• Classique
  • Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier
  • Paris 6ème

George Dandin suivi de La Jalousie du Barbouillé

George Dandin suivi de La Jalousie du Barbouillé
De Molière
Mis en scène par Hervé Pierre
  • Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier
  • 21, rue du Vieux Colombier
  • 75006 Paris
  • Saint-Sulpice (l.4)
Itinéraire
Billets de 14,00 à 35,00
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Inspiré d’une fable du Moyen Âge, George Dandin ou le Mari confondu cache « derrière le rire qu’un ordre social est en train de s’effriter et qu’un monde nouveau est en mouvement », précise Hervé Pierre, sociétaire. Ce monde c’est celui qui verra bientôt la noblesse céder sa place à la bourgeoisie et qui se prolongera jusqu’à l’avènement du Second Empire.

Ainsi inscrit-il l’oeuvre dans la France des années 1850 : « en situant l’action de George Dandin à l’époque de Courbet et de Napoléon III, une mise à distance, en même temps qu’une mise en perspective de la pièce s’opèrent. Nous ferions sans doute le même constat en déplaçant cette fable de nos jours – nous ne cessons pas d’enterrer nos illusions », dit-il.

Car si on la qualifie de farce, c'est peut-être à tort tant elle est cruelle et amère pour Dandin sur qui sa jeune épouse fait peser tout le poids du mariage arrangé qui les lie. Ses beaux-parents le renvoient sans cesse à leur différence de classe, le gain qu’il en tire devant compenser l’affront quotidien que tous lui infligent. Une trame que l’on retrouve presque vingt ans plus tôt dans La Jalousie du Barbouillé, prémices en un acte résolument comiques qu'Hervé Pierre met en miroir de ce Dandin passé à la postérité.

À chaque instant, ici et là, on ressent pour les personnages, dans leur violence, leur veulerie ou leur aboulie, une profonde empathie. Leur humanité est si profonde qu’on s’y retrouve immanquablement.

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9 juin 2016
9/10
26 0
Quelle belle idée de jouer les deux pièces à la suite !

Et quelle inventivité de la part d'Hervé Pierre, génial comédien, ici génial metteur en scène.
On connait bien Dandin, j'avoue que j'ai souvent été déçu par des versions trop lourdes, trop classiques.
Ici, le fabuleux décor en bois permet la fluidité des mouvements, des points de vue, et la pièce devient aérienne.

Le choix des comédiens est parfait. Jérôme Pouly est un Dandin moderne qui donne au personnage toute son ambiguïté et ses contradictions. Claire de la Rüe du Can pour Angélique en Angélique est un ravissement. Sa candeur apparente, sa légèreté, rendent également le personnage à la fois sympathique et ignoble. C'est toute la force de la pièce. On ne sait que penser.

Faut-il penser? Molière nous donne à voir la nature telle qu'elle est. Personne n'a tort ni raison, personne n'est bon ni mauvais, mais les circonstances, les passions nous poussent au pire, à partir de si peu.
La grande idée est d'avoir fait suive le drame de Dandin par cette fabuleux version de "la jalousie du barbouillé", chef d'oeuvre décapant, décoiffant, ludique et jouissif. La troupe donne un morceau de bravoure absolu ! Quel plaisir ! Génial Noam Morgensztern tout en folie.

A voir absolument avant le 26 juin!
NB: quel plaisir d'avoir vu des scolaires rire autant, participer et se réjouir de la pièce. Donnons leur à voir ce type de pièce et l'avenir du théâtre est assuré !
Merci !
21 mai 2016
9,5/10
174 0
Morgué ! Testigué !

Maître Pierre, en décidant d'ajouter (et de quelle façon ! ) cette « Jalousie du Barbouillé » à votre mise en scène créée l'an passée du « George Dandin », vous ne pouviez avoir meilleure idée !

Mais avant d'évoquer la version 2016 de cette pièce que Roger Planchon qualifiait de « plus grande et plus forte comédie sociale française », un « petit » flashback s'impose.

1668. Ce qui ne nous rajeunit pas.
Le roi soleil N° XIV commande à Monsieur Molière une nouvelle œuvre pour le divertissement royal de juillet.
Poquelin s'exécute et va produire un « George Dandin », une sorte d'auto-remake, comme on dirait de nous jours, de ce qu'il avait écrit vingt ans auparavant.

Il propose au roi et à la cour sa vision d'un problème sociétal, comme il sait si bien le faire.
En échange d'un titre, un riche paysan a épousé une fille de noble famille que la fortune de l'époux a servi à remettre à flot.

Et voici donc un jeu à somme nulle.
Dandin (le formidable Jérôme Pouly, tour à tour drôle, émouvant, tragique...) est un magistral, malheureux et parfois pathétique cocu.

Son épouse (Claire de la Rüe du Can également épatante) quant à elle, ayant été « vendue » à cet homme, le trompe en ayant conscience qu'elle ne pourra jamais être libérée du lien conjugal.

Tous malheureux ! Pas de gagnant, pas de perdant !

Hervé Pierre a choisi de transposer l'intrigue sous le troisième empire, ce qui renforce évidemment le caractère intemporel de la situation.

Il a également opté pour un magnifique décor tout en bois, (signé par le désormais patron de la Maison, Eric Ruf) en pleine forêt.
Une sorte d'isba à ciel ouvert, permettant une ode à la nature paysanne.
Le tout donnant un caractère très organique à la pièce.

Pierre sait diriger ses petits camarades : précision, justesse, rigueur. Il sait ce qu'il peut obtenir d'eux.
Et l'obtient.

Mais la véritable trouvaille de la soiré arrive : l'enchaînement des deux pièces.
Le metteur en scène s'en est donné à cœur joie : il s'est emparé de cette « Jalousie du Barbouillé » avec une force, une puissance, et un certain délire qui ne peuvent que nous enthousiasmer.

Il est même allé jusqu'à la moderniser en ajoutant au texte des répliques, des jeux de mots, des emprunts au lexique actuel.
Il a demandé aux comédiens de se lâcher, et ils ne se le sont pas fait dire deux fois : accents improbables, grimaces, tics nerveux, gesticulations, agitations en tous genres, j'en passe et des meilleures !

Et puis surtout, ce qui est rarissime, à la Comédie Française (et pour cause...), le public est pris à partie par les comédiens, les spectateurs sont apostrophés, on leur demande de participer, de répondre.
Le répertoire traditionnel ne permet pas ce genre de mécanique.
On hurle de rire devant ce véritable déchaînement, notamment grâce au fabuleux Noam Morgensztern !

Je me garderai bien oublier un grand !
Un grand comédien, un grand sociétaire honoraire, Simon Eine, qui est encore cette saison sur scène, avec beaucoup plus de texte.
C'est un plaisir incroyable de le retrouver !

C'est donc une soirée vraiment formidable, avec pourtant (en tout cas pour votre serviteur) un regret : celui de ne pas avoir pu retrouver Pauline Méreuze, qui a été obligée de quitter le Français, et qui avait créé de puissante façon en 2015 le personnage de la servante Claudine.
Que voulez-vous : quand on est pensionnaire au Français, on ne fait pas toujours ce que l'on veut...

Bon. Soyons clairs !
Hervé Pierre, j'attends avec impatience votre prochaine mise en scène.
Monsieur Ruf, je compte sur vous, merci d'avance !
10/10
33 0
Quelle idée géniale de monter ainsi dans le même spectacle la farce et la comédie dont elle est inspirée ! Molière dans tous ses états ! Vingt années séparent les deux écritures, la maturité de la comédie ne perd rien de la vigueur de la farce, c’est succulent !

Avec « George Dandin », Molière dépeint tout en saveurs et habiletés les sorts du mariage forcé, du cocu malheureux et des serviteurs zélés, prompts à trahir leurs maîtres pour mieux se servir eux-mêmes. Nous sommes tout autant surpris que pris par la perfidie de l’histoire que par la souffrance et l’humiliation subies d’un George Dandin magnifiquement interprété par Jérôme Pouly. Du grand art !

La mise en scène de Hervé Pierre donne à voir et entendre une comédie délibérément dramatique au vernis rieur touchant parfois au comique dans les situations où se trouve piégé Dandin. Lui n’est pas drôle, il est émouvant même, limite pathétique. Entouré de cruautés en tous genres, il reste digne dans son honneur bafoué. Le texte de Molière tel qu’il est joué ici fait mouche, il touche et retouche les émotions par lesquelles l’homme trompé, moqué et dupé, doit vivre son mariage malgré sa révolte.

Les scènes baignées de sottise de cette noblesse suffisante faisant du renom une valeur, impressionnent et nous font rire par la drôlerie des formules tournées et le ridicule des postures. Tous les personnages nous enchantent par leurs outrances. L’ensemble nous divertit autant qu’il nous interroge. Du Molière léché, précis et incisif.

La musique de Vincent Leterme parvient à créer une atmosphère partagée entre la profondeur des messages, soutenue par les sons graves martelés et les scènes festives plus aériennes avec leurs phrases musicales éthérées nous rapprochant de la poésie.

La pièce « La jalousie du barbouillé » qui suit aussitôt « George Dandin » dans la représentation, outre qu’elle offre ce témoignage intéressant des origines de « Dandin », nous plonge dans un impromptu extrêmement drôle, frisant le délire par moments. Nous sommes dans la pure tradition de la farce. Dans un décor de tréteaux de bois, avec moultes exagérations, des improvisions et des lazzi en lien avec notre époque et le quotidien de la troupe. Les comédiens jouent cette farce comme on joue une farce à quelqu’un. Ils s’amusent et nous ravissent, alliant la dérision au burlesque.

Comme souvent au Français, tout est juste, intelligent et délicieux. Un régal de théâtre à savourer sans modération.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor