Journal d’une femme de chambre

Journal d’une femme de chambre
De Octave Mirbeau
  • A la Folie Théatre
  • 6, rue de la Folie-Méricourt
  • 75011 Paris
  • Saint Ambroise (l.9)
Itinéraire
Billets de 12,00 à 25,00
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Fin du 19ème siècle, Célestine, la chambrière des Lanlaires à l'évidente sensualité, dénonce avec une lucidité redoutable et un humour impitoyable la condition des domestiques et gens de maisons...

 

Dramaturge, romancier, critique d'art et journaliste, Octave Mirbeau est certes l'une des très grandes plumes de la belle époque et Le journal d'une femme de chambre, demeure l'un de ses plus grands chefs d'oeuvre.

 

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Octave Mirbeau écrit ce texte sous la forme de feuilleton en 1891 et 1892 puis en fait le roman que nous connaissons, qu’il publie en 1900. La verve rageuse de cet intellectuel libertaire se retrouve dans ce texte dont le style novateur du journal permet de dénoncer avec des descriptions et des narrations percutantes, l’esclavage moderne de la condition domestique des gens de maison.

Le texte de Mirbeau aux allures de nausée sociale est l’exutoire de sa révolte. Son style alerte et caustique rend plus accessible la leçon au point que de nombreuses adaptations cinématographiques et théâtrales se sont succédé dans le monde entier. Comme pour faire écho à l’universalité du combat éthique pour la liberté, contre l’exploitation de la misère humaine.

« On prétend qu’il n’y a plus d’esclavage… Ah ! Voilà une bonne blague, par exemple… » dit Célestine.

Célestine, devenu femme de chambre pour échapper à une enfance maltraitée et une jeunesse soumisse, se retrouve dans un monde où la vie ne se conjugue pas avec le bonheur, où il lui faut encore se soumettre, courber l’échine, donner son corps sans son cœur et son cœur sans retour.

« Si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les honnêtes gens. » dit Célestine.

À partir de l’adaptation de Virginie Mopin, ciselée et faisant ressortir l’essentiel des 519 pages du roman, William Malatrat signe une mise en scène épurée, précise et centrée sur l’expressivité de la narration. Tout se voit dans ce qui est dit, tout se ressent dans ce qui est joué. La scénographie dessine, dans un espace dépouillé de décors et de meubles, d’adroits contours pour les situations, servis avant tout par le jeu. Les accessoires sont réduits au minimum et tournent autour de la présence symbolique d’une malle. Objet signifiant et transitionnel. Tour à tour lit, bassine, corps et réceptacle, cette malle omniprésente représente aussi la fuite de Célestine d’un présent vénéneux et sa course vers un avenir meilleur.

Karine Ventalon, seule en scène nous cueille, nous emporte et nous laisse là, groggy de ce que nous avons vu et ressenti, émus du destin de cette femme qui a bu le calice jusqu’à la lie.

Certes, Célestine trouvera peut-être l’apaisement de son combat pour la liberté dans une fin de vie qui, malgré sa lucidité et son dégout, la conduira à inverser les rôles, comme un recommencement irrémédiable de la tragédie humaine dépeinte par Mirbeau.

Ce sont toutes ces émotions que nous offre cette comédienne d’exception. Par son corps, ses regards, ses postures, sa voix. Ses jeux crédibles des multiples personnages qui interviennent. Subtile, sensible, forte et sensuelle, Karine Ventalon remplit son interprétation avec une belle et impressionnante maestria.

Un remarquable spectacle pour un remarquable texte. Incontournable moment de théâtre.
31 déc. 2016
10/10
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Juillet 1900.
Octave Mirbeau, journaliste, écrivain, feuilletoniste, dreyfusard, citoyen profondément engagé, publie ce roman atypique qu'est Le journal d'une femme de chambre.

Il va donner la parole à une « employée de maison », Célestine.
Rien que ceci est déjà considéré à l'époque comme éminemment subversif.

Par la voix de son héroïne, Mirbeau veut faire découvrir les méphitiques et épouvantables dessous de la bourgeoisie de l'époque, les « bosses morales » et les turpitudes de la classe dominante, comme il aimait à dire.

Célestine va donc évoquer dans son journal les places successives qu'elle a occupées, dans les maisons de la Haute.

C'est évidemment un récit pédagogique, démystificateur, révélateur d'un enfer social (et d'une forme d'esclavage, n'ayons pas peur des mots) que l'auteur propose à ses lecteurs.
Un monde où la brutalité et la violence règnent.

Alors, évidemment, pour adapter ce roman au théâtre et pour interpréter Célestine, il faut avoir conscience de cette violence.
Ici, c'est parfaitement le cas.

Le public arrive, s'installe sur les banquettes de la salle.
Sur la scène, une valise. C'est tout.
L'un des judicieux partis-pris de William Malatrat, le metteur en scène, est d'avoir épuré la pièce au maximum.
Célestine va nous donner tellement de détails qu'aucun décor n'était nécessaire.

Elle arrive.
Elle, c'est Karine Ventalon.

En petite robe noire, quasiment un uniforme de sa condition sociale, mais avec néanmoins des bas noirs et des porte-jarretelles bien souvent visibles, elle nous dit prendre son nouveau poste chez des bourgeois de Normandie.
Elle se présente. Elle débute le déroulé de son histoire.

Vont alors se succéder une série de journées-clefs dans sa vie.
Une vie faite de brutalité, donc, de violence, mais également remplie de sensualité, de sexualité voulue ou subie.

Et c'est ce mélange-là que va nous proposer à la fois avec tour à tour une grande sensualité et une grande sauvagerie la comédienne, passant souvent en un instant d'un registre à l'autre.

Avec sa voix, bien entendu.

En annonçant la date de chaque « épisode » systématiquement, ce qui confère une précision quasi anthropologique au récit.

En variant en permanence d'intensité, de la confidence aux hurlements qui emplissent totalement la salle et glacent le public.

En imitant les intonations et l'accent de beaucoup des personnages qu'elle va évoquer : un barbon libidineux, des maîtresses bourgeoises et souvent sadiques, des domestiques aigris...

En nous faisant rire, également... La description d'une ancienne maîtresse nymphomane en possession d' « un objet » et de « livres d'images », se livrant à des amours saphiques, cette description-là est irrésistible.

On comprend bien que le metteur en scène a demandé – et obtenu – de Melle Ventalon un vrai travail vocal.

Mais ce n'est pas tout.

La comédienne incarne également Célestine de tout son corps, avec une présence stupéfiante et un charisme époustouflant.

La très jolie jeune femme n'hésite pas à occuper tout l'espace, arpentant la scène, utilisant sa valise comme accessoire (un lit, un autel...)

Elle se bat, elle se révolte, elle exprime pleinement cette violence.
Elle prend également des poses lascives, sensuelles, mimant parfois l'acte sexuel et des scènes de quasi-viol.

Ce mélange très contrasté de douceur et de violence impudique est saisissant.
C'est là toute la puissance de la mise en scène et de l'interprétation.
A aucun moment, on ne sait ce qui peut arriver ; c'est assez déstabilisant et en même temps assez exaltant.

Ce seul en scène est d'une intensité incroyable, intensité que l'on doit avant tout à l'alchimie qui fonctionne totalement entre un texte, un metteur en scène inspiré, William Malatrat et une brillante comédienne, Karine Ventalon.

M. Mirbeau, votre journal est entre de très bonnes mains.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor