Et Dieu créa Rimbaud

Et Dieu créa Rimbaud
De Michael Zolciak
Mis en scène par Michael Zolciak
Avec Jonathan Kerr
  • Jonathan Kerr
  • Vincent Marbeau
  • Comédie Saint-Michel
  • 95, boulevard Saint-Michel
  • 75005 Paris
  • Cluny-la Sorbonne (l.10)
Itinéraire
Billets de 11,00 à 22,00
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L'ultime face à face entre Verlaine et Rimbaud se dévoile devant vous.

39, rue Descartes. 8 janvier 1896. 17h30. Verlaine est seul chez lui quand un jeune journaliste fait irruption. Intrigué par son cynisme, le vieux poète est prêt à répondre à ses questions. Mais le journaliste n'a aucune question : il a des réponses.

Deux poètes, égaux en vers mais contre tous,
Dans l'éternel Paris, où se jouent tant de scènes,
Sont entraînés par des rancunes anciennes à de nouvelles disputes
Que seuls apaiseront le désir et l'ivresse.

"Et tout le reste est littérature !" Verlaine

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24 nov. 2015
9/10
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8 janvier 1896. Il est 17h30 et Paul Verlaine est seul chez lui, au 39 rue Descartes, lorsqu’un jeune journaliste fait irruption et le sort de son sommeil.

Cependant, il n’a aucune question à lui poser, juste des réponses. Qui est réellement ce Robin Thurar, prétendu journaliste pour le Cercle des Poètes retrouvés retranché derrière une anagramme syllabique d’Arthur Rimbaud et qui surgit comme un fantôme du passé, bien décidé à rallumer la flamme d’autrefois ?
C’est sur le minuscule plateau de la petite salle de la Comédie Saint-Michel que les amants d’antan vont se retrouver. Si Verlaine sait ce qu’il vaut, la critique ne l’a jusqu’ici pas beaucoup épargné. Alors il est prêt à répondre aux questions du journaliste, dissimulé derrière ses lunettes de soleil mais si raffiné dans son imperméable clair surmonté d’un foulard blanc. « Le poète est aveugle, il n’a pas besoin de ses yeux pour être voyant » et comme « la vraie richesse ne se possède pas », c’est avec une lettre que Robin Thurar se révèle à Verlaine comme étant Rimbaud, le poète de toujours qui a juste continué à vivre après avoir quitté son amant à qui il n’a pas écrit par vanité. Ils se souviennent d’un week-end d’amour à Stuttgart et le désir latent se fait de plus en plus pressant. Leurs jeux reprennent de plus belle et la passion renait comme autrefois. Pour réinterpréter la rencontre fusionnelle de deux solitudes, Vincent Marbeau et Jonathan Kerr se montrent investis, comme transcendés par leur personnage. Le premier est éblouissant, captivant dans la peau de Rimbaud. Il n’incarne pas le poète, il l’est ! Sa prestation est impressionnante de justesse. Le second n’a pas à rougir en étant un Verlaine plus vrai que nature, avec un petit côté Victor Hugo qui renforce l’empathie. Les deux comédiens habitent littéralement leur rôle pour nous faire revivre des instants bouleversants de cette histoire d’amour tumultueuse, une véritable passion dévorante dont le feu consumera Verlaine et Rimbaud mais unira également leurs deux noms à jamais. Vincent Marbeau est un Rimbaud insolent, cynique, sarcastique et capricieux mais terriblement touchant. Il se montre également irrésistible lorsque, après avoir déclaré que « l’homme est une femme comme les autres », il revient dans une longue robe noire bustier qui lui va à ravir et lui donne un côté divin de diva, offrant ainsi cette image à Verlaine, le poète des femmes. Rimbaud irradie le plateau par sa présence et sa prestance mais c’est bien le jeu des deux acteurs qui est convaincant de bout en bout.
Grâce à un texte formidablement contrasté et captivant de Michael Zolciak, l’ultime face à face oppose la révolte à la résignation, la mutinerie à la folie. La musicalité de la langue des poètes s’enroule autour de nombreuses références modernes et actuelles, faisant écho à nos consciences comme quand ils parlent de Charles Baudelaire et « on est tous un peu Charlie »).

Humour et émotions se mêlent pour une pièce brillamment mise en scène dans un espace exigu renforçant la dimension de l’intime. Leur duel nous cueille en douceur pour nous entraîner dans le tourbillon de leurs amours indestructibles. Lorsque Verlaine suggère que « quand on aime, on est forcément jaloux », Rimbaud réplique que l’on « est jaloux quand on ne sait pas aimer ». Leurs conceptions, s’opposent, me mêlent, se complètent, se fondent l’une en l’autre jusqu’à s’avouer que « les rares instants où je me suis senti vivant, c’était avec toi ». L’ensemble est fulgurant, poignant. Les sous-entendus sexuels permettent de sourire dans cette tragique histoire où leur union résiste « en vers et contre tous ». Poésie et sentiments sont intimement liés et même si le texte, sensuel, devient parfois un peu trop sexuel voire vulgaire, cela renforce les liens de leur relation dans laquelle l’ivresse du désir n’a d’égal que leur talent. Ils ont su réinventer l’amour tous les deux, ils sont Verlaine ET Rimbaud, liés pour toujours, eux qui ne savaient pas qu’ils étaient pour l’autre sa présence au monde.

« Tout est poésie, le reste n’est que littérature » dans leur esprit mais chaque vendredi et samedi soir, à la Comédie Saint-Michel, il ne reste qu’un grand moment de théâtre servi par deux formidables acteurs.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor