par ce qu'il voit sur la scène : un prie-dieu sur un petit podium de forme ovoïde.

Et puis, elle entre en scène.
Marie-Christine Danède sera Suzanne.

Elle va se lancer dans ce grand monologue, cette longue confession intime, ce grand moment de parole libératrice.
Avec un bel accent du nord, probablement, comme pour bien insister sur l'origine populaire du personnage.
Elle sera cette femme simple, de bon sens, confrontée à un passé qui l'a dévastée.

La comédienne est prodigieuse.
Mise en scène par Christophe Lidon qu'elle connaît bien, elle parvient totalement à exprimer la douleur tue de Suzanne et le besoin impérieux de peindre, cette nécessité de remplacer un langage par un autre.

Elle va dire le texte de Michael Stampe de façon naturelle, simple, brute.

Par moments, elle est très drôle, parce que le tragique de la Vie ne peut faire l'économie du rire et de la dérision. (Les relations avec les religieuses du couvent sont évoquées parfois de façon drôlissime.)

Une vraie trouvaille scénographique, son petit podium va s'animer en permanence d'explosions de tâches de couleur, grâces aux images video de Leonard.

La parole coule, les mots sous-entendent le caché, le tu, l'indicible. J'étais comme hypnotisé par le discours du personnage, sublimé par l'interprétation de la comédienne.

On l'aura compris, Michael Stampe l'auteur, Christophe Lidon, le metteur en scène et Marie-Christine Danède nous proposent par le biais du théâtre une vraie réflexion sur le besoin et le mécanisme de la création artistique.
Un thème assez rarement abordé, finalement.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor