L'innondation

L'innondation
Mis en scène par Joël Pommerat
  • Opéra Comique, salle Favart
  • 1 Place Boieldieu
  • 75002 Paris
  • Grands Boulevards (l.8, l.9)
Itinéraire
Billets de 6,00 à 90,00
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Joël Pommerat et Francesco Filidei créent pour la première fois un opéra à quatre mains. Une oeuvre sensible et intense, inspirée d’une nouvelle de Zamiatine sur le délitement de la famille. Opéra en deux actes, inspiré du texte éponyme d'Evgueni Zamiatine.

Commande de l'Opéra Comique avec l'aide à l'écriture du Ministère de la Culture. Parce qu’ils ne peuvent pas avoir d’enfant, deux époux finissent par adopter une orpheline.

L’adolescente se fait une place imprévue dans leur foyer et dans leurs coeurs. Dans ce faubourg de Saint-Pétersbourg, la parole entre les époux s'est raréfiée et les silences deviennent pesants. Le monde que la femme s’est construit pour surmonter la tristesse de sa vie affective va se dérégler tandis qu’en cette fin d’hiver montent les eaux du fleuve.

À l’invitation de l’Opéra Comique, Joël Pommerat écrit pour la première fois un livret d’opéra original, et il a choisi pour sujet cette nouvelle d’Evgueni Zamiatine, publiée en 1929.

L’écrivain de plateau partage avec le compositeur Francesco Filidei, dont c’est le deuxième opéra, l’élaboration du discours et du temps du spectacle. De leur collaboration étroite, de cette composition menée à deux pour la scène, en complicité avec musiciens et chanteurs, naît une nouvelle éloquence qui traduit la densité sourde d’une vie intérieure. Leur partition de sons, d’images et de silences est mise en scène par Joël Pommerat, et dirigée par Emilio Pomarico à la tête de chanteurs-acteurs intenses et habités.

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26 sept. 2019
9/10
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Avec cette Inondation, Joël Pommerat et Francesco Filidei nous donnent une passionnante et grande leçon d'humidité.

L'auteur-metteur en scène et le compositeur ont été réunis par Olivier Mantéi, le patron de l'Opéra-comique, afin de créer de toutes pièces un opéra contemporain.

L'idée forte étant de faire bénéficier l'opéra de la dynamique du théâtre, avec notamment la possibilité d'avoir du temps, de chercher, d'expérimenter, et surtout de permettre aux deux créateurs d'échanger leurs idées, de les mettre en commun.
Pommerat a une magnifique expression pour résumer ce processus, démarré en 2017 : « J'ai pu comprendre les nécessités de l'autre... ».

Le choix de l'œuvre s'est porté une année auparavant sur une nouvelle d'Evgueni Zamiatine.
Un conte qui pourrait commencer évidemment par « Il était une fois... »
Mais attention, c'est un conte noir, très noir, pour les grands.

Un conte qui ne se termine pas par « Il se marièrent et eurent de nombreux enfants » !

Non... Et pour cause...

Nous allons faire la connaissance d'un couple déjà marié depuis quinze ans. Il ne peuvent avoir d'enfants.
Ils habitent au rez-de-chaussé d'un immeuble au bord d'un fleuve, tout près de la mer.
Au troisième étage, un homme meurt, laissant orpheline une fille adolescente.
Le couple décide de l'adopter. Mais voilà, le mari finit par éprouver une vive attirance pour cette jeune fille. Ce qui devait arriver arrive...

La femme est délaissée, et sombre dans les tourments de la résignation, de la jalousie, sans oublier des envies conduisant à l'irrémédiable et à l'irréversible...

Pendant une crue générant l'inondation du titre, la femme se laisse déborder par ses émotions. Une espèce de noyade intérieure.
La métaphore et l'analogie sont on peut plus claires.
Le jour où le couple regagne leur appartement rénové, la jeune fille disparaît. Une enquête est ouverte. Le couple découvre qu'ils vont devenir parents, la femme étant enfin enceinte.
Elle accouchera d'une petite fille, mais le souvenir va la hanter... Le désespoir, la folie, la dépression...

C'est donc une sorte de maison de poupée grandeur nature qui nous attend sur scène, une fois le rideau noir levé.
Sur trois étages, nous découvrons l'intérieur de huit pièces. Le Rez-de-Chaussée sera l'étage du drame, le deuxième celui du bonheur et d'une famille aimante de voisins et amis, avec trois enfants.
Le troisième sera celui dans lequel loge un officier de police qui sera également le narrateur de l'opéra, ainsi que l'appartement de la jeune fille et de son père.

Immédiatement, j'ai pensé au film de Hitchcock, Fenêtre sur cour. Nous aussi allons devenir des voyeurs immobiles et impuissants face à ce qui va arriver. Notre regard sera en permanence attiré dans les différentes pièces où se déroule l'action.

Une première scène presque insoutenable va très vite survenir. Une scène qui va hanter tout le monde durant les deux heures de l'œuvre. Cette scène violente sera-t-elle vraiment vécue, sera-t-elle imaginée, sera-t-elle fantasmée ?
Ce sera à nous de faire le job, et de nous forger notre propre opinion.

D'autant qu'elle reviendra, comme un leit-motiv.

La musique composée par Francesco Filidei est toute en tension, en âpreté.
Des longues nappes dissonantes de vents et de cordes, de nombreux éléments de percussions parfois étranges (cinq percussionnistes sont nécessaires pour jouer l'œuvre), de nombreux clusters joués fortissimo sont déstabilisants, certes, mais nécessaires au caractère mystérieux, étrange voire angoissant du livret.

L'excellent orchestre philharmonique de Radio-France, sous la baguette d'Emilio Pomarico, fait merveille.
Les climats sonores, les ambiances, souvent étranges mais toujours construites avec beaucoup de rigueur et de musicalité, interpellent vraiment les spectateurs.

Nous sommes plongés dans un véritable univers sonore, parfois dérangeant mais toujours passionnant.

Sept excellents artistes lyriques vont interpréter les personnages principaux.
L'ensemble est très homogène. J'ignore s'il est plus difficile de chanter de la musique contemporaine que les airs de l'opéra plus « classique », mais j'ai été fasciné par la capacité de tous à intégrer leur voix à la création sonore, comme si ces voix-là étaient également des instruments à part entière, et non plus seulement des « vecteurs d'airs », accompagnées par un orchestre.

Deux artistes m'ont particulièrement enthousiasmé.

Tout d'abord le haut-de-contre Guilhem Terrail, qui interprète le policier-narrateur.
Sa voix au timbre cristallin contraste avec la fonction du personnage, qui se retrouve donc « au-dessus » des autres protagonistes.
La prestation très réussie du chanteur a enchanté hier le public.

Et puis Chloé Briot est cette femme dans la tourmente.

Le rôle de la mezzo-soprano s'intensifie tout au long de l'œuvre, pour connaître un paroxysme dans la dernière partie.
Dans l'hôpital, à la chambre qui a tout d'une cellule pénitentiaire, une véritable transe hystérique s'empare du personnage.
La chanteuse joue, chante cette folie, ce délire avec une vraie conviction. Le timbre clair de Melle Briot allié à une très belle puissance font merveille.

Il faut noter que le rôle de la jeune fille adoptive est joué simultanément par la soprano Norma Nahoun et la comédienne Cypriane Gardin. Ceci renforce le côté troublant et parfois pervers du personnage que nous voyons doublement. Une vraie trouvaille dramaturgique qui fonctionne parfaitement.

Quant à l'inondation, la vidéo de de Renaud Rubiano nous oppresse pour la bonne cause. L'eau sale, la boue du fleuve nous submergent nous aussi.

Au final, nous assistons à un opéra particulièrement intense, sombre, noir, déstabilisant mais toujours passionnant.
Un opéra qui ne laisse personne indifférent.
La réussite de cette création à quatre mains est manifeste et est saluée avec enthousiasme par les spectateurs qui montrent de façon claire et sans réserve leur adhésion à cette belle proposition artistique.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Musique
Talent des artistes
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor