• Classique
  • Théâtre de la Contrescarpe
  • Paris 5ème

La Voix Humaine

La Voix Humaine
De Jean Cocteau
  • Théâtre de la Contrescarpe
  • 5, rue Blainville
  • 75005 Paris
  • Place Monge (l.7)
Itinéraire
Billets de 17,00 à 35,00
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Dans cette mise en scène audacieuse, "La Voix Humaine" révèle, avec subtilité et émotion, les liens secrets du texte avec la vie de Cocteau.
 
Une femme téléphone pour la dernière fois à son amant qui la quitte.

Entre tendresse et rage, elle tente de retenir cet amour qui ne tient qu'à un fil : celui du téléphone, " arme redoutable de la vie moderne " chargée de multiples possibilités de mensonge.
 

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8,5/10
13 0
Expérience étrange et impressionnante, cette représentation de LA VOIX HUMAINE de Jean Cocteau laisse un gout d’aventure inédite et déroutante. Nous sommes confrontés à une théâtralité aux contrées intangibles et peu explorées. La mise en scène de Charles Gonzalès, implosive et inductrice, affiche un parti-pris aux allures intimes et complexes.

Gonzalès apporte au texte de Cocteau une approche sensible et mystérieuse à la fois, sublimant la voix. Comme un subtil mélange entre un art concret de la représentation du réel et la délivrance d’une mélopée tragique des douleurs de l’amour.

Bien sûr, la voix est utilisée comme l’organe qui transmet des messages, dans ses acceptions techniques et matérielles mais elle se révèle aussi le média de propos inavoués et implicites. De non-dits qui résonnent depuis l’univers métaphorique de Cocteau, où le romantisme onirique sait suggérer le dévoilement des relations à l’amour.

Nous sommes dans un studio d’enregistrement où la comédienne (magnifique Yannick Rocher) porte un casque et reste immobile le plus souvent, assise sous un micro qui pend. Seule sa voix prédomine. Elle dit le texte sans marquer les intonations, laissant échapper les émotions des mots dits et des situations évoquées. Une monocordie envoutante et émouvante. Plusieurs ruptures viennent interrompre la parole, laissant au corps le soin de nous entreprendre, de nous montrer l'attente douloureuse et la souffrance de l'espoir.

La voix parle comme on parle au téléphone, avec des silences laissant deviner l’autre, avec des reprises comme quand la communication passe difficilement. La voix peut être celle d’une femme qui quête un dernier lien avec son amant parti. Elle peut être aussi celle de l’auteur qui parle à la vie ou à son être aimé.

La douleur languissante est telle qu’elle ne semble pas pouvoir s’interrompre. Comme si la Voix Humaine se mettait à aimer désormais la souffrance autant voire plus que l’être cher qui la quitte.

Face à l’absence d’amour, se résoudre à aimer l’absence comme une mémoire de cet amour ?

La structuration scénographique de Charles Gonzalès est d’une adresse travaillée, alliant musiques, sons, vidéos et lumières, construisant un écrin froid, soyeux et épuré pour le jeu.

L’interprétation de Yannick Rocher est toute en maitrise et en finesse, à corps et cœur perdus. La voix dit le texte avec des scansions mesurées, jouant des échos parsemés de celle de Berthe Bovy, la comédienne qui créa le rôle en 1930. Impressionnant. Le corps crie ses meurtrissures dans le silence de la solitude et les affres de l’abandon.

Un spectacle étonnant, d’une audace inouïe et curieuse. Une proposition novatrice et exemplaire du chef d’œuvre de Jean Cocteau. Une découverte que je recommande vivement.
18 oct. 2017
8,5/10
53 0
Voici un objet théâtral rare et fascinant.
Un spectacle totalement original et prenant.

« La voix humaine », la pièce écrite par Jean Cocteau, a été créée à la Comédie française en 1930 par la comédienne belge Berthe Bovy.

Il s'agissait d'entendre une femme téléphoner à son amant, par le biais de la technique téléphonique d'alors, avec les opératrices et les autres abonnés qui pouvaient écouter tout ce que vous disiez.

En 2017, le metteur en scène Charles Gonzales, s'il respecte à la lettre le texte de Cocteau, va nous proposer de vivre une sorte d'expérience, à savoir une réflexion sur ce merveilleux instrument commun à la grande majorité de l'espèce humaine : la voix.

C'est la premier mouvement (Lento - Sostenuto Tranquillo Ma Cantabile) de la sublime 3ème symphonie du compositeur polonais Henryk Gorecki qui accueille le public dans la salle.

Sur scène, on aperçoit un micro sur pied, et un casque audio.
Ainsi qu'une servante, au lointain.

Puis, le noir tombé, une ombre arrive du fond de la salle.
Pendant qu'elle monte sur scène, cette ombre, vient se mêler à Gorecki un enregistrement nettoyé par l'Ircam d'une représentation de la pièce en 1930. On perçoit les trois coups, et la voix de Berthe Bovy elle-même.

La servante s'allume.
Rouge !
Ce sera donc un enregistrement de la pièce.

Nous allons entendre le texte de Cocteau, mais avec une traversée du miroir sonore.

Nous voici happés, hypnotisés par la voix de Melle Rocher.
Nous assistons à une sorte de recherche formelle sur tout ce qui se rapproche de près ou de loin au travail vocal.

A commencer par une introspection. En radio, au cours d'une émission ou d'un enregistrement, le fait de porter un casque vous permet de contrôler votre voix tout en parlant.
On ne peut avoir une belle voix, une voix de ventre, qui si cette boucle sonore intime est réalisée.

A l'heure où le message sonore est galvaudé, peu d'espaces sont aussi propice à cet exercice d'écoute de soi.

Yannick Rocher est à cet égard remarquable.
De ce texte « décharné » de Cocteau (selon l'épithète utilisé par Charles Gonzalès), de ce texte qui nous raconte la passion amoureuse, elle fait une vraie mélodie orale et sonore.
Un débit posé, un phrasé délicat dans lequel tous les mots se détachent, se répètent, des tuilages avec une autre voix qui répète parfois le texte.

Parfois, la voix de l'actrice explose dans des fulgurances oralisées.
Avec toujours Gorecki en fond sonore.

La comédienne est comme sculptée par les lumières subtiles que le metteur en scène a lui-même créées. Elle sera beaucoup éclairée en contre ou de profil.

Et puis soudain, le groupe Procol Harum entame son « A whiter shade of pale », pendant qu'un film noir et blanc est projeté montrant Monique Dorsel, autre comédienne belge créatrice et directrice du Théâtre-Poème de Bruxelles, se promener dans une sorte de cité fantôme.
Yannick Rocher va alors esquisser une danse, autre langage corporel, côté jardin.

Le texte de Cocteau s'achève. Nous avons peut-être pénétré l'âme de ses mots, par le biais de leur expression oralisée.
Le comédienne reprend son manteau. Dans une très jolie scène finale, elle replonge la salle dans le noir.

Nous, les spectateurs, allons revenir de ce voyage introspectif.
Les sons, non seulement entendus mais écoutés, se sont mêlés à notre voix intérieure, la voix véhiculée par le téléphone du poète, reliant Yannick Rocher non pas seulement au destinataire de l'appel mais à tout le public.

On l'aura compris, c'est un spectacle qui interpénètre le dit et le non-dit , le visible et le caché, l'exprimé et le tu, la parole et le silence, l'âme et la voix.

Fascinant !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor