La trilogie : Le Dernier Jour de sa vie (trois pièces d’après Sophocle)

La trilogie : Le Dernier Jour de sa vie (trois pièces d’après Sophocle)
De Wajdi Mouawad
Mis en scène par Wajdi Mouawad
  • Théâtre national de Chaillot
  • 1, place du Trocadéro
  • 75016 Paris
  • Trocadéro (l.6, l.9)
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Wajdi Mouawad revient vers une des sources vives de son œuvre d’auteur et de metteur en scène, la Grèce antique, dont Sophocle est pour lui la figure essentielle. Il s’intéresse aujourd’hui à ces héros tragiques que sont Ajax, Philoctète et Œdipe.

 

Nos intuitions sont-elles des prémonitions ? Appelons-nous à nous défaites et victoires ? Appelons-nous le malheur ? Nous sommes des arbres visités par des oiseaux insatisfaits. Quelque chose nous dépasse. Lames de rasoirs laissées entre les mains d’un enfant qui en ignore les dangers. Mare de sang qui ne porte plus son nom. Comme une intuition flottante qui serait ou pourrait devenir prémonition. C’est une noyade dans l’eau de nous-même. Que se passe-t-il quand il ne se passe plus rien ?

– Wajdi, si tu devais compléter la phrase suivante : « s’il n’en tenait qu’à moi, je… »

– Je laisserais la mise en scène de textes que je n’ai pas écrits pour retrouver le chemin des ronces où pousse, de travers, l’écriture de celui qui sait qu’il n’est ni poète ni artiste, mais qui, précisément parce qu’il le sait, choisit de faire semblant de l’être, choisit de jouer au poète, de se déguiser en poète, se disant que plus il aura l’air d’être un poète plus ce qu’il écrira aura l’air d’être un poème. Il lui suffit de pousser autant qu’il en est capable la supercherie. Et cela enfin dit, enfin avoué, enfin réglé, fuguant pour toujours, le voilà libre d’aller se jeter à la mer pour s’enfoncer vers les abysses et retrouver le poisson de la prime enfance, ce poisson-soi, qui vit au fond de l’eau sombre des mots mauvais et dont les écailles, miroitantes au milieu des déjections, reflètent les figures d’une mémoire merveilleuse qui ne sait regarder que le présent. / Wajdi Mouawad

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1 juin 2016
7,5/10
70 0
Wajdi Mouawad a ouvert le bal avec Ajax-cabaret.
Ce premier volet a de quoi en dérouter plus d’un. Inspiré de l’œuvre de Sophocle et d’Homère, le résultat nous a clairement déçus. A la mort d’Achille, Ajax estime que les armes du défunt lui reviennent de droit mais Agamemnon et Ménélas décident de les remettre à Ulysse.

De cette injustice vécue comme une véritable trahison nous proviennent la colère, la mort, l’humiliation. Des thèmes forts malheureusement bien édulcorés et perdus dans un cabaret entièrement décousu qui ne parvient pas à faire sens et unité dans notre esprit. Tout est décousu, alambiqué. Dans un patchwork scénique, Dark Vador croisera cinq maîtres de cérémonie d’un genre bien particulier et sauvera du suicide un Ajax nu et enchaîné comme un animal. Si la volonté de traiter de l’origine de la douleur et de la souffrance peut se faire ressentir, avec un très beau passage textuel mettant en parallèle l’humiliation et l’humilité, l’adaptation libre n’a pas l’effet escompté et rate sa cible. Cela en devient presque affligeant. Rien de transcendant donc et nous cherchons encore à quel moment l’esprit et le talent que nous admirons tant de Wajdi Mouawad a pu s’exprimer librement dans un tel désastre.

Heureusement, après une pause salutaire pour tenter de digérer la déception vécue dans la première partie, changement radical d’ambiance. Avec Inflammation du verbe vivre, nous retrouvons enfin la force d’écriture et de création du nouveau directeur de la Colline. Bien qu’un peu long (deux heures vingt), ce deuxième opus est remarquable et magnifique. A la mort de Robert Davreu, son traducteur, Wajdi Mouawad s’interroge sur le sens de continuer à se lancer dans le projet fou de parcourir les sept tragédies de Sophocle comme elles ont traversé les siècles.

Ecrire pour ne pas trahir l’esprit initial, écrire soi-même, écrire autrement, écrire pour honorer une mémoire, celle d’autrui ou tout simplement la sienne, puiser dans le passé pour apprécier le présent et se tourner vers l’avenir. Etonnamment, cela fonctionne parfaitement. Prenant appui sur le personnage de Philoctète, il nous entraîne dans un univers de rencontres et de recherches. Est-ce parce que l’auteur excelle dans la fusion des tragédies antiques et contemporaines ? Difficile à dire mais toujours est-il que quelque chose de magique s’opère sur le plateau. L’écriture nous touche. Wajdi se met en scène, il se fragilise devant nos yeux et n’a jamais été aussi humble et touchant que lorsqu’il fissure sa carapace de héros de théâtre pour nous confronter au rire et aux larmes, aux vivants et aux morts. Tout simplement bouleversant.

Ayant placé le curseur très haut avec sa pièce central, difficile de faire aussi bien pour clôturer une trilogie antique de longue haleine. Et pourtant, Les larmes d’Œdipe nous cueille dans un état de fatigue indéniable et nous chamboule en douceur. Ayant déjà un petit faible pour le mythe d’Œdipe, nous voici pris dans le tourbillon Mouawad, naviguant entre la Grèce antique et la Grèce moderne.

A Athènes, le vieil aveugle cherche un endroit pour vivre le dernier jour de sa vie, accompagné fidèlement par sa fille Antigone. C’est alors qu’un coryphée vient se réfugier et transmettre la colère de la ville : un jeune garçon de quinze ans vient d’être assassiné par la police. Deux époques donc avec une histoire commune, celle du malheur et de la mort. Comment trouver un apaisement au moment du souffle ultime ? Peut-on entrevoir une forme de réconciliation dans ces moments-là ? Partir d’un mythe fondateur pour en faire écho dans notre monde actuel est un projet honorable mais aussi un pari risqué tant nombreux sont ceux qui s’y sont cassé les dents. Cependant, Wajdi Mouawad relève le défi haut la main et nous atteint directement, sans détour.

Une fois effacée la déception d’un démarrage laborieux, Le dernier jour de sa vie ouvre des portes de réflexion sur un monde plus vaste, soufflé du passé mais qui s’embrase dans le présent. Sophocle n’est peut-être pas aussi éloigné de nous que nous le pensons. Wajdi Mouawad aura au moins le mérite de tendre à confronter l’hier et l’aujourd’hui dans une création audacieuse à la saveur de catharsis collective. Un vaste programme, à la fois passionnant et exaltant.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor