• Classique
  • Théâtre de l'Odéon
  • Paris 6ème

La ménagerie de verre, avec Isabelle Huppert

La ménagerie de verre, avec Isabelle Huppert
De Tennessee Williams
Mis en scène par Ivo van Hove
Avec Isabelle Huppert
  • Isabelle Huppert
  • Théâtre de l'Odéon
  • place de l'Odéon
  • 75006 Paris
  • Odéon (l.4, l.10)
Itinéraire
Billets de 8,00 à 40,00
À l'affiche du :
27 avril 2021 au 5 juin 2021
Jours et horaires
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l m m j v s d
    • HORAIRES
    • 15:00
    • 20:00
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“La scène est la mémoire”. Elle est peuplée d’un trio de figures : une mère, Amanda, et ses deux enfants, Laura et Tom. Amanda s’imagine encore en grande dame de la bonne société du Sud.

Tom, qui se voudrait poète, subvient aux besoins de la famille en travaillant dans une usine de chaussures et saisit le moindre prétexte pour filer au cinéma. Quant à Laura, son aînée de deux ans, d’une timidité maladive, voire inquiétante, elle ne quitte pas l’appartement et consacre des heures à entretenir sa collection d’animaux en verre filé... 

Trois solitudes presque à huis clos, trois fragilités, trois façons de rêver d’une autre existence. Un soir, une solution semble se présenter en la personne de Jim O’Connor, “gentil jeune homme ordinaire” qu’Amanda verrait bien se fiancer à Laura. Mais Jim n’est qu’un rêve illusoire de plus, sans doute le dernier... L’intrigue de La Ménagerie de verre est simple et insaisissable comme un souvenir raconté par Tom, qui fait du plateau le lieu où convoquer son passé.

Avec La Ménagerie de verre, qui fut en 1945 son premier grand succès, Williams réussit une synthèse bouleversante entre l’héritage du symbolisme et l’écriture du quotidien. Du même coup, il invente le memory play, qui redonne à voir l’un des pouvoirs fondamentaux du théâtre : donner corps aux fantômes.

Après Vu du pont d’Arthur Miller, autre memory play, Ivo van Hove revient à l’Odéon avec ce chef-d’œuvre fondateur et offre à Isabelle Huppert l’un des rôles mythiques du répertoire américain.

 

Isabelle Huppert jouera en 2020 dans La Ménagerie de Verre, de Tennessee Williams, mis en scène par Ivo van Hove.

Note rapide
7,3/10
pour 3 notes et 3 critiques
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Note de 4 à 7
33%
2 critiques
Note de 8 à 10
67%
Toutes les critiques
23 mars 2020
4,5/10
22
Etats Unis, dans les années 30 à Saint Louis : alors que le pays est secoué par une crise économique sans précédent, une famille en équilibre instable nous est présentée. Le père est parti, laissant Amanda, la mère, seule avec deux enfants, qui se réfugie dans son passé au temps de la splendeur sudiste : Tom l’ainé, qui travaille pour faire bouillir la marmite familiale et Laura, qui vit dans son monde intérieur, seuls son frère et sa mère peuvent la faire revenir dans la réalité vacillante. L’espoir qu’elle rencontre un ‘galant’ va bouleverser cette famille.
Tennessee Williams nous livre les clés qui régissent les relations complexes au sein de cette famille en plongeant dans leur intimité. Cette pièce fut son premier succès et c’est sans doute ma préférée.
Que j’avais hâte de retourner à l’Odéon, pour voir une pièce que j’aime beaucoup avec ma Queen préférée Isabelle Hupert et aux manettes un metteur en scène qui ne m’a jamais déçue : Ivo Van Hove ! Il faut dire que j’avais de fortes attentes après être tombée sous le charme de Cristiana Réali et de sa famille au théâtre du Poche Montparnasse l’hiver dernier dans la même pièce, je m’apprêtais donc à plonger à nouveau avec délice dans l’univers de Tennessee Williams.

Ma foi, j’ai été assez déçue. Je crois que c’est la mise en scène qui m’a fait le plus mal au cœur.
D’abord il y a ces très nombreuses baisses du rideau, certes rapides, mais qui hachent la pièce de façon désagréable. Les actions les plus fortes du texte se déroulent souvent au ras du sol perdant ainsi tout leur effet dramatique car il n’y a pas d’accessoires sur scène : pas une chaise, ni un lit. On vit au ras du sol !

Il y a aussi ce décor : on a l’impression d’être enfermé dans une boite dont les parois ont l’air recouvertes d’une substance peu ragoutante maronnasse alors oui c’est bien pour le coté étouffant mais le plaisir des yeux en prend un coup au moral.

Déception aussi coté comédien, alors Isabelle Huppert est à son habitude sublime et éblouissante avec un jeu intense, mais parfois trop, bien trop, intense qu’elle efface un peu, beaucoup, ceux qui lui donne la réplique. C’est Justine Bachelet qui en fait le plus les frais, elle est totalement insignifiante comme si son personnage Laura était littéralement vampirisé par sa mère. Bref je suis déçue.

Il y a le texte de Tennessee Williams heureusement.
19 mars 2020
10/10
13
Excellente pièce, on est plongé dans l'ambiance "vieux sud du Mississipi", c'est très prenant.

En bref, Amanda élève seule ses deux enfants (la famille Wingfield, Tom & Laura), dans une ville du Mississipi. Tom est le seul salaire de la famille, il travaille dans une usine de chaussure. Laura est maladivement timide. Amanda est sur leur dos. Un jour, Tom invite un de ses amis ouvrier d'usine diner. C'est un évènement pour la famille.

C'est magnifique. Un huit clos familial, ou chacun s'échappe comme il peut pour faire face à la morosité du quotidien :
- Amanda : vit dans son passé de midinette, ou elle était courtisée par des galants
- Tom : s'échappe tous les soirs au cinéma ou au spectacle
- Laura : vit dans sa tête, à travers sa ménagerie de verre (des petites figurines en verre)

On sent très bien l'ambiance chaude et lourde du vieux sud en été. La pesanteur quotidienne. C'est très réaliste. Les personnages sont tous tiraillés entre la vie dans leur tête (leurs rêves) et leur quotidien (leurs devoirs). Ils ont de la tendresse les uns pour les autres, mais en même temps ils s'engueulent. C'est une vraie famille.

J'ai particulièrement aimé :
- les décors : la grotte maronasse dans laquelle ils vivent. Ca m'a fait penser aux appartements en souplex, à Paris. Les peintures sur les murs sont terrifiantes/magnifiques. Lorsqu'il pleut, les bruit des gouttes est magnifiques.
- la musique : Barbara chanté par Laura, c'est magnifique.
- le jeu des comédiens : bravo à Tom pour tous ses mouvements, à Laura pour son interprétation du handicape, Amanda pour son rôle de mère bourgeoise déchue (et son orgasme qu'elle mime!). J'ai moins aimé le rôle de l'ami de Tom, un peu trop caricatural dans le Ricain "Yes we can". J'ai eu moins d'émotion.

Je recommande vivement, je suis restée toute émue pendant longtemps <3
11 mars 2020
10/10
14
A l'ombre d'une jeune fille en verre...

Ainsi donc, je pourrai dire « j'y étais ! »

Je pourrai raconter que j'ai assisté à une leçon de théâtre !
Un magistral cours d'art dramatique donné par l'un des plus talentueux et inspirés metteurs en scène de sa génération, et par un quatuor de comédiens en état de grâce.

C'est la deuxième fois qu'Ivo Van Hove signe une mise en scène à l'Odéon, où il continue d'explorer sa vision du théâtre américain, un théâtre qu'il affectionne tout particulièrement.
Après le « Vu du pont » d'Arthur Miller, il se frotte à Tennessee Williams. Parce que le texte n'a peut-être jamais été aussi actuel.

En effet, le texte résonne furieusement avec notre monde contemporain.
Dans ces années 30, les apparences, l'idéalisation du passé, le mensonge, la réaction instantanée, le « réflexe sans réflexion », la violence facile, gratuite et décomplexée ont mené aux fascismes et puis à la guerre totale.

Ne serions nous pas en train de revivre ces années-là ?

Pour autant, de « La ménagerie de verre », de cette pièce intérieure à bien des points de vue (une pièce qui se joue pratiquement dans un huis clos oppressant, et qui explore l'intériorité des personnages), le metteur en scène parvient totalement à extirper et mettre en évidence le caractère ambivalent de cette mère et de ses enfants.

Des personnages à la fois pétris de violence et très vulnérables.
Au sein d'un monde d'une dureté implacable, ces trois-là, remplis de blessures, de doutes, de fragilités, mais aussi de non-dits et de secrets, ces trois-là vont se réfugier dans le passé ou se retirer dans leur monde.

Cette mère, ce frère et cette sœur ne cherchent qu'une seul chose, finalement : quitter leur monde.
La maman se réfugie dans un passé sudiste idéalisé, Laura la fille se calfeutre dans un monde intérieur de plus en plus lointain et inaccessible, et Tom le fils, lui, veut s'échapper de cette étouffante cellule familiale.

La fuite.

Cette vision d'Ivo Van Hove, c'est un bouleversant cri de douleur, un hurlement déchirant d'êtres qui souffrent, et ce faisant, se font souffrir.
Un cri...

Celui poussé par Isabelle Huppert, Isabelle la Magnifique, Isabelle la Formidable, Isabelle la Sidérante.
Le cri quasi inhumain, bestial, sorti des tripes, le cri qu'elle pousse lorsqu'elle comprend que son projet de trouver un « galant » à sa fille tombe à l'eau.
Un cri qui vous reste à vie, un cri inoubliable, un cri dont l'intensité et la justesse vous vrillent les oreilles et l'âme.

La comédienne est à son habitude exceptionnelle. Sa capacité à changer de registre, d'intensité, d'expression en une fraction de seconde, son jeu intense, au scalpel, l'humour acide qu'elle distille dans certaines répliques, sa faculté phénoménale d'habiter cette mère-courage pétrie de résilience qui lutte en permanence, sans concession même dans le déni, tout ceci force le respect le plus total.
Une leçon, vous dis-je !

Les trois comédiens qui l'accompagnent sur le plateau sont eux aussi excellents. Il faut l'être pour donner la réplique à une telle « monstre sacrée ».

Tom, le personnage alter-égo de Tennessee Williams, est interprété de façon irréprochable par Nahuel Perez Biscayart.
En tant que narrateur de la pièce et fils de la maison, il est lui aussi impressionnant dans sa manière de laisser planer les non-dits de son existence. Un rôle trouble et sûrement bien difficile.
On sent de façon plus qu'évidente que son Tom cache tout un pan de sa vie.

Le challenge consistant à jouer ce qu'il ne dit pas et ne fait pas est remporté haut la main.

J'ai énormément aimé la Laura de Justine Bachelet.
La jeune comédienne habille son personnage d'un subtil mélange de candeur, de force et de fragilité.
A la fois très vive ou très alanguie, parfois à la limite de la transe, telle un animal pris au piège, elle incarne parfaitement le caractère sûrement bipolaire (pour reprendre une terminologie actuelle) de Laura.

Sa longue scène avec le présumé « galant » Jim O'Connor est magnifique.
Cyril Guei et Melle Bachelet sont tous les deux d'une troublante justesse et nous émeuvent au plus haut point.

Ivo Van Hove et son scénographe Jan Versweyveld ont imaginé la maison familiale comme une espèce de souterrain troglodyte aux parois tapissées d'un tissus en velours long qui permet de laisser quantité de traces. (Notamment de visages, et je n'en dis pas plus.)
Dès le début, nous ressentons une impression étouffante, un sentiment d'enfermement inéluctable.
Impression renforcée par le rideau noir qui se baisse à de nombreuses reprises.

Nous allons rester, grâce également aux costumes d'An D'Huys, dans un très beau camaieu d'ocres, de bruns, des couleurs qui ne sont pas sans évoquer celle de la terre.

Le brun de la terre du Sud, la terre qui retient et ne laisse pas partir facilement ceux qui s'y sont enracinés, où même la pluie ne rafraîchit pas.

La terre où il faut se débattre, lutter pour exister.
La mise en scène est en effet organique, viscérale, l'action parfois violente se déroulant souvent à même le sol.

Ne manquez surtout pas cet indispensable et incontournable spectacle !
Comme une impression de toucher au sublime.
Hier soir, huit rappels, (c'est devenu très rare), et un neuvième surprenant les comédiens en train de sortir du plateau.
Les applaudissement nourris, très sonores et en rythme, les nombreux « Bravo ! » témoignaient de l'adhésion du public envers cette totale et intense réussite, hommage magnifique à Mister Williams !
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor