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  • Comédie Française - Studio Théâtre
  • Paris 1er

Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée

Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée
De Alfred de Musset
Mis en scène par Laurent Delvert
  • Comédie Française - Studio Théâtre
  • 99, rue de Rivoli
  • 75001 Paris
  • Louvre-Rivoli (l.1)
Itinéraire
Billets de 11,00 à 22,00
À l'affiche du :
16 janvier 2019 au 24 février 2019
Jours et horaires
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l m m j v s d
    • HORAIRE
    • 18:30
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Avec ses proverbes, Alfred de Musset renouvelle la comédie de mœurs, dans une forme libre qu’il assume loin des simples divertissements de salon, l’enrichissant d’une dimension morale. Succès dès sa création en 1848, ce proverbe en un acte joué chaque année au Français entre 1910 à 1970 ne l’a plus été depuis 1980.

Pour sa première mise en scène avec la Troupe qu’il connaît bien pour avoir été l’assistant de nombreux metteurs en scène, dont Ivo van Hove pour Les Damnés présentés cette saison, Laurent Delvert choisit cette pièce qui l’accompagne depuis près de vingt ans. « J’ai grandi avec elle », confie-t-il. Il fait résonner la langue de Musset dans un loft-atelier, un salon moderne empreint de l’agitation urbaine, îlot flottant à même de faire ressortir les enjeux intimes et sociaux de l’entrevue de la Marquise et du Comte qui n'ose lui demander sa main.

Mais ce jour, par un heureux hasard du mauvais temps ou par la mise en œuvre d’une manigance féminine, il est le seul invité à se présenter chez elle.

S’ouvre alors une joute verbale, « magnifique et sensuelle confrontation, animale aussi, faite de tension et de désir mêlés ». Laurent Delvert s’intéresse autant à nos résistances qu’à nos vies qui s’écoulent doucereusement sans faire de choix. « Mais fermez donc cette porte ! » répète la jeune femme, exhortant son soupirant à s’abandonner à « l’inconnu »...

Note rapide
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2 critiques
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Toutes les critiques
15 avr. 2017
6/10
20 0
Le texte est bien sûr de bonne qualité et sa modernité est indéniable.

Je crois d'ailleurs que c'est la modernité de cette marquise implacable, presque inhumaine à l'image de la femme moderne qui m'a fait que je n'ai pas accroché.

La pièce est très courte (45 min pour ce tarif on se rapproche du vol) et la fin précipitée.
8 avr. 2017
7/10
14 0
Porte sur cour

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée est l’occasion de redécouvrir un genre théâtrale oublié, le proverbe, pièce courte, souvent improvisée, qui, en guise de moralité, se termine sur un proverbe.

Le proverbe qui nous est donné au studio théâtre est une conversation spirituelle et romantique, entre une marquise et un comte qui n’osent s’avouer ouvertement qu’ils s’aiment et s’amusent dans les faux semblants de la langue française... Bien sur il m'est impossible de vous dévoiler la chute, cela serait trahir ce proverbe.

C’est divertissant, humoristique, l’occasion de passer un bon moment.
3 avr. 2017
4/10
53 0
Voilà une pièce que je connais assez bien, et que j’aurais pu prendre beaucoup de plaisir à redécouvrir. Je l’ai vue plusieurs fois il y a plus de 5 ans maintenant, dans une mise en scène de Jean-Marie Besset au théâtre de l’Oeuvre. Le spectacle s’ouvrait sur un Musset, qui était suivi d’une pièce de Besset, Je ne veux pas me marier. Entre les deux pièces, les comparaisons affluaient : si le style était différent, les intentions, les sentiments, les tournures humaines étaient d’une proximité incroyable. J’aurais aimé retrouver ce soir la douceur et la poésie de cette courte pièce de Musset. Mais j’en sors les oreilles écorchées.

Musset nous entraîne dans un badinage galant : un Comte se rend chez une Marquise et lui fait la cour. Lorsqu’il lui déclare qu’il l’aime et ne pense qu’à elle depuis plus d’une année, elle se contente de lui rire au nez, se moquant de sa manière de faire la cour, si conventionnelle. A plusieurs reprises, le Comte, blessé, feint de partir mais chaque fois elle l’en empêche in extremis et les compliments, les flatteries, les déclarations reprennent, jusqu’à ce que la vérité éclate dans une fin toute en poésie.

C’est d’autant plus dur d’assister à la destruction d’un texte lorsque celui-ci est sublime. Mais ici, pas de quartier. A nouveau, Jennifer Decker produit ce que je redoutais le plus : incapable d’incarner la moindre émotion, elle surjoue tout au long du spectacle – ce qui est bien dommage puisqu’elle représente 50% de la distribution, et pratiquement 80% du texte. Incapable de s’accorder sur un style, elle tente tout : de la Marquise nunuche à la racaille vulgaire, j’aimerais pouvoir dire qu’elle cabotine mais cela sous-entendrait qu’elle a du métier. De son port jusqu’à ses répliques en passant par sa gestuelle, tout sonne faux, récité, appliqué.

Pauvre Musset. Et pauvre Christian Gonon. Incapable d’interpréter son rôle, elle va même jusqu’à écraser son partenaire de ses mouvements inutiles. Elle se regarde jouer et pas à un moment ne semble prendre conscience de lui… qui donne pourtant une jolie consistance à son personnage. On retrouve avec plaisir la poésie et la sensibilité de Musset, sa passion toute en finesse, ses évocations pleines de retenue. Je lui aurais souhaité une véritable partenaire… pour l’instant, je ne peux lui souhaiter que du courage.
2 avr. 2017
9/10
25 0
« Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée » est un proverbe en un acte écrit par Musset. Ce genre théâtral du 19e, dont Musset est le représentant le plus connu, est un format propre au théâtre de salon : une trame légère menant à une morale formulée par un proverbe. Sans le génie de Musset, c’eut pu être un badinage dans la veine de Crébillon Fils mais sous couvert d’une comédie de mœurs, c’est à une réflexion sur la recherche du véritable amour que nous invite Musset.

Lorsque le public s’installe, les comédiens sont déjà en scène : la marquise, Jennifer Decker, est en train de modeler une sculpture tandis que le comte se tient adossé à l’encadrement de la porte, à demi tourné vers les coulisses. Lorsque la salle s’éteint, une lampe descend sur scène comme un lever de rideau inversé.

Les deux protagonistes font partie du beau monde et commencent à se livrer au galant badinage des salons. Mais au lieu d’une joute de pouvoir façon « Liaisons dangereuses », s’engage très vite une exploration de l’amour et du rapport entre les deux sexes. Drapée dans son impertinence et son apparente arrogance, la marquise rentre en résistance contre l’aveu que semble vouloir lui faire ce comte et contre l’abandon que nécessiterait un amour vrai. Dans cette fougue à la George Sand, Jennifer Decker est lumineuse et fière, trouvant peut-être ici son premier grand rôle à la Comédie-Française. Car se ne sont pas deux jeunes premiers qui dialoguent sur cette scène, pas de Perdican ni de Camille mais au contraire deux personnages ayant déjà vécu l’amour, s’étant déjà peut-être tenus au bord du gouffre, prêts à se faire engloutir.

La nature de l’amour et de ses tourments, la peur de se découvrir à l’autre et d’être ridicule, choisir, sauter dans l’inconnu de la rencontre amoureuse… Voilà autant de thèmes qu’abordent cette comédie de mœurs et que les deux acteurs incarnent avec beaucoup d’humilité et de talent. La fragilité du comte joué par Christian Gonon face à cette comtesse, imprenable forteresse, invite le public à se remettre lui-même en question, d’accepter de se projeter fragile et démuni face à l’être aimé.

Le désir de se retrouver à deux, ce remède à la mélancolie vieux comme le monde et que l’on nomme amour, voilà en fait l’objet de ce savant trompe-l’œil. Interprété tout en finesse par deux acteurs en accord parfait et dans une mise en scène faisant entendre la modernité du texte…. C’est dire comme la comédie Française a encore frappé !
29 mars 2017
9/10
47 0
On connaît l'argument. Musset va nous le dire en romantique qu'il est, mais également avec sensualité et humour : il faut badiner avec l'amour !

Deux personnages sur la scène du Studio-théâtre de la Comédie Française.

Une marquise pour qui tout ne va pas si bien que ça, et un comte.

Une joute amoureuse s'engage.
Un affrontement étonnant et détonant entre deux êtres qui chacun de leur côté ont déjà été amoureux et même quant à elle mariée. (En l'occurrence, elle est veuve.)

C'est donc une vraie confrontation de deux personnages qui se mesurent l'un à l'autre, à l'aune de leur volonté, leur craintes et leur désir de s'engager sur la voie de l'amour.
De se ré-engager, devrais-je même écrire.

C'est un jeu d'échecs : chacun avance ses pions, prend des pièces et/ou en perd.

Le metteur en scène, Laurent Devert a choisi de s'affranchir de l'aspect temporel : ici pas de costumes d'époque.
Non. Ici, nous sommes dans le loft d'une artiste-sculpteur en jean tee-shirt, avec un visiteur en costume trois pièces.
Mais bien entendu, par ses éléments contemporains, nous serons confrontés à l'universalité du propos de Musset.

Laurent Devert, nous dit le dossier de presse, porte en lui cette pièce depuis fort longtemps. Il lui importait donc de montrer cette femme et cette homme qui « se cherchent », qui « se tournent autour », pour utiliser des expressions contemporaines.

C'est Jennifer Decker qui interprète Madame la Marquise. Aux pieds nus, certes, mais pas encore comtesse.

Elle nous attend dès l'entrée du public sur le plateau, à genou sur un puits de lumière, devant un tour de potier.
Elle a les mains dans la glaise, elle pétrit l'argile, elle caresse la terre. Pas besoin d'être grand psy pour mesurer la symbolique sensuelle de ses gestes.
Elle élabore avec précision et grande maîtrise une petite sculpture qui m'a fait penser à une Pieta. La comédienne a une autre corde à son arc, c'est évident !

Lui aussi est sur scène.
Christian Gonon, de dos, attend au lointain de la scène. Près de la fameuse porte.
La lanterne magique évoquée dans le texte est là, elle aussi. Une grosse ampoule projette de jolies et délicates ombres sur la scène.

Le jeu du chat et la souris aussi amoureux l'un que l'autre peut commencer.

Les deux comédiens excellent.
Nous sommes non seulement témoins de cet affrontement sentimental, mais nous en sommes pratiquement partie prenante, grâce à leur formidable justesse à dire et vivre les mots de l'auteur.

Ce qu'a dû demander le metteur en scène sur les regards est ici impressionnant.
Les deux se fixent très souvent les yeux dans les yeux, et c'est toute une palette d'expressions qui est ici proposée. Le texte, la gestuelle, certes, mais ces regards m'ont véritablement beaucoup ému et impressionné. Surtout, ne manquez pas de jeter des coups d'oeil répétés au comédien qui ne parle pas...

Travail sur la distance entre les deux personnages, également.
Tout est ici mil-li-mé-tré.
Le rapport distance des deux personnages / intensité de l'affrontement est vraiment calculé au millimètre. On se rapproche, on s'éloigne, on se frôle, on se sépare, tout est ici d'une grande précision.

Il faut noter également le capacité de Mme Decker et M. Gonon a restituer l'humour du texte.

(La façon qu'elle a de dire « Madame je vous aime » avec un accent d'un banlieusard du 9-3 est drôlissime ! )

En effet, la comédienne et le metteur en scène ont fait de cette marquise une jeune trentenaire tout en légèreté, en désinvolture. En irrésistible de drôlerie, par moment.

C'est le langage qui permettra le dénouement. C'est la parole, et elle seule, qui fera tomber les inhibitions et les réticences.
Une sorte de maïeutique amoureuse.

Le comte recouvre la Pieta de glaise d'un chiffon.
L'objet transitionnel de la marquise n'a plus de raison d'être.
Une marquise qui délaissera son t-shirt pour revêtir une somptueuse robe signée Christian Lacroix.
La chrysalide a mué.

La porte se refermera, mais sur une ouverture : celle des yeux et du cœur de ces deux-là...

Une nouvelle fois, j'ai assisté à un bien délicieux spectacle au Français.
Quelle saison !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor