Crises, Kliniken

Crises, Kliniken
De Lars Norén
  • Théâtre de l'Odéon (théâtre de l'Europe)
  • Place de l'Odéon
  • 75006 Paris
  • Odéon (l.4, l.10)
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Dans la salle commune d’un hôpital psychiatrique, les patients se croisent et cohabitent, évoquent leur passé, leurs rêves, leurs projets. Markus a 18 ans, comme Sofia et Roger.

Maud et Martin ont passé la quarantaine. Il y a aussi Anders, Anne-Marie, Mohammed... Et l’infirmier Tomas, dont on se demande dès le début s’il ne ferait pas plutôt partie des patients.

Les frontières entre normalité et folie sont brouillées, ici les blessures ou les secrets surgissent au fil des conversations, se faisant l’écho de notre monde et de ses violences. Dans ce lieu où chacun fait comme il peut, Lars Norén accompagne les personnages sans jugement, se tenant au plus près de leur singularité.

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19 mai 2022
9/10
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Les malheurs de Sofia, Markus, Birgit et tant d'autres ....

Nous entrons.
Le décor de cette unité psychiatrique est grandiose, comme toujours à l'Odéon.
Quelques comédiens sont déjà sur le plateau.
Le plafond très haut les écrase encore un peu plus.

Qui sont ils ?
Meurtris par la vie, très fort pour certains.
Ils parlent ou se taisent.
Leurs monologues se croisent parfois et deviennent des échanges.
Pas toujours.
Certains dévoilent leur histoire, d'autres non.

Lars Norén sait de quoi il parle.
Diagnostiqué schizophrène à 20 ans, il a connu l'enfermement.
Julie Duclos est allée voir elle aussi.
Et nous offre un théâtre réalité comme on en voit peu.

Coup de poing.

Les comédiens sont inouïs de réalisme !
Tellement proches de leur personnage qu'on s'interroge parfois sur leur propre histoire.
En particulier Markus, qui sans dire un mot capture l'attention.

La mise en scène est toute en finesse, il y a très peu de coups de gueule finalement.
A part ceux de Roger.
Mais il a ses raisons.

Notre empathie est sollicitée tout le long.
Et c'est là la petite faille de ce spectacle.
C'est un tout petit peu trop long.

Qu'importe !

Nous sortons de là admiratifs de la performance des comédiens.
Soulagés d'être du bon côté de la barrière.
Sachant qu'à tout moment nous pourrions traverser la frontière.

Et vivre nous aussi ce jour sans fin.

Une belle leçon d'humanité
11 mai 2022
9,5/10
1
Vol au dessus d’un nid de nous tous.


Bienvenue dans la salle commune de cet hôpital psychiatrique, dans lequel nous allons faire la connaissance de Mohammed, Roger, Sofia, Martin, et tous les autres.


Ces autres, Lars Noren les a côtoyés, il a vécu avec, puisque vers l’âge de vingt ans, dans les années 60, il a été personnellement interné, frappé qu’il était d’une crise de schizophrénie. Il y a connu les séances d’électrochocs d’alors.

Cette pièce, Kliniken (publiée en Français sous le titre Crise), il l’a écrite des années plus tard.
Pour nous renvoyer un miroir implacable de nos sociétés, de notre monde qui lui non plus ne va pas bien.
Cette folie, c’est la nôtre.
Au fond, nous pourrions pratiquement tous nous reconnaître à un moment ou un autre dans ces malades, qui se débattent dans leurs histoires personnelles, se les ressassant, se les racontant les uns aux autres.
Avec cette vraie question concernant la soi-disant « normalité ».

Cette pièce n’a pas une histoire, mais de multiples histoires. C’est une pièce chorale dans laquelle se télescopent des récits de vie.

Dans cette salle commune, ils vont parler, pour nous dire leurs blessures intimes, certes, mais ces blessures vont également parler pour nous dire qui ils sont.


Des personnages, au passage, à qui l’on inflige d’avoir la télé allumée en permanence…

Julie Duclos a brillamment relevé le défi qui consiste à montrer la maladie psychiatrique. Les maladies psychiatriques.

Et puis surtout montrer les malades.


Tout comme Milos Forman, dans son chef d’œuvre évoqué en début de mon papier, tourné en 1975, ou bien comme Terry Gilliam, dans son Armée des 12 singes, sorti vingt ans plus tard, et dans une certaine mesure Dominique Pitoiset, dans sa version ici même à l’Odéon de Cyrano de Bergerac se déroulant elle aussi dans un hôpital psy, elle s’est attelée à rechercher - et à trouver - la plus grande des vérités.

Pour ce faire, pour nous immerger dans cet univers bien particulier, elle a elle-même passé du temps dans l’un de ces hôpitaux, à Valenciennes, à rencontrer soignés et soignants.

Pour pouvoir nous faire voir, elle a vu.

Pas étonnant donc que sur le plateau, une impression de véritable documentaire règne en permanence.

A tel point que souvent, toute cette vérité nue explose dans une véritable dimension poétique.
Nous sommes embarqués durant deux heures et vingt minutes, sans aucun temps mort, sans jamais que l’intensité dramaturgique ne se relâche, sans jamais que la pression et l’intensité ne retombent, dans les récits de ces treize personnages.



Des malades, des parents, un soignant qui sans doute pourrait se retrouver facilement de l’autre côté...


Treize comédiens magnifiques vont nous faire exploser cette vérité !
Tous vont porter cette parole crue, sans filtre, tous vont nous dire ces récits totalement désinhibés. Cette expérience sera très troublante, pour nous autres spectateurs : en entendant les souvenirs racontés, mais aussi les projets évoqués, en voyant ces personnages prostrés, schizophrènes, suicidaires, paranoïaques, nous ne pouvons qu’être frappés par la stupéfiante justesse qui se dégage des propos et des attitudes.


Ils et elles parviennent parfaitement à faire ressortir l’humour des situations racontées par Noren, avec des formules qui font mouche tout coup ! « Toi, t’es tellement malade, tu vas jamais mourir ! »



Les spectateurs rient, dans un premier temps assez timidement, comme s’ils se retenaient, de peur sans doute de froisser leurs voisins de rire de ces malades.

Er puis, au bout d’un certain temps, l’humour prend vraiment le dessus.

Parfois ce sont des moments de grande violence, psychologique ou physique qui sont montrés. Là encore, la plus grande justesse règne. Nous n’en menons alors pas large…


Il faut très souvent regarder les comédiens ou les comédiennes qui ne parlent pas pour comprendre combien tous sont au service de ce texte intense.

Julie Duclos s’est servie d’un autre moyen que ses acteurs pour nous faire ressentir cette vérité.
Elle utilise à très bon escient la vidéo.

Souvent, les comédiens sont filmés en très gros plans (nous ne voyons jamais les cadreurs), ou bien sont suivis « hors champ », dans les coulisses en train de courir, de s’apostropher.
Projetées sur le mur du lointain, ces images en noir et blanc s’intègrent parfaitement dans la dramaturgie et constituent un véritable apport.

C’est Mathieu Sampeur qui pour la première fois de sa carrière signe la scénographie de ce spectacle.
L’ouverture sur le jardin intérieur, avec les bancs sous l’arbre, avec la lumière qui change en fonction de l’heure et des éléments climatiques, cette grande fenêtre tranchant avec la couleur uniforme et la lumière crue de cette salle commune, tout ceci est très réussi.



Un dernier élément qui lui aussi va contribuer au rendu « documentaire » de cette entreprise artistique : l’absence de musique additionnelle. (Seul le 6ème prélude du Clavier bien tempéré de Bach permettra de réaliser une transition entre deux scènes.)

Ce brillant spectacle, intense, totalement maîtrisé, est de ceux qui vous captivent et vous interpellent bien longtemps après être sortis de la salle.
Julie Duclos, en nous montrant ce que l’on voit rarement sur un plateau de théâtre, nous pointe le caractère pathétique (au sens premier du terme) de notre monde.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor