Justin prend du Spectrum

Justin prend du Spectrum
De Rémi De Vos
  • Théâtre l'Atalante
  • 10, place Charles Dullin
  • 75018 Paris
  • Anvers (l.2)
Itinéraire
Billets de 17,00 à 30,00
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Nous sommes en 2050. Le vestiaire des employés d'un établissement thermal, il est 8h20 le matin.

Trois personnages : Monique, 80 ans qui en fait 20 de moins, Mélanie, 70 ans qui en fait 20 de moins également, et Justin, 27 ans qui en fait 20 de plus. Elles prennent du Dépressial, du Rigodal, voire du Sénilium. Il ne prend que du Spectrum.

Il est constant dans sa vacance personnelle, et cette situation va donner lieu à l'acharnement des femmes sur lui.

 

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26 juin 2017
9/10
41 0
Découvrir une pièce inédite de Rémi De Vos est toujours une expérience fascinante et jubilatoire.
De Vos. Une écriture au scalpel, sans concessions, des univers fantasques, barrés, étranges, qui nous forcent à nous interroger sur le nôtre.

Des thèmes qui s'entremêlent, s'entrechoquent et se chevauchent, comme une fugue et un contrepoint totalement assumés.

Un humour féroce, noir, très noir, plus que noir, qui moi m'enchante et me fait hurler de rire.
Dans ce « Justin prend du spectrum », tous les ingrédients De Vosiens sont bel et bien là.

Nous sommes en 2050.
Deux employées d'un établissement thermal rentrent de leurs congés annuels et se retrouvent dans leur vestiaire..
79 et 69 ans, mais en paraissant bien 20 de moins.
Et pour cause : dans les années 2050, la lutte contre le vieillissement semble bien être la principale préoccupation, à grands coups de médicaments en tous genres, tels le Rigodal, le Dépressial ou encore le Sénélium. Des substances chimiques interagissant au sein de posologies délirantes : « Avec tout ce qu'il prenait, il avait tellement de poils qu'il allait chez le vétérinaire ! »

Elles vont retrouver Justin, un barman flegmatique (c'est un euphémisme...) qui lui, prend du Spectrum destiné à... vieillir.

Il y a du Beckett dans cette pièce.
Les personnages en racontant leur vie, en se racontant, racontent le monde absurde dans lequel ils vivent.

Le nôtre ?

On rit énormément, d'un rire porteur de bien des interpellations actuelles.
Le metteur en scène Olivier Oudiou l'a bien compris qui a réuni sur son plateau trois comédiens vraiment épatants.

Yveline Hamon est hilarante !
Ses mimiques, ses attitudes, sa voix grave un peu éraillée, sa vis comica, la folie tragique qu'elle confère à son personnage nous enchantent véritablement.
Elle déclenche une cascade de rires plus appuyés les uns que les autres.

Maryse Pouhle lui donne la réplique de la plus belle des manières.
Elle aussi sollicite beaucoup nos zygomatiques, grâce à une énergie et une vitalité phénoménales. La scène derrière la porte du placard est énorme. (Je n'en dirai évidemment pas plus...)

Et puis il y a Bruno Boulzaguet !
Tel un Buster Keaton au mieux de sa forme, il ne rira jamais.
Son flegme, ses attitudes neurasthéniques, sa façon de parler de lui à la troisième personne sont eux aussi vecteurs de bien des rires.

Les trois comédiens, dès les premières répliques, font mouche. On est vraiment happés par leurs histoires respectives, individuelles ou collectives.
Je me suis pris très rapidement à les aimer, ces trois personnages.

La mise en scène d'Olivier Oudiou est à l'avenant de l'écriture de l'auteur.
Il va à l'essentiel. Ici, c'est le texte qui prime, pas besoin de grands effets ni de grands décors.
Les comédiens se suffisent à eux-mêmes.
Sa direction d'acteurs est précise, exigeante, tout en laissant à chaque comédien un espace certain.
Son travail sur la voix off qui de façon récurrente et de plus plus en plus insistante appelle des
patients au nom délirant (Anne Evrisme, Natacha Tertone...), ce travail-là est excellent.

Courez donc voir toutes affaires cessantes ce petit bijou. Ce spectacle est une vraie réussite qui ne laissera personne indifférent ou atone sur son fauteuil.
Allez découvrir cette pièce inédite de Rémi De Vos. Vous ne le regretterez pas !

Sinon, vous reprendrez bien une dose de Rigodal ?
9/10
16 0
Alors comme ça en 2050 nous serions tous les « fashion victim » de la médicalisation du quotidien ? Les « fashionistas » du médoc journalier ? Les accros sereins et rompus de la prise permanente de produits chimiques qui font rire ou calment, ou encore créent les conditions d’une parlotte aussi impromptue que dénudante ?

Comment ça j’exagère !... Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Rémi De Vos. Je vous le jure, j’ai tout vu ! C’était dans sa pièce hier soir, j’y étais !

Après un mois de congés, Monique et Mélanie retrouvent leur vestiaire commun de la maison thermale. Elles chicanent comme d'habitude Justin le barmaid un peu benêt au demeurant, complètement shooté en vérité. Jusqu’à le « remonter » chimiquement et là c’est un drame que je renonce à décrire tant il est terrible et qu’une lecture entraînée ne pourrait adoucir.

Mais avant que les choses n’empirent tout à fait, Monique et Mélanie discutent comme chaque matin, autour d’un castor et d’une casquette qu’elles sirotent à cœur ouvert. Elles échangent des conseils et commentent les aléas des effets de ce qu’elles ingurgitent pour être toujours plus jeunes et belles, pour faire reculer le temps des épreuves, celui du bonheur perpétuel qu’elles semblent chercher encore et en chœur.

Elles nous font rire pour ne pas hurler de ce qui pourrait advenir si la pente dangereuse de la confiance en la science faisait monter l’espoir illusoire de vivre vieux à n’importe quel prix, même celui-là. Le rire est là. Il fuse follement. Il n’est ni gras ni jaune ni facile, il est salvateur comme une sorte de défouloir bienvenu.

La pièce de Rémi De Vos est écrite en 2005 puis enrichie en 2017. Le langage habille les personnages de répliques caustiques et vivaces tellement proches que nous pourrions nous y confondre. Le propos provoque la pensée qui se cache derrière les rires nombreux, trouvant la drôlerie dans les situations et le texte qui abattent les fantasmes, les coupent menu et les présentent comme une réalité dont on ne veut surtout pas rêver.

La mise en scène et la scénographie d’Olivier Oudiou nous confrontent à une exposition glaciale et féroce de la pièce et ne prend pas de gants de velours pour nous raconter cette histoire. Ça grince, ça crisse et c’est heureusement hilarant du début à la fin.

Le brio des comédien-n-e-s nous cueille dès la première scène et ne nous lâche pas. Ah ils savent y faire les bougres ! C’est terrible de devoir rire autant pour s’échapper aux fantasques et cruelles conditions de vie de ces personnages qui deviennent au fur et à mesure attachants. Bruno Boulzaguet, Yveline Hamon et Maryse Poulhe s’y prennent à merveille pour nous faire vivre ces moments où le fantastique se mêle à l’horreur ridicule d’une réalité imaginaire mais construite d’un peu de nous-même et de présent.

Une pièce diaboliquement bienfaisante, une mise en scène percutante et adroite, des comédiens impressionnants et drôles pour un spectacle surprenant et réussi.

À voir sans hésiter.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor