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Kroum

Kroum
De Hanokh Levin
Mis en scène par Jean Bellorini
  • Théâtre Gérard Philipe
  • 59, boulevard Jules-Guesde
  • 93200 Saint-Denis
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On l’a vu la saison dernière avec les oeuvres d’Akhmatova, Erdman, Dostoïevski, Tchekhov, Grossman, les personnages des oeuvres russes possèdent un sens aigu de la tragédie douloureuse, de l’exaltation métaphysique et de l’indolence poétique.

Il faut croire que leurs élans, si stupéfiants du point de vue français, sont le fruit d’une psychologie fort éloignée de la nôtre.

Leur déraison dépasse bien souvent notre entendement cartésien, notre goût pour l’ordonnancement des concepts et des sentiments. Alors, que présager d’une rencontre entre un metteur en scène français, Jean Bellorini, et une troupe d’acteurs russes, celle du théâtre Alexandrinski de Saint-Pétersbourg ? Fascination, malentendus, reconnaissance… Sur le plateau, la densité de deux cultures de théâtre. Il faut alors choisir une matière de travail. Faire le choix d’un auteur israélien, Hanokh Levin, porteur d’une culture toute autre, renommé pour son écriture satirique et son humour noir.

Choisir une comédie « avec deux mariages et deux enterrements » mais sans héros, une comédie où les personnages se débattent avec une certaine volupté dans leur compromission. Mécontents de leurs existences minuscules, ils revendiquent comme un dû une médiocrité de confort. Sans s’en donner vraiment les moyens, car tout semble déjà perdu.

C’est cette chute qui n’en est pas une – puisqu’ils sont déjà tout au fond –, qui rend leur quête poétique. Par fulgurances, ils touchent alors malgré eux à la beauté. Nul doute que l’énergie démesurée de « l’âme russe » n’abdiquera jamais devant ces combats sans péril et sans gloire. Il faut parier sur le choc, la révolte, la vie qui s’immisce et se tord pour atteindre la lumière. Faire de l’ectoplasme un héros malgré tout.

 

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28 janv. 2018
9,5/10
17 0
Après "Le Suicidé" de N. Erdman, Jean Bellorini monte "Kroum" au TGP avec la troupe de théâtre Alexandrinski. "De quoi vis-tu ?". C’est peu ou prou la question centrale de cette pièce où les personnages, petites gens d’un quartier indéfini, cherchent à se distraire de leur misérable ennui. Il ne se passe rien, ou plutôt rien de grand : Kroum revenu de l’exil se fond dans le décor de son ancien quartier où tout le monde traîne, où le temps lui-même se traîne, implacable.

Kroum voulait se sauver par l’art. Mais Kroum attendrait Godot sans rien faire, lymphatique et orgueilleux. Il attend que son sort change, pour moins décevoir sa mère. Il refuse d’aimer à nouveau Trouda qui lui permet si peu de se sentir plus grand. Il ne s’agit pas dans cette pièce de commisération car les moments de rire sont fréquents, notamment grâce au personnage de Tougati l'affligé. En effet, celui qui semble au début n’être que le sot du village devient le bouffon, celui qui accepte de faire rire les autres de sa misère pour les soulager un peu, les aider à mieux se supporter eux-mêmes. C’est un personnage touchant, central. Il s’agit de lucidité et d’ironie grinçante. Il y a les vieux époux aussi, enchaînés l’un à l’autre et courant les mariages pour s’inviter aux buffets. Ils sont étriqués, opportunistes et pourtant ils nous touchent et nous égayent. Et chaque personnage rêve de trouver sa porte de sortie, son réconfort.

Bien que l’auteur Hanokh Levin soit israélien, tous ces personnages portent en eux quelque chose de l’âme russe, le chagrin et la langueur slave. Le rire bien que cynique est toujours salvateur. Ces choix de scénographie et de mise en scène par Jean Bellorini, très proche de l’idée du collectivisme à la russe, mettent en valeur la troupe et le groupe qui fait "corps". Dans cet univers, l’immeuble du quartier devient le jour et la nuit, l’amour et l’ennui. Et il y a Tougati au centre, cœur battant ou plutôt cœur malade de la communauté. Autour les jeunes se cherchent d’amour, les vieux se cherchent des poux. Et le malheur partira du cœur.

Pièce d’un auteur israélien, jouée par la troupe russe du théâtre Alexandrinski sur une scène et pour un public français. Tous ces confluents forment un vrai torrent, une représentation qui ne ressemble à aucune autre. C’est humain trop humain. A la fois cruelle et drôle, touchante et déprimante, tendre et amère. Cette pièce a décidément une saveur nouvelle, inconnue… Un très beau moment, impitoyable et pourtant plein d’humanisme !
24 janv. 2018
9,5/10
8 0
Kroum
De Hanokh Levin mise en scène de Jean Belloroni.

Quel merveilleux moment de théâtre !

Hanokh Levin nous conte la vie des occupants d’un même immeuble d’un quartier populaire. Nous allons découvrir pour chacun leur vécu, leurs aspirations, leur personnalité.

...

Kroum aspire à devenir écrivain, mais l’art demande courage et persévérance... Après avoir tenté sa chance en Europe, il revient vivre chez sa mère dans le quartier où il a toujours vécu.

**maman, je n’ai pas réussi. Je n’ai trouvé ni la fortune, ni le bonheur à l’étranger… Je n’ai rencontré personne… Je n’ai rien acheté… dans ma valise il n’y a que du linge sale… et maintenant laisse-moi tranquille.



Tougati hypocondriaque et se pose dix mille questions.

** La gymnastique, c’est mieux le matin où le soir ?… Le matin ça fatigue… Le soir ça réveille…



Tous les personnages sont pittoresques et attachants. Certains profitent des occasions agréables de la vie, d’autres sont plus résolus à leur destin. Il y a les deux grandes catégories d’êtres humains, les optimistes, et les pessimistes.

Cette comédie est parfois d’un humour grinçant, qui nous amuse et nous fait beaucoup rire mais aussi pleine de désarroi et de désillusions qui nous émeuvent. C’est très humaniste. Cela donne envie de découvrir toute l’œuvre de Hanokh Levin.


La mise en scène de Jean Bellorini, nous transporte en un clin d’œil dans l’univers ces gens. Nous sommes happés, nous devenons un habitant du quartier, c’est magique. Les couleurs et l’éclairage créent une atmosphère chaleureuse et réaliste. On se sent bien.


Le texte est en russe mais grâce au jeu des comédiens talentueux, nous sommes rapidement captivés par cette tragi-comédie.

Avec la troupe du Théâtre Alexandrinski (Saint-Pétersbourg) Vasilissa Alexéeva, Dmitri Belov, Ivan Efremov, Maria Kouznetsova, Vitali Kovalenko, Vladimir Lissetski, Alexandr Luchin, Dmitri Lyssenkov, Sergey Mardar, Yulia Martchenko, Marina Roslova, Olessia Sokolova et le musicien Michalis Boliakis.
9/10
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Quel plaisir de retrouver l’univers d’Hanokh Levin ! Ici somptueusement mis en scène et joué, avec toute la verve et l’éclat nécessaires pour apprécier les qualités multiples du texte de cet auteur incontournable du théâtre moderne dont la portée sert autant la réflexion que l’émotion. Toujours cyniquement drôle et poétiquement impertinent.

Son écriture à l’abattage ciselé fait mouche à coup sûr. Qu’il soit joué en français ou en russe comme aujourd’hui. L’universalité de son propos, des thèmes et des messages dépassent les barrières de la langue, des cultures et des environnements sociaux. Que ce soit à Saint Pétersbourg, à Paris, à Haïfa (ville d’Israël où la pièce est créée en 1975) ou ailleurs, nul doute que ses pièces soient comprises et appréciées dans leurs adaptations plurielles.

La toile de fond de « KROUM l’ectoplasme » est dessinée avec les thèmes récurrents de Levin. La maladie, la souffrance, l’agonie et la mort. L’amour, la famille, le mariage, les funérailles et toutes les conventions sociales rituelles. Et surtout, surtout, les voisins ! Car quoi de mieux que le voisinage pour dépeindre la société des gens, comme un microcosme d’où rien ne sort ni ne rentre sans qu’on le sache, le voit ou le raconte.

Nous sommes plongés dès le début dans une ambiance sociale où l’espace privé et l’espace public rompent sans vergogne leur frontières. Kroum rentre à peine de son voyage au loin ? Tout le monde le sait, l’apprend, le commente en moins de temps qu’il ne le faut pour tomber amoureux ou malade. Kroum qui est parti plus pour s’extraire de sa vie que pour la conquérir, revient bredouille, dans sa tête comme dans ses valises.

Entre Kroum, une valise à la main. Il étreint la Mère.
« Maman, je n’ai pas réussi. Je n’ai trouvé ni la fortune ni le bonheur à l’étranger. Je n’ai pas avancé d’un pouce, je ne me suis pas amusé, pas marié, pas même fiancé. Je n’ai rencontré personne. Je n’ai rien acheté et je ne ramène rien. Dans ma valise, il n’y a que du linge sale et des affaires de toilette. Voilà, je t’ai tout dit et je te demande maintenant de me laisser tranquille. »

Ces mots sont les premiers que nous entendons. Ils donnent le ton à l’ensemble de ce prodigieux récit d’errance confiée au hasard et de révoltes contre l’ennui, contre le ratage de ces nombreuses vies qui se montrent à nous. Nous sommes touchés par cette troublante histoire d’impossibles possibles qui voisinent, dans laquelle s’enferrent les personnages de cet immeuble dressé comme un plan de coupe devant nous sur le plateau.

Kroum aurait voulu être un artiste, un écrivain. Le veut-il encore ? Le peut-il ? Y croit-il toujours ? L’exil n’aura rien changé, le retour non plus sans doute. Les autres, ses amis, son ex, sa mère, ses voisins, auront-ils un sort meilleur ?

Une scénographie magnifique. Des costumes et des jeux colorés comme un jour faste de spectacle. Des comédiennes et des comédiens brillants, émouvants et drôles.

Ce jour-là, au Théâtre Gérard Philippe, est un moment de théâtre mémorable.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor