La Demande d'emploi

La Demande d'emploi
De Michel Vinaver
Mis en scène par Gilles David
  • Comédie Française - Studio Théâtre
  • 99, rue de Rivoli
  • 75001 Paris
  • Louvre-Rivoli (l.1)
Itinéraire
Billets de 14,00 à 35,00
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Fage, personnage central de La Demande d’emploi écrite en 1971, est un cadre supérieur au chômage, en perte de repères dans la sphère familiale et sociale. Dans ce no man’s land, sa solitude est accentuée par la juxtaposition de voix discordantes, celles de sa femme Louise, de sa fille Nathalie et de Wallace, le chasseur de tête. Aujourd'hui plus qu'hier le chômage déploie encore et toujours la cohorte de ses effets destructeurs.

Observateur au regard acéré des sociétés contemporaines, Michel Vinaver connaît aussi bien le monde de l’entreprise que la dramaturgie.« Il y a porosité, écrit-il de La Demande d’emploi, entre les cellules professionnelles et familiales. Porosité entre l’homme et le monde. Entre le monde et l’homme le courant passe si mal que “c’est comique”.

Mes pièces sont des comédies. » Une comédie qui se construit de manière patiente avec le spectateur par prélèvements progressifs selon le sociétaire Gilles David qui en assure la mise en scène. « Les personnages conversent en parlant de leurs préoccupations qui, mises bout à bout, parviennent à faire la fable de la pièce. »

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Magnifique quatuor théâtral joué avec virtuosité par quatre comédiens éblouissants. Et la partition n’est pourtant pas simple !...

Écrite en 1971, cette pièce de Michel Vinaver a la verve ingénieuse et l’esprit malin. Elle nous fait tourner la tête dans un manège démoniaque de scènes où les répliques sont mélangées. Mais « no panic » ! Le tout se recompose et se dessine dans notre imaginaire.

Un régal ludique et artistique aux saveurs étonnantes et délicieuses.

Alain Lenglet, troublant et impressionnant, joue Fage qui recherche un emploi après 23 ans passés dans une entreprise. Clotilde de Bayser, lumineuse et attachante, joue Louise, son épouse. Louis Arene, machiavélique à souhait, joue Wallace, qu’on aimerait étrangler, l’interrogateur de l’entretien d’embauche. Anna Cervinka, pêchue et touchante, joue la fille à papa, ado chiante comme une ado, révoltée et adorable.

La mise en scène adroite et astucieuse de Gilles David donne un rythme soutenu nous tenant en haleine en permanence, mettant en valeur les situations, toujours au service du texte.

Espace public, espace privé, ces vies entremêlées sans jamais s’emmêler, offertes ainsi en spectacle, détonnent, surprennent, amusent et intriguent.

Nous sommes dans la banalité du quotidien avec les accents aigus ou graves de la réalité sociale, professionnelle, familiale et affective des quatre protagonistes.

Chacun d’entre nous y trouvera une attache, un bout de soi ou un exemple dans sa proximité.

Le passage au shaker de ces morceaux de vies fait du spectateur un observateur toujours aux aguets. Balloté à chaque instant par les émotions des personnages, occupé à la récolte ardente des informations pour comprendre ce qui se passe tout en se laissant porter pour savourer cette tempête spectaculaire.

On en sort comme on sort d’un conte, émerveillé et secoué, repassant les images pour mieux garder les impressions. Un surprenant et succulent temps de théâtre.
2 juin 2016
9/10
227 0
Une véritable leçon de théâtre !

Avec ses quatre camarades-comédiens, Gilles David nous sert sur un ring blanc immaculé une version coup de poing de « la demande d'emploi » de Michel Vinaver.

Car c'est en effet sur une sorte d'espace tout blanc, vide, avec à cour un pan relevé de la même couleur que le sociétaire du Français a choisi de faire se dérouler l'action.

Vide ?
Presque. Un vieux réfrigérateur est là. Avec à l'intérieur un gâteau d'anniversaire et un yaourt.

Sur cet étrange plateau, quatre personnages.

Fage, (Alain Lenglet époustouflant de subtilité, de justesse, de puissance et d'émotion), un directeur des ventes au chômage qui va être tout au long de la pièce « casté-interviewé-torturé » par Wallace, une sorte de DRH-Recruteur-Chasseur de têtes.

Dans ce rôle, Louis Arène est parfait : tour à tour mielleux, odieux, condescendant, pervers, fourbe, ignoble, il est totalement crédible dans la peau de ce chercheur de têtes qui tente par tous les moyens de cuisiner et de pousser à bout sa « victime ».

Car en effet, Michel Vinaver sait décrire comme personne ce monde du travail.(Faut-il rappeler qu'il fut chef du service administratif de la société Gillette-France?)
Sa pièce écrite en 1970/71 n'a pas pris une ride : le chômage des cadres cinquantenaires est toujours un mécanisme social aussi problématique.

Les deux comédiennes ne sont pas en reste.
Clotilde de Bayser est étonnante et lumineuse dans le rôle de l'épouse de Fage.
Elle, elle va parvenir à retrouver « un job », comme elle dit. (En 70, l'accès au travail des femmes était encore un sujet brûlant...)

Et puis Anna Cervinka, quant à elle, interprète le rôle de Nathalie, la fille du couple, âgée de 16 ans, et qui, nous apprend-elle, attend un bébé d'un de ses camarades de lutte, Mulawa.

Car elle lutte, Nathalie, elle milite, elle distribue des tracts, elle est contre le système, elle exaspère ses parents. (En même temps, elle est bien contente que son papounet l'emmène skier à Courchevel et à Londres pour faire du shopping...)

Gilles David, le metteur en scène, est un familier de cette pièce.

Il la propose souvent à jouer au cours d'ateliers qu'il dirige, dans des écoles de théâtre, dans des stages, ou dans des lycées.

Et ça se sent.
Ce qu'il a réussi à tirer de ses quatres comédiens-virtuoses est phé-no-mé-nal, même si ça ne se voit pas au premier abord, tellement les quatre sont époustouflants !

Monter cette pièce est une gageure : pas de ponctuation dans le texte, des répliques qui ne sont pas linéaires, mais qui s’entrechoquent, des ruptures en veux-tu en voilà, plusieurs histoires qui s'entremêlent, plusieurs thèmes à mettre en exergue, trente tableaux à mettre en place, tout ceci tient de l'exploit.

Et avoir sous la main ces quatre virtuoses (je répète à dessein cet adjectif qualificatif) est un atout majeur.

Faut-il être virtuose pour se coltiner pendant une heure trente à ce texte difficile, à ces bouts de phrases qui ne se répondent pas les unes aux autres, faut-il être à ce point en pleine possession de son métier de comédien pour intégrer tous les placements, tous les déplacements durant ces trente scènes !

Quels moments de théâtre !

Et puis, il y a la fin !

Vinaver, tout au long de son œuvre, propose des fins ouvertes à ses pièces.
Ici, on ne sait pas trop ce que devient Fage...
Une terrible issue est évoquée, certes, mais c'est aux spectateurs que nous sommes de nous faire notre propre fin.
Vinaver le sait : son écriture « en spirale » comme il le dit lui même, qui permet souvent de revenir au point de départ, nous force à nous interroger une fois le rideau tombé.

C'est la grande force de ce théâtre réaliste, qui nous propose, à nous autres, de nous approprier les enjeux évoqués.

Ce fut une soirée « énorme », pour parler « djeun's », d'autant qu'à l'issue de la représentation, sur la scène, Gilles David et son jeune auteur de 90 ans, oui, Michel Vinaver en personne, ont permis aux quelques spectateurs qui sont restés de leur poser des questions.

Et donc d'avoir des réponses.

Je vous en reparlerai dans les jours qui viennent sur mon blog référencé ci-dessus.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor