La Petite Fille de Monsieur Linh

La Petite Fille de Monsieur Linh
De Philippe Claudel
Mis en scène par Célia Nogues
Avec Sylvie Dorliat
  • Sylvie Dorliat
  • Lucernaire
  • 53, rue Notre-Dame-des-Champs
  • 75006 Paris
  • Notre-Dame-des-Champs (l.12)
Itinéraire
Billets de 19,00 à 40,00
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M. Linh est un vieil homme fatigué. Le voilà, au terme d'une traversée éprouvante, qui débarque dans un port occidental, une modeste valise de cuir bouilli posée à ses pieds, sa petite fille dans ses bras : Sang-diû.

Un prénom qui signifie "matin doux".

Mais c'est un froid glacial qui accueille l'exilé et sa descendante. Il faudra l'homme au banc et sa voix grave pour que la vie de M. Linh reprenne du sens. Entre les deux hommes, une étrange amitié se noue. L'un parle, l'autre écoute. Ils se comprennent, non par les mots mais avec le coeur. Et un rien déchire la grisaille...

 

Ce court roman de Philippe Claudel est paru en 2005. Une histoire d'exil, d'amitié et de folie d'après celui qui est aussi l'auteur des "Âmes Grises" et réalisateur d' "Il y a longtemps que je t'aime".

 

Note rapide
6/10
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67%
2 critiques
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33%
Toutes les critiques
5 août 2019
6,5/10
2 0
Philippe Claudel écrit son roman "La Petite Fille de Monsieur Linh" en 2005.

L'adapter en pièce de théâtre est un défi que relève avec brio Sylvie Dorliat. Elle donne une nouvelle vie à l'histoire dans son écriture et aussi dans son interprétation. D'ailleurs, elle ajoute des éléments comme le fait de devenir mère. Un choix qui m'a un peu déstabilisé par moment. Comme si parfois deux histoires rentraient en conflit pour tenter de se fondre en un tout.

Pourtant l'émotion vive, à fleur de peau est d'une intensité similaire partout où l'on nous guide. Le mystère sur cette petite fille s'épaissit même si des indices nous sont donnés ici et là. On entend une voix d'enfant enregistrée faire des commentaires. Une façon supplémentaire de troubler le spectateur ?

La mise en scène de Célia Nogues garde la douceur, la délicatesse et la poésie du récit. Jeux d'ombres et de contrastes, avec la tenue simple de la comédienne, une petite valise, de grands panneaux blanc, l'univers visuel est décrit. Il ne faut rien d'autre pour accompagner le spectateur dans ce voyage étonnant et cette rencontre surprenante.
Parfois des petits gestes suffisent à dire beaucoup comme tu existes pour moi. Le travail de ces deux femmes nous fait sentir l'amour, la tendresse et la bienveillance présent dans le roman.

On se laisse porter par des sentiments forts et touchants.
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3 juil. 2019
8/10
3 0
« La petite fille de Monsieur Linh » de Philippe Claudel, adaptée et interprétée par Sylvie Dorliat, mise en scène par Célia Nogues au théâtre du Lucernaire (salle Paradis) est un conte à l’imaginaire développé aux accents présents.

Je ne connaissais pas le roman de Philippe Claudel, auteur auréolé de nombreux prix, mais cette histoire, cette écriture aux reflets poétiques se laisse apprécier dans la douceur d’une rencontre. Sylvie Dorliat a donné vie à tous ces mots couchés sur le papier, endormis par la fureur de la guerre que l’on veut fuir. En plusieurs dimensions, elle illustre le périple de ce pauvre grand-père qui a tout perdu, mis en lumière par Célia Nogues.

On ne sait pas de quel pays Monsieur Linh s’enfuit, ni même dans quel pays il émigre, même si nous avons au fil du récit quelques idées, mais le sujet n’est pas là. C’est celui de l’exil dû à la guerre avec tous les déchirements qu’il induit, celui de l’accueil que l’on fait à toutes ces personnes dans nos pays dits en paix.
Monsieur Linh s’enfuit avec une simple petite valise, en serrant dans ses bras sa petite-fille Sang Diû, un prénom évocateur qui signifie « matin doux », qu’il a sauvée de ce cauchemar que représente la guerre…il a perdu sa femme, son fils, elle a perdu ses parents.

Arrivés dans un « port occidental », un monde curieux, froid, Monsieur Linh va rencontrer, subir une nouvelle épreuve, celle de se faire accepter par une population pas toujours coopérative, pas toujours accueillante.
Une situation qui ne change pas aux fils des années, comme le montre l’actualité brûlante.

Sylvie Dorliat de sa voix grave et passionnée conte cette histoire, ce drame avec beaucoup d’humanité.
Le soleil de sa voix nous réconforte tant cette histoire banale, que tant de personnes vivent de nos jours, nous cueille d’émotions.
Elle évoque dans une légèreté bienveillante la rencontre, sur un banc, de Monsieur Linh avec celui qui deviendra son ami, son confident, jusqu’au dénouement tragique : Monsieur Bark. Un banc objet central de ce décor sur lequel la vie s’écoule avec ses misères et ses joies.
Monsieur Bark, un homme qui fume cigarette sur cigarette d’une façon étrange, tout comme sa personnalité nous interpelle. Son côté clownesque donne de la souplesse à cette atmosphère parfois pesante.
Monsieur Linh, au fil de ses souvenirs, trouve de la chaleur dans ces rapports amicaux, un sens à sa nouvelle vie.
Sa petite-fille qu’il aime tant, malgré la charge que cela représente, est l’objet de toutes ses attentions, celle qui le maintient en vie. Elle lui permet de surmonter sa nostalgie d’une famille unie et séparée par les affres de la guerre qu’il ne reverra plus jamais.
Il est exilé, il est devenu un émigré, un émigré noyé dans la masse qui doit s’adapter, au-delà de la folie, à ce monde étrange, cruel, parfois hostile.

Célia Nogues qui signe la mise en scène de ce roman adapté par Sylvie Dorliat, a su concilier le temps présent vécu par cet exil, et la nostalgie qui habite ce pauvre homme déraciné de son pays, de ses amours.
Une petite lumière rouge suspendue dans le temps, témoin d’une présence, comme on peut la voir dans les églises, liée aux voilages, signes du mouvement, du temps qui passe, crée un espace de vie, de rencontres, de dialogues.
Célia Nogues joue, dans les mouvements, les ombres, avec le corps de Sylvie Dorliat pour faire passer toutes les émotions que le texte procure.

Un texte, un jeu, une émotion à découvrir pendant tout l’été.
Monsieur Linh est contraint de quitter son pays natal (que l'on suppose être le Vietnam mais c'est sans importance). Sur le bateau qui l'emporte loin de ses racines, loin du souvenir d'une famille et d'un village dévastés par la guerre, il n'emporte qu'une petite valise et sa petite-fille Sang Diu, ce qui signifie "Matin doux". La petite est d'une sagesse rare. Jamais un cri, jamais un pleur. Un petit ange. Quelque temps après son arrivée dans son pays d'exil M. Linh rencontre Bark. Lui aussi est seul depuis le décès de sa femme. Les deux hommes ne parlent pas la même langue mais leur solitude et leur douleur les rapprochent. L'un comme l'autre, bien que de culture différente, ne semblent animés que par le besoin de mémoire. Un devoir plus qu'un besoin.

Le texte de Philippe Claudel, publié en 2005, est presque un conte. L'adaptation théâtrale de Sylvie Dorliat a ce rythme lent du temps qui s'attarde et s'étire à n'en plus finir pour celui dont la douleur est trop intense. Le récit de l'histoire de M. Linh est dit avec pudeur mais aussi avec la distance du conteur, du regard extérieur, du témoin anonyme. La qualité de la scénographie et de l'ambiance sonore crée un univers légèrement onirique malgré la violence sourde qui transpire. La violence du passé, la violence de l'exil, la violence de l'accueil en terre étrangère, la violence de la solitude, du chagrin. Une violence qui pousse vers la folie. Et le même besoin de retrouver des repères.

Hélas l'interprétation et la direction d'acteur sans grand relief finissent par bercer le spectateur au détriment de l'émotion. Si l'auteur semble avoir voulu garder une certaine distance avec nos émotions, la chute ne saisi pas le spectateur comme elle le devrait. Dommage car on en perd beaucoup du message délivré par le conte.

Bref, une belle écriture. Un beau texte sur l'exil, le besoin de repères, la solitude, le devoir de souvenir. Une mise en scène froide par excès de pudeur.
17 juil. 2017
6,5/10
11 0
Un début rendu difficile de par la gestuelle et la diction de la comédienne mais ensuite on se laisse guider par cette histoire touchante au parfum de l'Asie dans les moments difficiles de son histoire.

Les ombres et le décor nous font voyager au coeur de l'Asie, belle mise en scène. La comédienne m'a donné envie de découvrir ce roman et P. Claudel.
17 juil. 2017
8/10
25 0
Une histoire d'exil.
L'histoire d'un homme qui doit tout abandonner.
Son pays, sa femme et son fils, tous deux victimes de la guerre.

Une histoire terriblement actuelle.
M. Linh est cet homme. Ce migrant.
Il n'a pas eu le choix. Après avoir trouvé sa femme et son fils abattus auprès d'un bœuf éventré, il doit fuir.

Mais il n'est pas totalement seul.
Sang Diû, sa petite fille l'accompagne. Il la serre dans ses bras.

Après un terrible voyage en mer, il parvient à rejoindre un pays qui pour lui ne sera qu'un monde hostile.

Une histoire d'addition de deux solitudes, une histoire d'amitié.
Car la rencontre avec M. Bark, un autre déraciné, sera déterminante. A plus d'un titre.
Un dénouement inéluctable et dramatique conclura ce conte moderne.

La comédienne Sylvie Dorliat a adapté ce roman de Philippe Claudel, car elle avait très envie de nous le transmettre en mettant en sons et en images les mots de l'auteur qu'elle nous dit, de sa voix grave.

Elle a demandé à Célia Nogues de mettre en scène cette adaptation.
L'entreprise est réussie.
J'ai été happé par cette évocation d'un des drames humains les plus actuels.

Melle Dorliat apparaît en contre-jour, son ombre étant projetée sur l'un des trois grands voilages qui constituent avec un joli petit banc le décor de la pièce.
Ces voilages serviront très judicieusement d'accessoires, à la toute fin du spectacle.

Elle est vraiment ce M. Linh, devenu pour les autres immigrés un impersonnel « Oncle », comme les autres.

Elle nous fait croire à la solitude, au désespoir, au poids du destin qui accablent cet homme, mais également à l'amour protecteur (trop?) qu'il porte à sa petite fille.

Puis, elle incarne M. Bark, avec une vraie faconde, avec une vraie truculence. (Un tout petit bémol : on ne croit pas un seul instant au « savoir fumer » de la comédienne. Là, la mise en scène est peu exagérée. Mais peu importe...)

La comédienne nous raconte ensuite cette rencontre de deux solitudes en terra incognita.
Elle excelle vraiment à traduire en mots et en images ce roman poétique et onirique.
C'est une vraie réussite.

Et puis, c'est l'occasion de réécouter les belles pièces musicales de Gabriel Yared, composées pour le film de Jean-Jacques Annaud « L'amant ».
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor