Fuck America

Fuck America
  • Manufacture des Abbesses
  • 7, rue Véron
  • 75018 Paris
  • Blanche (l.2)
Itinéraire
Billets de 17,00 à 35,00
Evénement plus programmé pour le moment
Réservation de tickets

New York 53. Jakob Bronsky, fraichement débarqué d’Europe après avoir survécu aux déportations, est un exilé en quête de résilience.

Mais l’Amérique fantasmée n’est pas à sa portée, il n’adhère pas au rêve américain. Alors c’est par l’écriture de son roman sur la Shoah qu’il tente de guérir.

Il décrit avec humour et légèreté sa condition de migrant, errant entre les jobs minables, les putes, les plans pour tromper la faim et écrire son futur best-seller : Le Branleur.

 

Note rapide
6,5/10
pour 2 notes et 2 critiques
0 critique
Note de 1 à 3
0%
1 critique
Note de 4 à 7
50%
1 critique
Note de 8 à 10
50%
Toutes les critiques
5 oct. 2018
6,5/10
7 0
Le théâtre du Rictus a décidé d'adapter le roman "Fuck America" d'Edgar Hilsenrath écrit en 1980. L'auteur a donné vie à son double littéraire, Jakob Bronsky, juif allemand. Un homme solitaire, dépressif et en grand manque d'amour. 

« Ce matin-là, je n'arrivais pas à calmer ma bite. A la maison, j'ai pris une douche froide illico. Ça n'a servi à rien. J'ai pensé à Auschwitz. En vain. » Il livre sans filtre, sans interdit, sans concessions sur ces pensées, son ressenti. Le travail ce n'est pas pour lui. Mais il devient indispensable pour survivre au quotidien dans les bas-fonds. Car une seule chose l'obsède jour après jour : l'écriture. « Quelque part dans mes souvenirs, il y a un trou. Un grand trou noir. Et c’est par l’écriture que j’essaie de le combler. » Il doit coucher les mots pour conjurer son destin. A l'abri dans son carnet, il parle de sa fuite suite à la montée du nazisme, l'extermination des juifs, le refus de l'accueil des juifs par les Etats-Unis pendant la guerre... A la suggestion d’une connaissance, il a trouvé le nom de son roman : Le Branleur qui se justifie sous tous les sens du terme. Il a dû attendre 1952 pour enfin arriver à New-York. Combien de ces semblables auraient pu survivre si les portes du pays leur avaient été ouvertes plus tôt ? Nul ne le sait. « Quelque part dans mes souvenirs, il y a un trou. Un grand trou noir. Et c’est par l’écriture que j’essaie de le combler. » Un délai assez long qui a donné au final le titre de cette histoire.

Laurent Maindon propose une mise en scène assez ingénieuse. Le plateau se réduit à un matelas, une table et deux chaises. Pas besoin de décors superflu. Parfois, il intégrera la vidéo surtout pour créer une ambiance particulière autour des pages noircies par Jakob Bronsky. On le suit à la fois la vie sur scène par le biais de Nicolas Sansier. Il s’approprie avec sobriété et émotion cet homme à la fois brisé, combattif et désespéré.  « J’ai compris qu’il ne suffit pas de survivre. Survivre ce n’est pas assez. » On le trouve également sous forme de narrateur et de conscience, présent sous les traits de Christophe Gravouil assis au premier rang dans le public. Il se retourne vers les spectateurs pour leur parler. Un duo très complémentaire qui nous immerge au cœur de la complexité humaine. A ce duo s’adjoint Ghyslain del Pino et Yann Josso qui vont interprétés tous les autres personnages avec conviction. Sans oublier Laurence Huby provocante en misérable prostituée et brillante en psychologue.



Une adaptation d’un très roman en 1h10 implique aussi faire des choix dans les récits et dans le ton donné. On retrouve l’humour décalé, des monologues crues et les dialogues incisifs d’Edgar Hilsenrath. Car l’horreur de la Shoah par exemple n’est jamais vraiment abordée. Mais faut-il décrire ce qui s’est passé pour comprendre les sous-entendus ? A-t-on besoin de mots qui détaillent pour mettre des images ? L’auteur se permet de rire de la question d’identité avec cruauté et impertinence. L’important est de mettre l’Homme, sa condition humaine, ses contradictions, sa perversité au cœur du récit. Loin de l’ « American way of life », l’homme apprend à survivre et peut-être encore espérer.
24 août 2018
9/10
61 0
Le migrant.
Celui qui est obligé de tout abandonner, de tout laisser derrière lui.
Celui qui va devoir franchir bien des frontières, et ce, en sens unique, sans espoir de retour.
Le migrant. Celui qui va devoir réapprendre à vivre.
Ailleurs.

Tel est le principal thème de cette pièce écrite en 1980 par Edgar Hilsenrath, qui la connaît bien, la migration forcée.

Et pour cause.

Lui aussi a dû émigrer, en raison du nazisme et de la Shoah. Lui, il a pu.
Son héros, Jakob Bronski, cet autre lui-même aura le même parcours.
Après s'être adressé sans succès au Consul général des Etats-Unis pour obtenir un visa, Bronski devra se cacher, et attendre la fin de la guerre pour arriver enfin à New-York.

Un signe avant-coureur du destin ne va pas le tromper longtemps : sur le pont supérieur du bateau qui va le débarquer à Manhattan, il ne pourra apercevoir la Statue de la Liberté, enveloppée qu'elle est ce jour-là dans une nappe de brouillard.

Il va nous raconter sa nouvelle vie.

Son apprentissage de sa nouvelle vie. Dans les années 50, à New-York.

Les petits jobs mal payés, les appartements plus ou moins salubres, la misère sexuelle, l'espoir, les doutes, les craintes, les déceptions...

Et puis surtout l'écriture.

Le héros Bronski entreprend la rédaction d'un roman au titre explicite : Le branleur...

L'écriture, cette de Hilsenrath, celle qui sauve, est acérée, sans concession aucune.
Les choses sont dites, sans fioritures, crûment. Il appelle un chat un chat, un sexe une bite.

Dans Fuck America, on ne tourne pas autour du pot : renaître à la vie est difficile, dans un pays où il faut s'approprier bien des codes plus ou moins absurdes.

Mais le ton est également très drôle.

Nous allons rire. Beaucoup.
Les deux Bronski (oui, il y en a deux : celui qui est sur scène, et son double qui se regarde, sorte de conscience qui « s'auto-analyse »), ces deux-là vont nous tirer bien des sourires !

Laurent Maindon, le metteur en scène, a choisi le plateau nu. Et il a bien fait.
Le texte est suffisamment fort, les personnages sont tellement bien construits, typés, pour s'affranchir de tout décor superflu.

Quelques accessoires, quelques costumes seulement seront utilisés, des projections video plus ou moins abstraites, des textes qui s'écrivent seront diffusées au lointain.

Nicolas Sansier est le Jakob Bronski qui se raconte.
Il sera tour à tour truculent, émouvant, gouailleur, combattif, désespéré. Il alternera les moments pudiques et impudiques.

Sa très large palette lui permet de camper ce personnage haut en couleurs, à la fois fort en gueule et timide.

Le comédien donne sans compter, il est véritablement ce juif exilé, déraciné.
L'autre Bronski est joué par Christophe Gravouil, dans une partition plus « stricte », plus réservée.
Le duo fonctionne à la perfection.

Tous les autres rôles sont interprétés de façon tout à fait convaincante par Ghyslain del Pino, Yann Josso (leur duo de loufiats pincés est jubilatoire), et Laurence Huby, elle aussi remarquable, notamment en misérable prostituée.

On l'aura compris, ce théâtre est de ceux qui interrogent finement et sans concession notre monde, un théâtre qui nous donne à réfléchir, notamment en remettant dans le contexte actuel un problème – hélas – universel : oui, des hommes et leur famille fuient, et parfois, souvent, au prix de tous les dangers.

Avec, comme un bonus, une phrase qui résonne terriblement à nos oreilles :

« Dans ce pays, un intellectuel ne peut pas devenir président ! ».
Vous avez dit « actualité » ?

Je vous recommande plus que vivement cette pièce, qui est donnée en diptyque avec « Asphalt jungle » de Sylvain Levey, par la même compagnie du théâtre du Rictus, toujours à la Manufacture des Abbesses.
Nous en reparlerons très bientôt.
Votre critique endiablée
Nos visiteurs sont impatients de vous lire ! Si vous êtes l'auteur, le metteur en scène, un acteur ou un proche de l'équipe de la pièce, écrivez plutôt votre avis sur les sites de vente de billets. Ils seront ravis de le mettre en avant.
Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor