L'affaire Jean Zay

L'affaire Jean Zay
  • Théâtre de l'Épée de Bois
  • route du Champ-de-Manœuvre
  • 75012 Paris
Itinéraire
Billets à 22,00
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Jean Zay, Ministre de l’Éducation Nationale et des Beaux-Arts de juin 1936 à Septembre 1939, s’engage dès le début du conflit mondial.

Arrêté le 16 août 1940, il est condamné, après un simulacre de procès, à la déportation et à la dégradation militaire pour « désertion en présence de l’ennemi ».

Jean Zay, symbole du front populaire, sera victime d’un procès politique qui le condamne à une peine qui n’avait plus été prononcée depuis Dreyfus. Dans ce règlement de compte politique, Vichy se venge sur ceux qu’il tient pour responsables de la défaite. Durant sa détention, Jean Zay entretient une correspondance quasi quotidienne avec sa femme Madeleine. Il écrit « Souvenirs et solitude », une méditation sur sa condition de prisonnier et « L’Affaire Jean Zay » où il démonte point par point les arguments de ses accusateurs. L’ensemble de ses écrits représente d’abord un témoignage bouleversant.

Il se dessine, page après page, toute la détresse et la force d’un homme pris dans les rouages d’une dictature à laquelle Jean Zay oppose une force d’âme sans pareil. « L’Affaire Jean Zay » témoigne de l’intégrité d’un homme, dont la foi dans le droit, la justice et la liberté intellectuelle constituent un acte de résistance à la dictature vichyste.

Nous voulons faire entendre ce récit parce que nous croyons en sa force de témoignage et à la dimension émotionnelle que peut prendre cette écriture dans l’espace théâtral. Cette pensée d’un homme dans sa solitude, redevenue parole vivante, pourrait bien nous aider à structurer notre pensée contemporaine.

 

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25 janv. 2019
7/10
3 0
Une histoire bouleversante d'autant plus qu'elle est véridique et injuste. René Albold décide de redonner les lettres de noblesse de cet homme un peu oublié qui vient d'entrer au Panthéon.

Il décide de mettre en scène la correspondance presque quotidienne de Jean Zay dont la dernière lettre date du 19 juin 1944 et un journal qu'il a tenu jusqu'au 7 octobre 1943, pendant son incarcération. Une belle plume au service de l'espoir et de l'amour sans faille qu'il a pour sa femme, Marguerite. Les deux talentueux comédiens, François Patisser et Gérard Salmon jouent avec sensibilité et justesse. Ils nous parlent et incarnent les personnages de cette terrible histoire. L'espace scénique se limite à un bureau et un lit. Cela suffit largement à être aussi bien présent lors de la sentence au tribunal qu'aux côté de Jean Zay dans sa cellule. Un juste milieu entre les faits historiques et l'émotion dégagées. Pour mettre du lien et de l'intensité, Camille Albold s'occupe de la partie musicale avec sa platine de sons électros et sa guitare électrique. Le mélange pourrait en apparence surprendre mais l'ensemble fusionne à merveille.

Un spectacle étonnant qui saura vous prendre par les émotions. Les vainqueurs écrivent certes l'Histoire mais le temps permet de redonner vie à des Hommes qui avaient à coeur la liberté et l'égalité de l'ensemble des citoyens.
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8 janv. 2019
8,5/10
36 0
Mais comment se fait-il donc que Jean Zay soit si méconnu de l'ensemble des Français (y compris d'ailleurs par votre serviteur...) ?

Alors oui, évidemment, son nom est accolé à un centre culturel ou une piscine, dans certaines mairies communistes de banlieue...
v
Mais pourquoi les mérites de cet homme politique ne sont-ils pas reconnus à leur juste valeur ?

Ministre à 32 ans de l'Education Nationale et des Beaux-Arts du gouvernement Blum de 1936, nous lui devons nombre de grandes réformes concernant la scolarité, avec notamment la prolongation de l'obligation scolaire à 14 ans, la création de nombreux postes d'Enseignants, le dédoublement des classes, mais également la création de nombreux et importants musées (les Arts et Traditions populaires, par exemple), ainsi que la création du Festival de Cannes en 1939 (qui n'eut pas lieu, et pour cause...)
Il a également restructuré le Théâtre public et redressera la Comédie Française de l'époque.

Jean Zay décida de s'engager dans l'armée française, dès 1939. Personne ne lui avait demandé.
Il sera accusé ignominieusement de désertion par le gouvernement de Vichy, arrêté, dégradé et condamné à la déportation sur l'île du diable, en Guyane.

Comme le capitaine Dreyfus en son temps. On comprend mieux à l'aune de cette triste similitude le titre « L'affaire » Jean Zay.
Il restera emprisonné jusqu'en 1944, et sera abattu dans un bois. Par des miliciens Français.

Le metteur en scène René Albold a eu l'excellente idée de tirer une belle dramaturgie des ouvrages « Ecrits de prison » et « Souvenirs et solitude » de ce héros.
Nous sommes dans sa cellule, matérialisée par un rectangle de moquette élimée. Une table et un tabouret à cour, un lit en fer et une paillasse à jardin.

Il est là, devant nous, en la personne du comédien François Patissier.
A ses côtés, un homme. Qui assure le rôle du choeur. Ce choeur, c'est le Peuple, pour qui il a tant travaillé. C'est Georges Salmon qui interprète ce personnage.

Quatre thèmes constitueront le propos de l'adaptation de René Albold : les conditions de l'emprisonnement, le récit du quotidien du prisonnier, les événements politiques entre 36 et 40, ainsi que la correspondance avec Madeleine Zay, son épouse.

Tout au long de cette heure et demie, nous assistons à une descente aux enfers, mais pas d'un point de vue strictement chronologique. Le récit va comporter de nombreux flashs-backs et autres retours en arrière. Le parti-pris est judicieux et fonctionne parfaitement.

François Patissier est impressionnant. Il incarne cet homme privé de sa liberté, de sa famille, qu'on veut évidemment museler, casser et finalement abattre.
Il nous fait ressentir l'injustice, l'ignominie, la froidure et la solitude carcérales, mais nous démontre également les mécanismes fascistes qui ont conduit à son incarcération.

Il est aussi très émouvant, dans ses adresses à l'épouse du prisonnier, à ses filles.

Georges Salmon est à ses côtés, faisant avancer le récit, donnant des précisions historiques. Jamais ils ne dialogueront. Il est glacial, et confère à son personnage un statut et une dimension qui font eux aussi ressortir pleinement tout le drame.

Au lointain, la musicienne Camille Albold, à la guitare électrique Télécaster Fender aux notes claires, ainsi qu'aux machines délivrant des boucles et samples sourds, pesants, Camille Albold installe un climat musical et sonore particulièrement en phase avec ce qui nous est raconté et montré.

Bien entendu, au-delà de l'aspect historique, tout le mécanisme théâtral nous amène à nous poser de nombreuses questions. Nous sommes amenés à prendre conscience de l'acte de résistance, face à l'inacceptable, face à la barbarie fasciste et antisémite.
Et puis bien entendu, nous sommes devant un miroir qui nous est tendu : quelles sont nos propres facultés à vouloir résister, que sommes-nous prêts à ne pas ou ne plus tolérer ?
Quel est notre degré d'engagement par rapport à toutes ces questions ?

Et puis bien entendu, ces questions résonnent avec une actualité politique européenne et française, cette actualité qui voit monter les extrémismes et les dérives nationalistes.

Cette entreprise théâtrale est importante et nécessaire.
Oui, le théâtre peut et doit faire œuvre non seulement de mémoire mais également peut et doit servir à regarder notre monde à la lumière de ce qui est déjà arrivé.

René Albold et ses comédiens démontrent de façon claire et lumineuse ces deux postulats.
Je serais prof d'histoire de terminale, j'emmènerais mes lycéens voir toutes affaires cessantes ce spectacle.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor