Je les signe tous

Je les signe tous
  • Studio Hébertot
  • 78bis, boulevard des Batignolles
  • 75017 Paris
  • Rome (l.2)
Itinéraire
Billets de 19,00 à 40,00
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Mathilde l’avoue sans hésitation : son obsession, c’est le texte !

Les mots, leur musique à eux, leur roulis sur la mélodie, dans sa bouche, mais aussi, surtout, leur sens, les histoires fabuleuses ou parfois terribles qu’ils sont capables de raconter... leur pouvoir fascinant, inégalé !

Et pour Mathilde, bien chanter n’est finalement qu’un truchement pour mener le public jusqu’à la magie de ces mots qu’elle adore. ​

C’est à l’occasion de sa découverte du Chansigne, et de la poésie absolue de cette expression particulière de la Langue Des Signe qu’un feu naît au fond de son coeur : chanter des histoires et les voir chansignés en même temps, pour conter ses histoires à tous, unir entendants, malentendants et sourds pour leur conter aventures et mésaventures, en ouvrant particulièrement aux entendants une porte vers la puissance bouleversante du Chansigne et de la LSF.

A travers Je Les Signe Tous, le concert-spectacle tiré de son premier album Je Les Aime Tous et mêlant aussi des chansons récentes et inédites, Mathilde, accompagnée d’un guitariste et d’un alter-ego chansigneur, dévoile le journal intime d’une âme naïve et pleine d’espoir, voguant à travers les dangereuses contrées de l’amour, celui des autres, mais surtout celui de soi.

Une quête du bonheur et de la liberté à travers la musique, qu’on l’entende avec les oreilles ou les yeux, pourvu qu’elle touche au plus profond de l’être.

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25 oct. 2017
10/10
17 0
On connaissait Mathilde chanteuse. On savait qu'elle écrivait des textes. Cette fois elle nous épate littéralement en osant concevoir un spectacle à la fois en français et en langue des signes. Son premier album s'intitulait Je les aime tous. Elle a naturellement décliné l'expression qui est devenue Je les signe tous.

Elle s'adresse à tout le monde, les entendants comme moi, les malentendants comme peut-être vous. D'ailleurs elle n'emploie pas ce mot si policé mais celui de sourd, tout simplement, parce que ce qui fait mal ce sont les idées reçues, pas les mots.

C'est donc un spectacle "bilingue", qui est traduit par Maylis Balyan pendant que Mathilde chante. L'artiste sourde (à droite sur la photo) fait bien davantage que traduire. Elle a fabriqué des signes pour ce spectacle.

C'est une interprète à part entière et son art s'appelle "chantsigne", un terme qui signifie la chanson signée, une spécialité que Mathilde connait et apprécie depuis très longtemps. Son envie d'écrire un spectacle engagé bilingue, sans se "satisfaire" d'inclure le signe en bord de scène, car il était hors de question de la stigmatiser. Elle tenait au contraire à en faire un élément central, et ce désir remonte à loin. La chanteuse emploie aussi bien le mot vusicalité qui n'est rien d'autre qu'une musicalité visuelle.

Si elle a l'habitude des "tours de chants", comme on dit, c'est par contre le premier spectacle dont elle assure elle-même l'écriture et il dégage une très forte émotion en raison (aussi) d'une mise en scène soignée, signée par Colombe Barsacq qui a déjà une dizaine d'expérience dans ce domaine du chantsigne et qui s'est emparée du projet. J’ai vu le spectacle à son début et la représentation dégageait déjà quelque chose d'exceptionnel.

Mathilde a écrit un vrai dialogue (elle dit duologue) permis par la langue des signes, l'histoire de deux femmes, qui se construit en miroir, autour de sentiments universels. Il s'agissait aussi de montrer aux entendants, et pas seulement à une minorité handicapée, combien le chantsigne pouvait être ... tellement beau et évident.

Le grand public avait été ému au cinéma par la Famille Bélier, dont le scénario a été imaginé il y a trois ans à partir de la véritable expérience de Véronique Poulain. Mathilde va bien entendu plus loin. Il est important pour les sourds de voir la langue et le nombre de chantsigneurs ne cesse de croître. La France a néanmoins encore plusieurs longueurs de retard sur ses voisins américains.

La loi de 2005 avait initié un grand élan en faveur des personnes atteintes d’un handicap. Elle n’a hélas pas rempli ses objectifs et l’Education bilingue est très loin des besoins. Une interprète en Langue des signes est présente tous les samedis au studio Hébertot de manière à ce que les sourds soient totalement mis à l'aise.

Un spectacle qui se regarde et se perçoit
Une des autres bonnes idées du spectacle est de distribuer à chaque spectateur, qu’il soit ou non entendant, un ballon que chacun gonflera de manière à percevoir les vibrations. C’est aussi une invitation à un retour en enfance, et à partager de bonnes ondes. Je n’ai pas réussi à le gonfler (il est dans un plastique très résistant) mais j'avais déjà fait cette expérience et donc je pouvais aisément imaginer le résultat. Je vous conseille de venir avec le vôtre, par sécurité.
Elles avaient besoin d'un musicien pour les accompagner en direct sur la scène. C'est Vladimir Medail qui assure cet exploit. Il a octavé les basses en ayant recours à un petit appareil qui s’appelle précisément un octaveur. Il a employé un second effet avec la stamp qui permet d’envoyer des percussions plus graves. Et même sans ballon pour "conduire le son" on finit par percevoir les ondes après quelques minutes d'attention.
Les trois compères s’entendent à merveille et ce n’est pas un jeu de mots. Maëlys est tellement extraordinaire que sa surdité est invisible. J’aurais parié qu’elle n’est pas sourde. Chapeau bas ! Et en plus elle se révèle excellente comédienne. Elle a à son actif plusieurs expériences poétiques dans des bibliothèques en tant que conteuse. Elle est aussi auteure car pour caque texte il faut concevoir une adaptation (comme par exemple le chaperon sourd) mais Je les signe tous est sa première fois sur scène comme actrice.
La mise en scène permet aux trois artistes d'exister, et de se répondre, en passant de l'ombre à la lumière, alternativement. Mathilde reconnait volontiers qu'elle ne chante pas de la même façon que si elle était seule sur scène. Le public réagit parfois bruyamment, ce qui ne dérange pas les artistes. J'ai trouvé néanmoins le soir de ma venue, qu'il était étonnamment sage. J'avais envie d'applaudir à chaque fin de chanson et j'ai dû me retenir.

Mathilde s'adresse à son cher journal
Elle le fait de manière à ce que chaque spectateur se sente impliqué. Elle a repris des chansons qui étaient déjà écrites en grande partie pour son premier album. Elle en a conçu quelques autres, qui convoquent des images poétiques en accord avec le rythme de la musique, comme Il était une fille, sur le sujet de la violence, magistralement signée par Maelys.
On retrouve avec plaisir Sais-tu (je t'attends) ? (piste 1 de l'album), Je te quitte (piste 11), Les volcans endormis, toujours aussi délicate (piste 4) et Le corps des femmes qu'on l'a entendue interpréter dans ses spectacles précédents.

Parfait équilibre entre les deux cultures, la culture musicale et la culture sourde
A la toute fin les artistes enseignent un signe à l'ensemble des spectateurs, dont la signification est symbolique : ensemble. Et la salle entière le reprend.
Le spectacle n'est programmé qu'une fois par semaine, tous les samedis, à 17 heures, jusqu'au 6 janvier. Il s'adresse aussi bien aux sourds qu'aux entendants. Regarder le chantsigne fait comprendre encore mieux les paroles qu'on écoute avec moins d'attention quand on ne fait que ça. Il ne faut pas le manquer.
14 oct. 2017
8/10
29 0
Voici un spectacle qui commence avant le spectacle.
C'est la metteure en scène Colombe Barsac en personne, qui remet à chaque spectateur un ballon de baudruche noir.

Ce ballon, une fois gonflé, aura un but bien précis : nous faire ressentir les vibrations de du son, telles que peuvent les ressentir les non-entendants.

Ce spectacle est donc à écouter avec les yeux, comme le propose son sous-titre, mais également avec les mains et tout le corps.

Le rideau s'ouvre.
Sur scène, Mathilde, la chanteuse, est accompagnée à la guitare par Antoine Laudière, ce soir-là.

Mais il ne sont pas seuls.
Maylis Balyan va interpréter véritablement, plutôt que simplement « traduire » en langue des signes française, la LSF, les chansons de Mathilde.

Les deux jeunes femmes vont former un duo inséparable.
La metteure en scène les a rendues totalement complémentaires.

De sa voix tour à tour suave, profonde, douce, puissante, de sa très belle tessiture, Mathilde nous raconte des histoires d'amour, les seules qui vaillent la peine, finalement.

Des histoires légères, ou tendues, tristes, drôles ou graves.
Des petits morceaux de vie, des instantanés du quotidien ordinaire.
Des histoires vécues ?

Pendant qu'elle chante, Maylis Balyan met en geste les mots de Mathilde.
Entre les deux, une vraie chorégraphie va s'installer.

Une danse de mots et de gestes se déroule devant nos oreilles et nos yeux, un ballet sonore et visuel.
Les deux sont en totale harmonie.
Je me suis aperçu qu'en suivant les signes de Melle Baylan, je ressentais peut-être davantage les émotions générées par la chanteuse.

C'est une sensation assez étrange et formidable que de se retrouver ainsi confronté au handicap, bien que ne maîtrisant pas du tout la LSF, à part le signe « Bravo ! », les deux mains levées qui tournent.
Il faut évidemment saluer cette initiative de rapprocher sourds et entendants.

Tout le monde s'y retrouve, dans ce spectacle, tout le monde trouve sa place, chacun fait preuve d'empathie envers son prochain.
Ici, la différence s'estompe, voire n'existe plus.

Avec sa guitare Gibson, avec ses effets et son looper, Antoine Laudière accompagne les filles de fort belle manière.

Juste une petite remarque : sonoriser Mathilde avec un micro-cravate ne me semble pas des parti-pris les plus judicieux. Le tissu de son chemisier « gratte » en permanence la petite bonnette, générant ainsi tout plein de petits bruits disgracieux.

Il n'en reste pas moins vrai que tout au long de ce spectacle règne une impression d'harmonie et de délicatesse.
Un sentiment de plénitude, même
L'un de ces spectacles qui vous redonne confiance dans le genre humain !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Musique
Talent des artistes
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor