L'art de la comédie

L'art de la comédie
De Eduardo De Filippo
  • Théâtre 71
  • 3, Place du 11 Novembre
  • 92240 Malakoff
Itinéraire
Billets de 10,00 à 25,00
Evénement plus programmé pour le moment
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Né d'une famille napolitaine où les enfants viennent au monde sur les planches, Eduardo De Filippo sait de quoi il parle.

Il a en lui la mémoire de ces fabuleux comédiens italiens et une soif à dire l'essentiel : le théâtre, c'est le désir de jouer, de tromper la mort.



Dans ce grand classique du XXe siècle, un préfet prend ses fonctions dans une petite ville.

Son premier visiteur est le chef d'une troupe de théâtre. Après avoir devisé sur l'art, les deux hommes se brouillent et le saltimbanque repart, par erreur, avec la liste des notables attendus le même jour par le haut fonctionnaire.

Médecin, curé, institutrice et pharmacien se succèdent dans le bureau officiel. Mais comment être sûr que ce ne sont pas les acteurs d'Oreste Campese ?

 

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20 févr. 2016
7/10
32 0
Le spectacle commence comme la Visite de la vieille dame dans une gare, avec le vacarme assourdissant et aveuglant de l’arrivée d’une locomotive.
Mais contrairement à Omar Porras, ce n’est pas par le rire que Patrick Pineau installe l’Art de la comédie.

Il fait sombre et froid. C’est l'hiver dans cette petite ville italienne coincée entre des montagnes et déserte. Tout est gris, même l’humeur de ce préfet qui emménage dans un palais désert avec juste un fonctionnaire et un planton. Tout le personnel a été réquisitionné pour venir en aide aux blessés d’un accident de chemin de fer.
Un autre drame a eu lieu précédemment, un incendie ravageant le matériel d’un directeur de troupe de théâtre itinérant qui a tout perdu puisqu’il n’avait pas d’assurance. L’homme arrive pour demander audience. Le préfet dispose d’un peu de temps avant ses rendez-vous de l’après-midi. Il aime le théâtre. Il reçoit le directeur en pensant que celui-ci va lui réclamer une aide financière.

Il est dérouté par son refus tandis que l’homme de théâtre ne partage pas l’opinion du préfet sur ce qu’il appelle la crise du théâtre. Le directeur voudrait que le préfet témoigne de son intérêt pour son art en venant assister au spectacle. Les deux protagonistes ne sont pas sur la même longueur d’onde quant aux rapports complexes entre l’art et le pouvoir. Le ton monte et le préfet finit par mettre son visiteur dehors : contentez-vous de ce que je vous offre, je dois m’occuper de choses sérieuses, pas de vos bouffonneries !

En lui remettant un bon de transport pour le faire partir le secrétaire se trompe et lui donne la liste des audiences de l’après-midi alors que le préfet raille une ultime foi, défiant le directeur comme s’il était le diable : envoyez-les moi vos personnages en quête d’auteur !
A partir de là chaque rendez-vous devient suspect : sont-ce réellement un médecin, un curé, une institutrice qui vont se présenter ou des comédiens ? Leurs demandes sont si étonnantes que le préfet croit devenir fou. Voilà un mythomane, un mégalomane, une hystérique, un paranoïaque. Rien ne semble "sérieux".
Pensant avoir à faire à des acteurs il accepte des revendications qu’il n’aurait peut-être pas accordées en temps normal. Jusqu’au pharmacien qui menace de s’empoisonner sous ses yeux en avalant une pastille d’arsenic qu’il aurait confondue avec une pastille de menthe (on pourrait entendre mente du verbe mentir) et tombe raide mort … ou pas.

C’est alors que le directeur de la troupe ramène la liste et sème un doute ultime. La pièce s’achève sans que l’on sache avec certitude le vrai du faux en basculant dans le thriller policier.
L'art de la comédie pointe avec férocité que les gens pour qui on vote ont une responsabilité à agir du fait même qu’ils détiennent le pouvoir de faire changer les choses. L’homme de la rue (ou de théâtre) ne peut que "manifester".

Le dispositif scénique choisi par Patrick Pineau comporte une passerelle métallique de 16 mètres de longueur au-dessus de trois mètres de vide qui démultiplie les entrées et les sorties. Les accessoires sont restreints au minimum, puisque le préfet vient juste d’arriver : quelques malles en fer, un fauteuil, une table encore emballée dans du papier bulle (qui claque sous l’effet de la pression). Au lointain un écran sur lequel sont projetées un portrait en ombre chinoise, le vitrail de l’église …

Il faut revenir au titre qui désigne bien la comédie. Les occasions de rire sont nombreuses, soit en raison de situation, soit par le jeu des acteurs, souvent proche de la pantomime, soit encore par leur débit verbal ou leur accent. Comme le dit Oreste Campese, l’homme de troupe (Mohamed Rouabhi) : le comédien est là pour établir entre le public et lui la magie du théâtre (…) C’est l’imprévu qui rend notre art si unique en son genre.

On peut aussi approuver le préfet (Fabien Orcier) disant que les acteurs sont de braves gens, le temps qu’ils vous font perdre, ils nous le rendent en bonne humeur. C’est que Eduardo de Filippo (1900-1984) connait son affaire et tire admirablement les ficelles. Ses personnages manient l’art du verbe avec un sens de la dialectique hors du commun. Il faut dire que, né d’une famille napolitaine où les enfants viennent au monde sur les planches, l'auteur sait de quoi il parle. Il a en lui la mémoire de ces fabuleux comédiens italiens et une soif à dire l’essentiel : le théâtre, c’est le désir de jouer, de tromper la mort.
18 févr. 2016
8/10
37 0
En 1960, dans une petite ville d'Italie coincée dans les montagnes. Le préfet de la ville vient d'être nommé avec son secrétaire, ils ne connaissent encore aucun de leurs administrés.

Arrive Campese le directeur d'une troupe de théâtre ambulant. Entre le Préfet et l'artiste, la conversation (jubilatoire), vire à la joute et ils en ressortent fâchés. A la suite d'une erreur, Campese récupère la liste des visiteurs attendus à la préfecture dans la journée et prévient que ses comédiens pourraient bien se faire passer pour eux. Pris par le doute, le Préfet voit alors se succéder dans son bureau des personnages plus vrais que nature, qu’il soupçonne de se moquer de lui. Nous ne saurons pas si ces personnages sont réels ou des acteurs de la troupe, mais ils sont irrésistibles.

Mené à tambour battant par des acteurs talentueux et dans une très belle scénographie les spectateurs se régalent de ce double jeu.
J'ai beaucoup aimé.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor