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Fêlures, le silence des hommes

Fêlures, le silence des hommes
  • Théâtre national de la Colline
  • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • Gambetta (l.3)
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Rappeur, slameur, écrivain, metteur en scène, D’ de Kabal arpente depuis près de vingt ans les scènes musicales, les festivals, les théâtres et les ateliers d’écriture.

Après s’être intéressé à la construction d’une identité dont le mur porteur est l’histoire de l’esclavage colonial et ce qui en découle, après avoir questionné la figure de la victime d’actes ou de propos racistes, il explore à présent un autre champ de pensée tout aussi proche de lui-même, la notion de masculinité et les mécanismes de fabrication de celle-ci.

Depuis 2015, D’ de Kabal écrit sur le sujet, écoute, se documente, échange dans le cadre d’ateliers de parole qu’il appelle laboratoires de déconstruction et de redéfinition du masculin par l’Art et le Sensible. « Il ne s’est pas agi de récolter des paroles d’hommes et d’en faire un spectacle, ces laboratoires m’ont permis avant tout, de me rapprocher de moi-même et d’échanger sur des sujets qui, jusque là, n’existaient dans aucun espace. »

Pour donner corps à cette première création à La Colline, D’ de Kabal convoque plusieurs figures marquantes tant par leur présence que par les instruments qu’ils /elles utilisent (voix, machines, guitare électrique, corps, vidéo).

Il questionne ainsi la construction de la masculinité dans ses fondements, cette virilité portée comme une cuirasse, qui fabrique des dominants à la chaîne, porteurs de ce qu’il nomme l’intégrisme masculin.

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11 avr. 2019
9,5/10
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Bienfaisante et rare sensation avec cette pièce ! Sensation de renouer avec un théâtre de réflexion, un théâtre "à l'estomac". Si des lourdeurs et répétitions agacent parfois au début, on finit par ressentir leur nécessité. Lourd et répétitif comme un présent dans lequel on s'enlise qui finit par faire une vie dont on ne comprend plus le sens.

C'est un homme qui dit ce que bien des femmes n’osent même plus se dire ; jusqu'où accepter ces petits arrangements avec la violence ? La violence est-elle inhérente à la virilité? Et tant d'autres interrogations qualifiées de "poncifs" par la critique tarifée mais entendues comme des vérités - à répéter pour s'en exorciser peut-être - par un public toujours nombreux.
(Au début de la pièce un type est parti, plus tard une femme n'a pu s'empêcher de crier "bravo" entendant certains mots qui étaient enfin dits - et dits par un homme c'est fou ce que ça fait du bien - ; à la fin du spectacle des gens s'engueulaient oh ! rien de méchant mais ça aussi ça faisait du bien.)
Et toutes ces questions encore après tant d'années d'émancipation, de libération sexuelle ! Je ne cesse depuis de me demander : Qu'ont-elles réellement libéré ces années sinon essentiellement la sexualité masculine? A la peur d'être enceinte a succédé la peur liée à la prise d'hormones au quotidien, à l'avortement, même médicalisé. La femme n'a jamais été aussi érotisée, objectivée qu'aujourd'hui où de plus en plus jeune il lui faut inspirer le désir. Fashion victim dès la petite enfance. Angoissée par le vieillissement dès la trentaine, la chirurgie esthétique fonctionne à plein dès cet âge et même avant ; reléguée, dévalorisée passée la date limite où rides et autres signes ne peuvent plus être cachés... nous parlons bien de la libération des femmes?
Violence de l'érecto-centrisme, : poncif, mais regardons-nous en face.
Il y a le viol, les coups mais pas seulement.
Oui, ce discours fleuve est parfois embrouillé, on s'y perd un peu entre les femmes victimes et les femmes violeuses ; entre le comédien qui dit "je" et le discours qui cherche à théoriser une situation.
Mais oui, c'est un moment de vie intense qui nous est offert là. Bravo à toute l'équipe engagée dans cette aventure. Et merci.
23 mars 2019
6,5/10
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« Je bande, donc je suis ? »
Voici quel serait donc le crédo des « érectocentristes », ceux qui considèrent que la condition d'homme, de mâle se définit avant tout par la propension à avoir des érections en veux-tu-en-voilà, et avoir la plus grosse et la plus longue.

Ce spectacle qui met en scène le concept d' « érectocentrisme » développé par D' de Kabal, est avant tout pour cet artiste un besoin de sortir du silence. Celui, assourdissant, de la majorité masculine.

Arrêter de se taire pour questionner ce qui fait la masculinité. Pour interroger le rapport à la violence faite aux femmes, avec notamment la difficulté encore de nos jours, malgré les efforts de l'administration, de porter plainte, avec la qualification pénale très insuffisante du viol dans notre pays.

Il y aura un plateau séparé en deux, par la diagonale.
A jardin, il y aura le conteur, « celui qui parle », le diseur, celui qui raconte. D' de Kabal en personne.
Il dira les choses, tel un moderne griot, il dira les vérités pas toujours bonnes à dire, il slamera, il utilisera un écran tactile translucide, il nous fera rire, un peu, notamment avec la difficulté dorénavant de prononcer les trois consonnes DSK...

A jardin, il y aura un couple. « Un » et « Deux ».
Durant les interventions de D' de Kabal, les deux répètent en boucle les mêmes rituels, les mêmes actions.
Lui s'amuse avec une surface de contrôle Push du Progiciel Ableton Live, il règle son ampli, il gonfle un ballon de baudruche, il se met un post-it sur le front.
Elle se chausse, se déchausse, écrit sur son carnet Moleskine format A5, écoute son ipod, prend le post-it de son homme et le met dans une boîte translucide.
Les deux joueront quelques saynètes parlées. Des clichés.
Et puis il y aura une violence. Je n'en dis pas plus.

Il y aura R.I.F. (acronyme de Rénover-Innover-Former, du nom d'un dispositif informatique policier), un « corps muet et dansant, incarnant le programme numérique », je cite D' de Kabal), habillé un peu comme les ouvreurs du théâtre du Rond-Point, et qui exécutera quelques chorégraphies.

Après une heure et cinquante minutes, « celui qui parle » aura choisi son camp : « Je suis antiérectocentriste. Si cela veut dire ne plus être un homme, soit, j'en prends acte. Je ne veux plus être un homme. Je veux être libre. »

Auteur, musicien et metteur en scène, D' de Kabal se définit comme un « chercheur expérimentant les croisements entre les disciplines ».

Ce spectacle relève de ce croisement-là.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor